Arles : exposition-témoignage sur le lynchage aux USA

Publié le par dan29000

Les indispensables RENCONTRES D'ARLES sont à un tournant dans leur histoire : c'est le quarantième anniversaire. Et quarante ans de ruptures. Je vous en ai déjà parlé il y a  une quinzaine de jours. ARLES, 40 ans de rencontres photographiques, 40 ans de ruptures
Mais un retour sur des expos emblématiques de cette cuvée s'impose. Nan Golding bientôt, et aujourd'hui :
WITHOUT SANCTUARY, au Cloître st-Trophime à Arles, jusqu'au 13 septembre.
Cette exposition aussi terrible que nécessaire est l'oeuvre de deux hommes, James Allen, brocanteur et collectionneur de cartes postales qui a construit cette précieuse collection-témoignage durant trente ans de patientes recherches. L'exposition présentée à Arles cet été est réalisée par Doug Shipman :
"C'était aussi une méthode pour faire savoir autour de soi que ces lynchages avaient bien lieu et donc une manière d'intimider et d'opprimer les Afro-Américains. Tout le pays a été concerné au plus fort des lynchages, entre 1900 et 1930. Les Américains collaient ces cartes postales dans leurs albums, ils les exposaient chez eux ou en vitrine dans leurs magasins. Les lynchages étaient publics et les grands journaux comme le New York Times en rendaient compte très régulièrement."
La collection compte 200 cartes postales de pendaison, mais l'expo en propose seulement 70. Dès 2012, elle sera montrée en continu à Atlanta dans le cadre du futur CENTER CIVIL AND HUMAN RIGHTS.
Certaines de ces cartes postales étaient tirées à 50 000 exemplaires, c'est dire la popularité de  cette pratique que l'on ne peut qualifier de marginale. Le phénomène dura jusqu'au milieu des années quarante, même si le KKK pratiqua le lynchage bien plus tard après la seconde guerre mondiale.
Difficile de ne pas penser à deux magnifiques chansons de la grande culture américaine : STRANGE FRUIT de Billie Holiday et le terrible DESOLATION ROW de Bob Dylan sur le même sujet...
Ce qui frappe sur toutes les photos visibles sur le site de l'expo, c'est la foule, avec souvent des enfants, qui pose devant la victime pendue. La banalité du mal comme dirait Hannah Arendt, celle qui fait qu'une horreur sans nom est  "normale" pour certains à un moment de l'histoire.
Sans nul doute une des expositions marquantes d'Arles,mais aussi de l'année photo en France, au carrefour de l'art et du devoir de mémoire. Et aussi un beau sujet de réflexion, d'abord sur la nature de l'homme, on peut penser à la Shoah, au génocide arménien, aux massacres des indiens, au plus proche Rwanda.
Enfin, dernier sujet de réflexion, pour ceux qui, et ils sont hélas encore nombreux, n'ont pas compris ce que représentait l'élection d' Obama dans le pays du lynchage des noirs, moins de 70 ans après !
Ci-desous, le lynchage de Thomas Shipp et Abraham Smith, à Marion, dans l'Indiana, le 07/08/1930;

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