Affaire Charlie Hebdo : réaction à l'imposture

Publié le par dan29000

 

REACTION A L'IMPOSTURE CHARLIE HEBDO

 

 

 

Les faits ont la vie dure, et il faut sans cesse prendre de la hauteur dans cette époque rythmée par l'emprise des médias de masse, qui nous imposent leur vitesse et les sujets sur lesquels il faut débattre. En réaction voici un très bref rappel des quelques erreurs de Charlie Hebdo, qui font que, en tant que militant anti-raciste et athée, je ne peux pas les soutenir. Car loin de pratiquer un humour qui a bien sûr le droit de s'exprimer, la ligne de Charlie Hebdo -notamment depuis le passage de Phillipe Val à sa direction- s'est enfermée dans une vision idéologique cohérente, née au sein des milieux néo-conservateurs américains. Cette vision du monde est dangereuse, et elle doit être dénoncée en tant que telle. Rhétorique semblable à celle qui s'est developpée à l'égard des Juifs dans toute l'Europe pendant la crise de 29, la menace de l'islamo-fondamentalisme agitée volontairement a remplacé celle tout aussi délirante de la menace judéo-maçonnique. Cette agitation volontaire, soutenue par l'ensemble des dirigeants, permettant de reporter la colère générale dûe à l'abaissement du niveau de vie des classes populaires en Europe, vers un nouvel "ennemi structurant". 

 

2002 : Encensement du livre ouvertement raciste d'Oriana Fallaci

Dans le contexte récent des attentats du 11 septembre, en novembre 2002, Robert Misrahi, philosophe et chroniqueur, encensait dans les colonnes de Charlie Hebdo le livre ouvertement raciste d'Oriana Fallaci "La Rage et l'Orgueil", avec la mention "COURAGE INTELLECTUEL". Pour celles et ceux qui n'ont pas entendu parler de cet ouvrage, on y trouve des perles telles que : "Au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d’Allah] passent leur temps avec le derrière en l’air à prier cinq fois par jour", et que ceux-ci " se multiplient comme des rats." Une rhétorique qui ne se cache même pas d'être raciste, digne de l'Europe des années 30, s'attachant même à dresser un portrait physique écoeurant de l'Arabe en général, lorsque Fallaci dit "[qu'] Il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût." 

Suite à des nombreux courriers de personnes choquées par cet éloge de la part d'un journal "de gauche", Charlie Hebdo se voit contraint de désavouer les propos de Misrahi. Mais était-ce une simple erreur ? A l'époque on veut y croire...

 

2005 : Reprise des "caricatures de Mahomet" d'un journal d'extrême-droite danois

On aurait pu penser que l'affaire Misrahi, aurait servi de leçon à un journal qui le répète, fait dans la satire, mais ne confond pas critique de l'obscurantisme et stigmatisation des musulmans. C'était d'ailleurs un argument de Caroline Fourest, qui lors du procès de Charlie Hebdo, disait qu'au contraire de l'humoriste Dieudonné- qui avait fait un sketch sur un colon israélien, et depuis est interdit d'exercer son métier- le journal ne franchissait "jamais" cette frontière. Pour Charlie Hebdo, Dieudonné n'avait pas le droit de s'exprimer, parce qu'il utilisait la liberté d'expression pour attaquer les juifs. D'ailleurs ils avaient été en première ligne pour engager la censure de l'humoriste, en publiant en une, un dessin représentant Dieudonné avec un cerveau minuscule ("le cerveau de Dieudonné, un point de détail"). 

