Gérard Jodar (USTKE) parle depuis sa prison de Nouméa

Publié le par dan29000

 C'est un document important que publie LIBERATION, une interview  à distance du leader syndicaliste USTKE, Gérard Jodar, emprisonné pour un an depuis la fin juin, pour entrave à la circulation d'avion, si si, cela existe !
EXTRAITS /
D’abord, comment allez-vous ?

Je vais très bien car je suis soutenu par beaucoup de militants, par un collectif et par ma famille. Je suis au Camp Est, seule prison du pays, et cette expérience est très enrichissante. Les constats que je fais sont terribles. D’abord, 97 % des détenus sont des jeunes Kanaks. La prison, prévue pour 190 détenus, en compte 417. Nous sommes cinq ou six dans les cellules crasseuses de 11 m2. Nous avons droit à une demi-heure de promenade le matin et l’après-midi dans une petite cour. Il n’y a aucune structure de formation en interne pour permettre la réinsertion de tous ces jeunes détenus. Nous n’avons droit qu’à deux visites d’une demi-heure par semaine. La nourriture est loin de correspondre aux besoins et aux normes. Quand je pense que la France est le pays des droits de l’homme… Bravo ! Il faut qu’une mission parlementaire vienne faire un constat et atteste de ce que je dis. Du côté du personnel pénitentiaire, les choses ne sont pas mieux : sous-effectifs, mauvaises conditions de travail, les gardiens sont découragés. Nous sommes toujours dans une colonie et pas très loin de l’époque du bagne.

Que vous reproche-t-on ?

Nous sommes victimes de l’acharnement de l’Etat au travers de l’action des forces de l’ordre et du parquet de Nouméa. Cela fait deux fois depuis début 2008 que nous sommes chargés par plusieurs centaines de policiers et gardes mobiles, alors que nos mobilisations, dans le cadre de grèves générales licites, étaient pacifiques. Dans le dernier conflit, celui d’Aircal [une compagnie aérienne locale, ndlr], lors de l’assaut violent des forces de l’ordre, nous avons été contraints de nous réfugier à vingt-huit dans deux avions dont les portes étaient ouvertes pour nous protéger et attendre la fin des affrontements. Nous sommes tous passés devant le tribunal, et pour des faits strictement identiques, les condamnations vont de l’amende à douze mois ferme pour le responsable de notre fédération BTP et moi-même, en passant par la prison avec sursis. Ces décisions sont totalement discriminatoires, voire surréalistes. Il n’y a eu aucune instruction malgré la requête de nos avocats, et ce fut un procès exclusivement à charge.

En vous maintenant en détention, ne fait-on pas de vous un symbole de la résistance aux autorités et au patronat calédoniens ?

Etre un symbole ne fait pas partie de mes ambitions. Je veux être et rester avant tout un militant qui se bat pour plus de justice sociale, pour une juste et effective répartition des richesses, pour le rééquilibrage en faveur du peuple kanak, pour la construction d’un pays multiculturel dans le cadre d’une communauté de destin. Malheureusement, ici, il vaut mieux tenir un discours politicien que faire preuve de sincérité et d’honnêteté intellectuelle. Le patronat, en grande partie, n’aime pas l’USTKE car notre syndicat n’hésite pas à se mobiliser et dénonce la répartition aberrante des richesses. Un quart de la population est en dessous du seuil de pauvreté et une autre partie de cette population vit dans l’opulence et le luxe.

Pour le haut-commissaire de la République, Yves Dassonville, «Aircal est un prétexte. Ce qui est fondamentalement recherché par l’USTKE, c’est de créer de la tension». Que pensez-vous de cette affirmation ?

Dans notre pays, il faut que certains arrêtent de fantasmer. Depuis la prison, j’ai entendu tout et n’importe quoi sur ce conflit. Si, comme nous l’avions souhaité, les négociations avaient débuté dès le départ de la grève, et non plusieurs mois après, le conflit aurait été réglé de suite, et rien de ce qui s’est produit n’aurait eu lieu. Mais comme je vous l’ai dit, il ne faut jamais occulter le fait que nous sommes un syndicat indépendantiste et que l’Etat, le patronat et la droite locale ne rêvent que d’une chose, voir l’USTKE disparaître. Là encore, il faut qu’ils arrêtent tous de fantasmer.

José Bové accuse Yves Dassonville «de jeter de l’huile sur le feu». Partagez-vous cette analyse ? Pensez-vous qu’il doive rester en fonction ?

En trente ans, je n’ai jamais vu un haut-commissaire donner des instructions aussi brutales et tenir un discours aussi radical sous prétexte de maintenir l’ordre public. Nous ne sommes pas dans un pays de voyous, comme il se plaît à nous traiter. Il n’a pas su tenir compte de la culture du pays et c’est grave. Il est effectivement préférable qu’il soit muté ailleurs et que quelqu’un de plus diplomate prenne sa place.

