Décor Daguerre, Anne Savelli, éditions de l'Attente

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

En 2010, nous avions eu un coup de cœur pour un roman intitulé Franck, signé par Anne Savelli. Il en fut de même pour Décor Lafayette, dans un style différent. Aujourd'hui, Anne Savelli publie aux éditions de l'Attente, Décor Daguerre, un objet littéraire non identifié, donc original, ni roman, ni essai, ni journal, un peu autobiographie, un peu promenade dans le temps et dans l'histoire du cinéma et d'un quartier. Sans doute un des livres les plus passionnants de 2017. Inventaire.

 

 

Un livre, trois femmes, une rue, des décors, des gens, des dates, des impressions, des morceaux, 75, des demoiselles, des classes et des villes, une chambre verte, des commerçants, un magicien... et plus si affinités... Précisons. Le livre Décor Daguerre. Les trois femmes, Maryse Hache, poète et femme de théâtre, Dominique Savelli, la mère de l'auteure, dessinatrice, et aussi Agnès Varda, cinéaste indispensable à nos vies dont le nouveau film sort en ce moment, en compagnie de JR. La rue, une des plus célèbres de Paris, la rue Daguerre. Hier, aujourd'hui. Daguerre comme la rue donc et comme le documentaire d'Agnès Varda, Daguerréotypes. Les demoiselles, celles de Rochefort, bien entendu, car impossible de dire, Agnès Varda, sans dire Jacques Demy. Le magicien, c'est Mystag, un coiffeur devenu illusionniste que Varda avait filmé dans un café proche de son domicile. La chambre verte n'est pas celle de Truffaut mais se situe dans le centre social Cerise, un lieu d'écriture de l'auteure en 2013. Au-delà de Paris, la banlieue, trois villes, trois ateliers d'écriture menés par Anne Savelli, en correspondance avec la série de documentaires d'Agnès Varda, sur Arte, Agnès de-ci de-là Varda.

 

 

Au fil des pages d'Anne Savelli, comme au fil des images d'Agnès Varda, le lecteur-spectateur déambule d'un lieu à un autre, d'une année à une autre, un regard par ici, une impression par là, une couleur, une idée, rêveries et émotions, retour du passé dans le présent. Le bonheur ? Des boutiques, des cours, des passages, un arbre, un chemin vers ailleurs. Anne Savelli a l'art discret et primordial d'ouvrir des fenêtres, des fenêtres sur les gens de la rue, ou sur les voyages à travers le monde de cette cinéaste française qui voyage sans cesse malgré l'âge qui est venu. Dans un monde de plus en plus sombre où les Lumières s'estompent, ouvrir des fenêtres dans des livres, dans des films est une des plus belles formes de résistance, une résistance poétique. Lâcher prise et se laisser porter, envahir par Décor Daguerre, un nouveau beau moment de littérature que nous offre Anne Savelli. Et en refermant son livre, on peut aller voir Visages Villages, en salles le 28 juin.

 

Dan29000

 

Décor Daguerre

Anne Savelli

Éditions de l'Attente

2017 / 288 p / 21 euros

 

Le site de l'éditeur

Le blog Fenêtres open space

Notre article sur Décor Lafayette

 

Extrait :

Quelle idée de prendre pour décor une boutique, pièce fermée dont on ne peut sortir sous peine de rater le client (collectionner dès à présent les petits mots de fermeture, excuses, retards, numéros de portable laissés en cas d’urgence sur la porte d’entrée), la vitre faisant mur mieux que le mur lui-même, vitre derrière laquelle l’homme ou la femme du magasin sont comme vissés dans le cadre et un jour peut-être leur donnera-t-on le droit de se rendre dans l’arrière-boutique, dans l’arrière-cour, à l’arrière-plan
de se cacher sous le comptoir
d’ouvrir une trappe
de révolutionner les rayons
vitre tu vois qui commence à m’empêcher de faire des phrases correctes, j’en perds le souffle et la respiration
j’ai besoin du retour à la ligne, du saut, de l’ellipse, que se passe-t-il ?
(ce serait une peur soudaine d’écrire en cage ? un travail sur l’enfermement ?)

 

Que se passe-t-il en attendant de devenir plus transparent encore que la vitre, la berner, la tromper et passer au travers ? À se croire commerçant, ou du moins immobile, à regarder autour dans cette boutique-boîte du numéro 3 de la rue (qu’on invente, qui n’est peut-être que le carnet lui-même mais dont semblerait-il les parois se rapprochent dès que survient cette impossibilité de sortir), quelques questions, d’entrée de jeu, se posent.

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