MRAP / Mouloud Aounit : Le racisme, un poison pour le vivre ensemble

Publié le par dan29000

"Le racisme souvent s’exprime, s’affiche, se vulgarise quand s’enracinent et se banalisent l’expression « ces gens-là » et les logiques du « trop de ». On serait en droit d’attendre, surtout après les leçons de la présidentielle de 2002, que la vigilance soit de mise chez tous ceux qui pensent être républicains. Vigilance contre tout propos ou comportement qui pourrait donner prise aux attitudes xénophobes. En cette période de crise, comme toujours en pareil cas propice à la logique du bouc émissaire, force est de constater que la France ne s’est toujours pas libérée du racisme. Trois indices marquants viennent valider cette triste réalité.

Tout d’abord, l’inflation d’actes et de manifestations racistes contre les populations arabo-musulmanes, profanations de tombes, écoles souillées par les croix gammées, regain d’activité des groupes néonazis et banalisation du racisme. Fait marquant et nouveau est l’émergence dans le concert d’expressions racistes de nouveaux acteurs. Après les propos de Georges Frêche, estimant que l’équipe de France de football comptait trop de Noirs et ceux du maire PS d’Ivry, Manuel Vals, se permettant d’estimer le 7 juin dernier qu’il n’y avait pas assez de « Blancs, de whites, de blancos » dans une brocante de sa ville. À cela s’ajoutent les propos tenus le 31 juillet, par le préfet Paul Girod de Langlade - récemment choisi pour coordonner les états généraux de l’outre-mer. Déjà poursuivi par le MRAP en 2002 à la suite de propos diffamatoires tenus publiquement sur les gens du voyage, récidivant en Indre-et-Loire : « Il y en a trop sur le département ; on a été trop laxistes pendant trop longtemps (…). Chacun sait que, quand ils arrivent quelque part, il y a de la délinquance », ce préfet, alors qu’il franchissait un portique de sécurité à Orly, après avoir lancé le contenu de ses poches au visage d’un agent de sécurité, aurait déclaré : « On est où, là ? On se croirait en Afrique ici. De toute façon, il n’y a que des Noirs ici. » Le rapprochement de l’islamophobe Philippe de Villiers et de l’UMP doit alerter l’opinion devant les dangers d’une banalisation de l’islamophobie et du racisme anti-immigré que signifie la présence de Philippe de Villiers, dont le mouvement souverainiste constitue une inquiétante force d’appoint, dans les instances politiques de la majorité présidentielle. Enfin, révélateur d’une libération de la parole stigmatisante est la bavure raciste verbale de Brice Hortefeux, lançant à propos d’un jeune militant de l’UMP d’origine maghrébine : « Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. » Ces propos transpirent le racisme, car ils renvoient à cette double équation, héritée du passé colonial, qu’un Arabe, en la circonstance, est et restera un Arabe de service, et quoi qu’on en pense, en groupe, les Arabes restent et demeurent un problème et ne peuvent être considérés comme des Français à part entière. Tout cela imposait des excuses publiques à l’endroit de toutes celles et ceux qui ont été blessés et humiliés. La posture du ministre de faire de cette affaire un seul et unique problème d’interprétation en dit long sur la nécessaire prise de conscience que le racisme est un crime de l’homme contre l’homme.

Ces différents faits sont particulièrement graves. D’abord par la qualité de leurs auteurs qui transcendent les frontières gauche-droite : d’un côté, un président de conseil général (Georges Frêche), et plus particulièrement un député de la République, de surcroît dit de gauche, qui, par des propos publics relevant plus de discussions de café du commerce, recycle et légitime les thèmes du FN, affaiblissant ainsi les efforts et le combat des militants du vivre ensemble ; de l’autre, un préfet, garant et gardien des valeurs de la République, multirécidiviste de l’insulte, et un ministre de la République dont les fonctions ne peuvent être considérées que comme des circonstances aggravantes, mais des personnalités d’autant plus impardonnables qu’en raison de leur fonction, elles ont un réel devoir d’exemplarité pédagogique et politique. La banalisation de propos blessants et stigmatisants qui structurent le « eux » au détriment de la nécessaire construction du « nous » - ce rempart nécessaire pour détourner et déconstruire les logiques communautaristes, véritable poison pour le vivre ensemble - représente une autre source d’inquiétude. Enfin, indice de la gravité de la situation, la faiblesse des réactions d’indignation, signe inquiétant d’une sorte d’assoupissement des consciences, de banalisation, de vulgarisation d’une certaine forme de racisme, qui doit appeler à un sursaut de mobilisation non seulement des consciences, mais aussi des résistances citoyennes."


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