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Victor 04/09/2009 08:14

Camarades, Gérard Jodar vous trompe !J’ai connu Gérard Jodar quand je suis entré dans la compagnie UTA à la fin des années 70. Il était déjà dans la société, embauché comme télétypiste à l’aéroport, et c’était un excellent et sympathique camarade apprécié par tous et connu pour ses coups de fête entre amis et collègues.À l'époque il n'y avait pas de syndicat sur la plate-forme de l'Aéroport International La Tontouta, donc ensemble, et avec d'autres employés, nous avons créé un syndicat rattaché au syndicat FO et l'avons nommé STAR FO (Syndicat des Transporteurs Aérien Réunis).Aucun de nous n'avions fait de syndicalisme auparavant, y compris Gérard Jodar, mais il apprit vite comment tirer les ficelles et s’imposa assez rapidement comme le chef.C’est au moment des problèmes d'UTA, au début des année 80, qu’il a commencé a fréquenter Louis Kotra Uregeï, (LKU), Secrétaire Général de l’USTKE, et qu’il m’avait confié son envie d'être comme LKU, être un délégué permanent, c’est à dire être payé par sa boite à ne faire que du syndicalisme.Notre nouveau syndicat n'étant pas assez fort pour défendre ses ambitions personnelles, il décida d'adhérer à l'USTKE en entraînant un maximum de nos camarades avec lui. Pour ma part, voyant la dérive que prenait son comportement, j’ai décidé de ne pas le suivre et plus tard de rejoindre le syndicat concurrent USOENC.A la mort d’UTA les employés ont été transférés chez Air France, puis quelques années plus tard devant le désir d’Air France de se désengager de la Nouvelle-Calédonie, la société TAS (Tontouta Air Service) fut créée et la majorité du personnel y fut transférée.Entre temps, Gérard Jodar, obtint de la direction d’Air France la possibilité de cumuler et de bénéficier personnellement des heures de délégations des élus et représentants de l’USTKE Air France pour son seul bénéfice, ce qui fait qu’il n’était pas présent à son poste très souvent.Par la suite, lors des négociations entre Air France et la Calédonienne des Eaux, société intéressée par la reprise des activités aéroportuaires, il reçu la promesse par cette dernière d’avoir un poste de délégué permanent dans la nouvelle société qu’elle allait créer (la TAS) en contrepartie du soutient de l’USTKE et de ses adhérents pour l’obtention du marché.De plus, la Lyonnaise des Eaux offrit aux employés transférés la possibilité d’acquérir des actions dans cette nouvelle société, s’ils le désiraient, avec la compensation de départ présentée par Air France à chacun d'entre eux.Cette possibilité devient une obligation pour les adhérents de l’USTKE qui devaient s’y plier sous peine d’être exclus de leur syndicat. A peine avaient-ils franchi la porte du bureau d’Air France avec leur chèque de départ en main qu’un représentant de l’USTKE leur demandait de verser une somme équivalente dans le compte du syndicat au bénéfice d’une SCP (Société civile de participation) qui représenterait les salariés-actionnaires de la TAS. Gare à celui qui n'obéissait pas!Le résultat : l’USTKE obtint près de 30% des parts de la TAS.A ce jour, aucun salariés-actionnaires de la TAS n’ont touché de dividendes, mais ceci n’était pas le but. Le but de la manœuvre était pour l’USTKE d’avoir une voix imposante dans la marche de la TAS et une main mise sur l’aéroport.Ce qui fait qu’il a pu imposer, par exemple, la Société de transport particulier (STP) pour la prise en charge des salariés TAS entre leur domicile et Tontouta, société dont il occupe le poste de gérant.Avec LKU sur le port et Gérard Jodar sur l’aéroport, vous pouvez imaginer la pression que leur syndicat peut mettre sur l’économie du Territoire et donc sur d’éventuelles négociations en cas de conflit.La section SOENC de la TAS a toujours protesté et dénoncé le fait que Gérard Jodar soit payé, depuis maintenant 14 ans, sans avoir jamais fait un jour de travail, surtout face aux difficultés financières des premières années, quand un plan social a été mis en place, avec la bénédiction de l’USTKE, dans lequel tous les employés ont dû baisser leur salaire de 5%.Dur pour les petits salaires de l’époque, (100 000 à 115 000frs) (838 à 963 €) mais pas trop dur pour les gros salaires comme celui de Gérard Jodar (400 000 à 500 000frs) (3352 à 4190 €)De plus, le manque à gagner pour la société, en acceptant de placer Gérard Jodar dans un poste fictif, est considérable.Le calcul est vite fait…14 ans à 450 000 XPF de moyenne = 75 600 000 XPF… (633 528 €) en comptant les charges sociales : on dépasse les 100 000 000 XPF!!!! (838 000 €)A ce jour les protestations de l’USOENC, l’autre syndicat représentatif de la société, qui réclame la remise au travail de Gérard Jodar n’ont jamais provoqué de réaction de la part des différentes directions de la TAS.On comprend bien pourquoi… la paix sociale n’a pas de prix.Bizarrement, le privilège d’avoir un délégué permanent n’est pas accordé à l’USOENC, ce qui fait que les directions successives de la TAS sont coupables de discrimination syndicale et/ou de détournement de biens sociaux au profit de Gérard Jodar.Pour ma part, et celui de ses anciens collègues et amis, le plus désolant dans cette histoire c’est de voir le changement d’une personne, qui était un joyeux luron sympathique, se transformer petit à petit en un triste sire mal aimé par la majorité de la population à cause des ses ambitions personnelles et de ses positions qui n’ont plus rien de syndicales.…dommage