Affaire DSK, Paris : les avocats de Diallo ne lâchent toujours rien

Publié le par dan29000

 

AFFAIRE DSK. Les avocats de Nafissatou Diallo ne lâchent (toujours) rien

 par Celine Rastello    

Lors d'une conférence de presse mardi à Paris, l'associé de Kenneth Thompson a déclaré que "de nombreuses femmes" avaient contacté son cabinet suite à son appel.

 

 

Quelques heures avant l'officiel abandon des charges contre DSK par le juge Michael Obus, l'avocat de Nafissatou Diallo Douglas Wigdor a tenu une conférence de presse, mardi 23 août à 14h30, au premier étage du célèbre hôtel parisien Royal Monceau. Face à de nombreux journalistes francophones et anglophones, l'associé de Kenneth Thompson a pris la parole aux côtés de son confrère Thibault de Montbrial, leur relais en France.

Sans surprise, Douglas Wigdor est resté fidèle à la stratégie de communication adoptée depuis le début par son partenaire Kenneth Thompson. Alors que ce dernier, à l'issue de la rencontre express entre leur cliente et plusieurs membres du bureau du procureur, a dénoncé lundi un "déni de justice", son confrère a répété à plusieurs reprises que, dans ce dossier, leur cliente a été "davantage traitée comme une suspecte que comme une victime."

De "nombreuses" femmes les auraient contactés

Rapidement, et alors que la presse souhaitait en savoir plus sur les autres femmes susceptibles d'avoir contacté le cabinet d'avocats, Douglas Wigdor a répondu qu'elles étaient "nombreuses" et "du monde entier." Il s'est refusé à plus de précisions, arguant notamment que "le dossier faisait toujours l'objet d'une enquête" et que les auditions ne sont pas terminées.

Son confrère Thibault de Montbrial, dont le rôle dans le dossier consiste justement à recueillir ces éventuels témoignages, n'a pas été beaucoup plus loin. Tout juste a-t-il déclaré que s'étaient "rapprochées de lui" des personnes d'horizons divers : "de l'industrie des transports, de l'hôtellerie, de la politique, de l'organisation du Congrès, et des journalistes."

Plainte pour subornation de témoin à Sarcelles

Thibault de Montbrial a ensuite abordé un autre point attendu : la plainte pour subornation de témoin contre un adjoint au maire de Sarcelles (Val-d'Oise) François Pupponi. L'avocat a affirmé l'avoir déposée mardi matin.

Au cours du dossier, a déclaré l'avocat français, une "jeune femme de Sarcelles s'est entretenue avec un avocat américain aux Etats-Unis", elle lui a confié "des choses" qui "abondaient pleinement" dans le sens de celui de Nafissatou Diallo et du procureur. Me De Montbrial a même ajouté que ces "choses" "abondaient bien".

"Je ne sais pas comment la défense l'a appris" a-t-il poursuivi : "deux semaines après son audition, un proche de cette jeune femme a été contacté par un adjoint au maire de Sarcelles, qui lui aurait demandé "combien il fallait pour qu'elle se taise." Impossible, toutefois, de connaître le destinataire de la plainte.

L'avocat entretient une nouvelle fois le mystère, dans le but "de ne pas faciliter la tâche de ses adversaires". Remous dans l'assistance, qui veut en savoir plus.


De Montbrial victime de "pressions de réseaux strauss-kahniens"


"Depuis deux mois, les réseaux strauss-kahniens en France ont tout essayé pour dissuader les femmes qui étaient ses victimes de porter les coups les plus rudes contre M. Strauss-Kahn" affirme ensuite Thibault de Montbrial, avant de révéler qu'il fait l'objet de "pressions".

"Dans cette histoire de Sarcelles, j'ai deux témoins qui racontent l'histoire. Elle est emblématique du comportement de l'entourage de Dominique Strauss-Kahn pour empêcher des témoins de se joindre à la procédure américaine", accuse-t-il.

Alors qu'un journaliste lui demande d'en dire davantage sur ces "pressions", l'avocat, comme s'il lâchait une information qu'il n'avait pas prévu de communiquer, affirme que l'enquête disciplinaire dont il a été dit qu'il faisait l'objet était "une fausse information".

Le bâtonnier de Paris n'y "serait pour rien" selon l'avocat, qui dénonce encore des "pressions efficaces de la part de réseaux efficaces."


Le rapport médical


Avant de mettre un terme à la conférence de presse, Thibault de Montbrial a tenu à insister sur deux points. Le premier assez cru concerne le rapport médical : "les dégâts du vagin de Madame Diallo sont incompatibles avec un rapport sexuel et une pénétration sexuelle, même violente, même la veille ou l'avant-veille."

