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Le diable en personne, Peter Farris, éditions Gallmeister

Après son premier roman paru en 2015, Dernier appel pour les vivants, Peter Farris revient avec Le diable en personne, toujours aux éditions Gallmeister. Un nouveau talent à suivre car ce roman noir dégage une puissance rare qui ne faiblit pas au fil des pages.

 

 

Nous sommes en Amérique du Nord, un coin paumé, disons la Géorgie du Sud, au beau milieu d'une forêt, le genre d'endroit où vous n'auriez pas vraiment envie d'aller passer vos prochaines vacances. Ozark, si vous aimez les séries ! A l'origine, une fille, presque majeure, Maya, qui réussit à échapper à une tentative d'assassinat. Victime d'un trafic de prostituées, et, comble de malchance pour elle, la favorite du Maire local qui n'est pas trop regardant sur la légalité de ses projets ! Pas une situation facile, mais la gamine est une rebelle, et la mort n'aime pas les rebelles. La bande de truands est redoutable, mais parfois, le destin se la joue autrement. Si le début de ce roman de Peter Farris semble assez classique, dans le bon sens du terme, la suite va surprendre, avec l'apparition du second personnage principal qui va entraîner le lecteur dans une histoire originale dont il est difficile, en refermant le livre, d'oublier les personnages avant longtemps. Un signe que l'on ne trouve pas souvent, surtout quand on lit beaucoup de polars.

 

Maya en fuite va avoir la chance de tomber sur un type étrange. Très étrange. Du genre solitaire au milieu de la forêt, mais pas du côté Walden ! L'homme est un reclus depuis longtemps et se nomme Leonard Moye. Il vit seul dans sa ferme et sur ses terres, enfin presque seul. Il a une compagne, Marjean, un mannequin à tête de plâtre, robe de campagne en vichy et un peu de peinture. Un mannequin que Leonard met à table quand il mange, ou à la place du mort quand il conduit... Un personnage plus qu'inquiétant, même pour une fille venant d'échapper à des tueurs. Deux êtres atypiques, deux êtres dont la vie fut marquée par la souffrance et qui sont maintenant en mode survie contre la sauvagerie du monde. La rencontre s'effectue avec pour dénominateur commun, une colère qui semble sans limite. Une relation touchante face à un monde de violence, de corruption dans une Amérique profonde où la vie est devenue souvent négligeable où l'argent est le seul maître. Un très grand roman noir. A signaler que Peter Farris sera en France en septembre.

 

Dan29000

 

Le diable en personne

Peter Farris

Éditions Gallmeister

Collection Neo Noir

Traduit de l'américain par Anatole Pons

2017 / 270 p / 20,50 euros

 

Le site de l'éditeur

 

RENCONTRES

Du 23 au 25 septembre 2017, Peter Farris sera au festival Lisle Noir à Lisle-sur-Tarn, puis du 29 septembre au 1er octobre 2017, au festival Un Aller-Retour dans le Noir à Pau.

 

EXTRAIT /

Au crépuscule, le coyote traversa le pré de fauche en s’arrêtant régulièrement pour flairer l’air. Alerté par le sifflement d’un train, il poussa un hurlement et entendit les aboiements et les glapissements du chef de la meute et du reste de la famille lui répondre depuis les bois à l’est, suivis par un chant collectif qui ondulait à la manière du son distordu d’une sirène.

Le pré lui réussissait ces derniers temps. La veille, il avait attrapé et mangé un dindonneau après avoir surpris une femelle qui sortait sa couvée du nid. L’oisillon n’arrivait pas à suivre, et la mère, malgré ses efforts, n’avait pu repousser le coyote.

Il se faufila par un trou dans la clôture et se dirigea vers les bords de la rivière. Des faons étaient nés au printemps et il s’était décidé à aller fureter vers leurs couches le long du cours d’eau et de la ligne de crête, en prenant soin de rester sous le vent.

À la tombée de la nuit, il avait couvert près de trois kilomètres, mais le cerf s’était déplacé. Le coyote perçut l’odeur d’un lièvre et la pista à travers une épaisse végétation. Il gagna un empierrement et bifurqua vers le nord. Tête baissée, narines dilatées, il avança vers un carré de trèfle et de brassica.

Mais, avant qu’il ne puisse bondir sur le lièvre, ses oreilles frémirent à l’approche d’un danger, et il leva la tête vers le pare-feu. Quelques instants plus tard, les phares d’un véhicule apparurent.

Le coyote fixa la voiture en silence avant de détaler vers les pins, sa faim momentanément oubliée, sa place dans le monde non moins certaine.

 

 

Tag(s) : #lectures

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