Non, Charlie Hebdo enfonce le clou en 2005. Un journal danois, ayant une tradition fasciste, et ayant été reconnu dans un rapport de 2004, par l'European Network Against Racism comme étant d'extrême-droite, décide de publier des dessins représentants des musulmans, les assimilant au terrorisme. A leur tour, alors que le journal connaît des difficultés économiques, ils viennent au secours de ce journal "au nom de la liberté d'expression " en publiant les fameuses "caricatures" . Les réactions chez les musulmans sont d'abord l'incompréhension, l'indignation, puis il est vrai, une colère terrible. Mais il faut se demander aussi quel était le but de ces journaux, et le sens de leur silence quant à la jubilation de l'extrême-droite, qui comme aux Etats-Unis firent circuler à ce moment là par exemple des images représentant un musulman sodomisé par un chien. 

A l'époque, je trouvais étrange qu'un journal qui se réclame de "la gauche" vienne au secours d'un journal qui s'est réclamé du fascisme, et qui aujourd'hui se qualifie de "libéral-conservateur". Droite et gauche, tout à coup se rejoignaient. C'est que Charlie Hebdo, Sarkozy (qui soutiendra le journal au moment des caricatures), et une partie de la gauche disent en fait se rejoindre sur "des valeurs". Mais qu'est-ce que cela veut-il dire ?    

 

 Les "valeurs" de Philippe Val, inspirées du Cercle de l'Oratoire et du Meilleurs Des Mondes : think thank des néo-conservateurs américains 

Sous la direction de Philippe Val, Charlie Hebdo allait en fait devenir l'un des principaux relais français des thèses de Samuel Huttington, visant à soutenir les guerres d'Irak, et d'Afghanistan, et plus généralement la politique étrangère américaine. Cette ligne, est proclamée et rendue publique en 2006 par le journal, qui signe le "Manifeste des Douze, Ensemble contre le nouveau totalitarisme" rejoint entre autres par Bernard Henri Levy (soutien inconditionnel à la politique américaine et à la colonisation israélienne, et enfin inventeur du terme "d'islamo-fascisme").

Cette vision a été developpée dans le "Choc des Civilisations" d'Huttington, remix de la vieille doctrine de "la lutte des races" de Gumplowicz. Elle est très simple à comprendre, parce que notre classe dirigeante en est imprégnée. Les gens d'en haut ne sont plus supérieurs par leur "race blanche", mais c'est la "culture occidentale", supérieure-magnifique-démocratique-etc. qui est menacée 1) par les groupes ethnico-religieux inférieurs : Huttigton s'adapte, aux Etats Unis, ce sont les Noirs, les latinos et les porto-ricains (ces derniers menaçant l'anglais) 2) A l'échelle du monde, c'est très simple ce sont les Arabes et l'Islam. Et pour justifier l'invasion des  pays musulmans, il faut imposer cette lecture partout, de sorte que l'opinion publique ne se révolte pas contre les coûts de la guerre. 

La proximité de Phillippe Val avec les réseaux néo-conservateurs américains se retrouve dans sa contribution à la revue principale du think-thank (groupe de pensée) Le Cercle De l'Oratoire, Le Meilleur Des Mondes. Il faut bien comprendre ce qu'est un think thank : on réfléchit à plusieurs à des stratégies pour convaincre l'opinion. On fait un travail sur les mots, on cherche à attirer l'attention, et à faire réagir. Ainsi, pour eux, il faut prouver que "l'islamisme" est le "nouveau totalitarisme", "après le fascisme, le nazisme et le stalinisme".

Alors, tout naturellement, la liberté d'expression pour Philippe Val, c'est à géométries variables. Luttant contre le nouveau nazisme, il s'autorise le droit de faire le ménage, en virant le carricaturiste Siné -qui a osé s'écarter de la ligne en faisant une blague sur la conversion au judaïsme de Jean Sarkozy- et le départ contraint du sociologue, un peu trop de gauche, Philippe Corcuff. Ce dernier, marginalisé, décida de partir, expliquant notamment que Charlie Hebdo se fourvoyait dans la "fabrication de complot", s'engageant "dans une croisade de la Civilisation (“européenne”) contre la Barbarie (“musulmane”)."