Faisant le geste avec sa main, il répète que c'est "totalement incompatible". Il tient aussi à préciser que l'état de "choc et de stress" de leur cliente lors de son examen au centre hospitalier St. Lukes' est "familier aux services spécialisés" de l'établissement.


Retour sur la conversation téléphonique controversée


Dans une tirade visiblement bien huilée et calibrée, Douglas Wigdor est par ailleurs revenu en détails sur le déroulement de l'enquête. Notamment cette fameuse conversation téléphonique dont les avocats de Nafissatou Diallo contestent la traduction et lors de laquelle la plaignante aurait dit en substance "je sais ce que je fais, cet homme a beaucoup d'argent."

L'avocat, qui a tenu à rappeler que le langage utilisé est "très difficile" à comprendre, a également indiqué que son confrère Kenneth Thompson et lui-même en ont demandé la retranscription au procureur "chaque jour", et pendant plusieurs jours. Interrogé à ce sujet, Douglas Wigdor a affirmé qu'il y avait en fait "deux conversations distinctes". Tout en admettant ne pas avoir lui-même écouté ces conversations et indiquant que son "partenaire" l'avait fait, il a dit que lors de la première conversation "cet homme en Arizona" a demandé à sa cliente "si elle allait tenir le coup", ce à quoi elle aurait répondu que "oui, elle allait tenir le coup" et "qu'elle avait un avocat."

Il a commencé à évoquer la seconde conversation, avant d'abréger en affirmant que Nafissatou Diallo n'avait "jamais dit à son interlocuteur que cet homme avait beaucoup d'argent."


"Pas de discussion sur une relation consentie"


L'associé de Kenneth Thompson est également revenu sur le jour des faits allégués : "il l'a sexuellement agressée, la scène a duré 9 minutes, il n'y a pas de discussion concernant une relation consentie." Précisant que DSK s'est "rhabillé très vite" et qu'il avait "des restes de dentifrice sur la bouche" lors de son check-out, il a poursuivant en déclarant que l'ex-patron du FMI "avait appelé sa femme en lui faisant part de 'graves problèmes'." "Pourquoi quelqu'un dirait qu'il a de 'graves problèmes' s'il n'a rien fait ? Il n'y a pas d'autre explication possible."


Accusations contre le procureur


Douglas Wigdor est aussi revenu sur leur demande de récusation du procureur Cyrus Vance révélée lundi. Ils l'accusent notamment d'être "partial" et "d'abuser de la confiance des new-yorkais". La présence de Karen Friedman Agnifilo dans le bureau du procureur Vance les a aussi "beaucoup perturbé" et a en partie motivé leur demande de récusation. Douglas Wigdor a dénoncé un conflit d'intérêts, cette femme étant "mariée à un des avocats du cabinet Brafman." "Nous n'avons aucune preuve laissant penser que des mesures ont été prises pour empêcher des contacts" a-t-il ajouté.

Me De Montbrial a conclu par un reproche au procureur. Lors de son passage à New York le 19 juillet, le procureur "s'est engagé à faire dans les jours suivants une demande d'entraide à la justice française pour faire venir témoigner Tristane Banon." "I will do it" a déclaré De MOntbrial en anglais comme pour mieux insister sur l'accusation, avant d'ajouter "je suis très étonné de constater qu'il ne l'a pas fait."

Aux Etats-Unis, à l'issue de l'audience pendant laquelle DSK a retrouvé la liberté, Kenneth Thompson, qui ne perd pas de vue sa procédure civile, a à son tour accusé le procureur d'avoir "pris la fuite." Avant de lancer : "Si DSK était un chauffeur de bus du Bronx ou un plombier, Cyrus Vance aurait-il épluché le dossier de demande d'asile de Nafissatou Diallo?".

 

Interrogé par "Le Nouvel Observateur" sur le fait que Douglas Wigdor évoque de "nombreuses femmes" qui l'ont contacté sans en dire plus, l'avocat aux barreaux de Paris et New York Marc-Pierre Stehlin y voit une "forme d'intox pour gagner l'opinion publique et éventuellement obtenir d'autres témoignages de femmes qui interviendraient au civil". "Les avocats de la plaignante veulent maintenir dans l'opinion publique qu'il s'est passé quelque chose dans cette chambre, notamment pour obtenir des dommages et intérêts" poursuit Me Stehlin, ajoutant "c'est peut-être aussi un moyen que Thompson utilise pour forcer DSK à accepter une transaction."


 Source : Nouvel obs

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