Non ma fille, tu n'iras pas danser, film étonnant et émouvant

Publié le par dan29000

Malgré que cela soit la sixième fois, la sortie d'un film de Christophe Honoré est toujours un petit événement si on aime le cinéma de grande qualité. Il nous avait déjà pas mal secoué et ému avec "Ma mère" où Isabelle Huppert tenait un de ses plus forts rôles, mais une fois de plus il vient bousculer la plupart des conventions du récit. Durant la première heure, le film est assez conformiste, dans le genre récit familial pas marrant, voire étouffant. Puis arrive une rupture, forte, étonnante, avec un conte breton en costume (avec la participation de nombreux cercles celtiques).

Au-delà du récit d'une famille étouffante, pardon pour le pléonasme, le superbe film d'Honoré nous donne à suivre le parcours, difficile, d'une jeune femme, Chiara Mastroianni, au sommet de son talent que l'on savait déjà grand, mais là elle fait plus que  confirmer. C'est un portrait émouvant d'une femme prisonnière d'une famille, d'enfants, qui a largué son mec et tente de vivre sa vie avec des gamins. Et il y a aussi le boulot, pas marrant non plus. Pas facile si on a vraiment envie de vivre. Alors elle choisit de casser toutes les conventions (un peu comme le réalisateur avec le déroulement de son film).
Mais vivre libre a un prix, et elle souffre, et nous aussi, car le film sonne juste et fort. Difficile de ne pas vibrer avec elle. Sur un plan bien entendu différent elle pourrait faire penser aux émouvants portraits de femme d'Amos Kollek (Sue perdue dans Manhattan). Honoré est un de nos rares cinéastes romanesques et cela fait du bien.
Une des réussites aussi de ce grand film est à chercher du côté du roman qui l'inspire, roman de Geneviève Brisac, écrivain de qualité, femme de qualité et qui est aussi co-scénariste pour ce film.
Le film a bien démarré la semaine dernière avec 123 000 entrées au total, ce qui veut dire que le bouche à oreille est positif, voire très positif. Les seconds rôles, importants, sont parfaits : Marina Foïs, Marie-christine Barrault, Louis Garrel.
Peut-être un seul défaut, petit d'ailleurs, le titre, un peu plombant pour un film, mais cela ne va pas l'handicaper pour autant.
Vivre libre, aurait mieux résumer le propos du film, et c'est d'ailleurs le titre second d'une des deux affiches. Il y avait longtemps que le cinéma français ne nous avait pas donné un tel personnage qui résiste aux conformismes ambiants, aux règles de la famille, aux règles de la société bien pensante...
On attend déjà son prochain film avec impatience.

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