 

L'imposture continue, sur fond de crise 

Le débat sur la liberté d'expression est une vaste blague. Interrogé par Pascal Clark lui demandant si Dieudonné lui aussi ne pouvait pas revendiquer le "droit au blasphème", Philippe Val répondait, "non" parce qu'il n'y a "pas de prosélytsme dans la religion juive". La frontière était définie ! Pour le directeur de Charlie Hebdo qui engagea le journal dans cette ligne, il s'agissait de répandre cette idée fixe, que représenterait la menace islamiste.

Et rebelotte, la polémique fabriquée de toute pièce reprend aujourd'hui, Val parti. Charlie Hebdo, revient au secours d'un type qui publie un film anti-islam, en trompant les acteurs eux-mêmes, et qui a déclaré que "l'Islam est un cancer". Et écoutez les réactions, l'ensemble de la classe politique et médiatique se retrouvent tous à défendre le journal. Quand on entend pas carrément des actrices de série B, nous avouer leur islamophobie. Qu'aurait-on dit si Véronique Genest avait dit " comme beaucoup de français je suis judéophobe " ? Non, le sujet n'est pas la liberté d'expression de ceux qui l'ont en permanence. 

Comme ce fût le cas dans les années 30, toute occasion sera bonne pour faire oublier la liberté d'expression de millions de personnes précarisées par le chômage de masse, de ceux jetées comme des chiens par des patrons milliardaires, qui, même lorsque la justice leur donne raison... d'aucuns politique ou chroniqueur ne les entendent, ou affichent quelconque solidarité. Non, à l'instar du nouveau ministre du "redressement productif", Arnaud Montebourg, on appelle "au calme", et on se couche tous devant les grandes puissances de l'argent. Pas un bruit, plus personne ne bouge. Et maintenant la subversion serait de provoquer une communauté quasi-absente de la reprensativité nationale, plus touchée encore par le chômage, dont les enquêtes de sociologie n'ont cessé de prouver le désastre de la discrimination à l'embauche, et au logement ? Quelle bassesse. Quelle hypocrisie. Charlie Hebdo, imposteurs. Laquais. Jusqu'à quand ? 

 

 

 

 

NOTES :

"Quand une société ne parvient pas à affronter ses problèmes économiques, l'une des issues classiques qui s'offre à elle est la fuite vers l'irrationnel. La définition d'un bouc émissaire, ethnique, religieux ou racial est l'une des solutions les plus communément adoptées. Taper sur un faible pour se soulager les nerfs est un mécanisme de compensation éprouvé, à l'échelle individuelle ou collective. Le sarkozisme a marqué une avancée notable dans ce domaine. Les émeutes qui éclatèrent lorsque Sarkozy était ministre de l'Intérieur, les violents incidents de la gare du Nord durant la campagne électorale, les déclarations sur la fierté d'être français, l'invention d'un ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaidre peuvent apparaître comme autant d'étapes préliminaires d'une tentative de ressourcement ethnique de la démocratie française. Cette régression vers la forme primitive de la démocratie redéfinirait l'égalité des citoyens par l'inégalité d'un autre : les Français, inégaux par le revenu, deviendraient le groupe dominant d'une République menacée par une plèbe étrangère. Dans le contexte mondial, européen et national actuel, le levier doctrinal d'une telle politique ne pourrait être que l'islamophobie. Notre vide religieux active, on l'a vu, non seulement une peur des religions qui existent encore, mais surtout, et de manière plus perverse, un véritable besoin de combattre des religions vivantes.

[...] L'islam nous est présenté comme une menace interne, par l'exagération systématique du problème de l'immigration, et externe, par une politique étrangère hostile à la Turquie, plus encore à l'Iran, et par l'envoi de troupes "civilisatrices" en Afghanistan. " 

Emmanuel TODD, Après la Démocratie, Chap 9

 

 

 

SOURCE /  http://nino.delaune-sahraoui.over-blog.com/

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