Affaire Merah : des doutes s'accumulent partout...

Publié le par dan29000

Des doutes sur l’affaire Mérah
de : Apache
samedi 7 avril 2012 

 

Le tireur de Toulouse aurait été un informateur des services de renseignement français


Des articles de presse et de commentaires de la part de responsables des services du renseignements suggèrent que Mohamed Merah, la personne présentée comme le tireur ayant tué sept personnes dont trois écoliers juifs au cours d’une série d’attentats qui a duré neuf jours à Toulouse, était un informateur des services du renseignement français.

Ces révélations soulèvent des questions sur l’incapacité du renseignement français à interpeller Merah, et sur les considérations politiques qui auraient pu la motiver. L’enquête sur Merah était dirigée par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), dirigée par Bernard Squarcini - un proche associé du président sortant Nicolas Sarkozy. Sarkozy, qui avant cela était nettement derrière le candidat socialiste François Hollande pour la présidentielle, a bénéficié d’une importante couverture médiatique après les attaques et rattrape maintenant Hollande dans les sondages.

Dans un entretien accordé le 23 mars au Monde, Squarcini a confirmé que Merah s’était rendu de nombreuses fois au Moyen-Orient, alors que ses revenus déclarés étaient à peu près au niveau du salaire minimum : « Il a passé du temps chez son frère au Caire après avoir voyagé au Proche-Orient : Turquie, Syrie, Liban, Jordanie, et même Israël. À Jérusalem, la police découvre un canif dans son sac puis le relâche. Ensuite, il se rend en Afghanistan en passant par le Tadjikistan. Il prend des parcours qui sont inhabituels et n’apparaît pas sur nos radars, ni sur ceux des services extérieurs français, américains et locaux. »

Squarcini semble vouloir renforcer la thèse officielle sur la capacité de Merah à échapper à la police : il serait un indétectable « solitaire » qui « semble s’être radicalisé seul. » Cette version est démentie par des révélations selon lesquelles les agences du renseignement françaises étaient apparemment en contact étroit avec Merah, essayant d’en faire un informateur au sein des réseaux islamistes.

Les Inrockuptibles ont cité des articles italiens selon lesquels Merah travaillait pour la principale agence du renseignement extérieur française, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Ils citaient Il Foglio : « Selon des sources au sein des services de renseignement qui ont parlé avec ll Foglio, la Direction générale de la sécurité extérieure [.] a obtenu pour lui [Mohamed Merah] - en le présentant comme un informateur - une entrée en Israël en septembre 2010, via un poste de contrôle à la frontière avec la Jordanie. [.] Son entrée en Israël, couverte par les Français, visait à prouver au réseau djihadiste sa capacité à passer à travers la frontière avec un passeport européen. »

Contactée par Les Inrockuptibles, la DGSE a refusé de confirmer ou d’infirmer la version d’Il Foglio : « La DGSE ne s’exprime ni sur ses sources, ni sur ses opérations, réelles ou supposées. »

Dans des commentaires d’hier à La Dépêche du Midi, Yves Bonnet - ex-chef de la Direction de la surveillance du territoire (DST), aujourd’hui absorbée par la DCRI - se demandait également si Merah était un informateur de la DCRI.

Bonnet a dit, « Ce qui interpelle, quand même, c’est qu’il était connu de la DCRI non pas spécialement parce qu’il était islamiste, mais parce qu’il avait un correspondant au Renseignement intérieur. Or, avoir un correspondant ce n’est pas tout à fait innocent. Ce n’est pas anodin. » ; « [.] Alors appelez ça "correspondant", appelez ça "officier traitant" [.] je ne sais pas jusqu’où allaient ces relations, voire cette "collaboration" avec le service, mais on peut effectivement s’interroger sur ce point. »

Squarcini a nié que Merah ait été « un informateur de la DCRI ou de n’importe quel service français ou étranger. » Cependant, son entretien dans Le Monde suggère que c’est tout à fait ce qu’était Merah.

De l’aveu même de Squarcini, Merah s’était rendu à plusieurs reprises dans les locaux de la DCRI après ses voyages en Afghanistan et au Pakistan - en Octobre et novembre 2011 - pour discuter de ce qu’il avait vu. Squarcini appelle cela « entretien administratif sans contrainte, puisque nous n’étions pas dans un cadre judiciaire. » Merah donnait donc librement à la DCRI les informations qu’elle lui demandait ; c’est-à-dire qu’il fonctionnait comme un informateur, que ce soit officiellement ou non.

Ces révélations rendent l’incapacité des services à identifier et arrêter Merah encore plus inexplicables. Elles soulèvent également la question de savoir si des responsables du renseignement français ont causé ce retard assez exceptionnel dans l’enquête sur les tueries.

Bien que les attentats aient eu lieu les 11, 15 et 19 mars, Merah n’a été soupçonné que le 20 - après que la police a comparé une courte liste d’islamistes de la région de Toulouse avec une liste d’adresses IP d’ordinateurs ayant consulté une annonce postée par la victime du 11 mars.

Le journaliste Didier Hassoux a déclaré aux Inrockuptibles que la police avait obtenu la liste de 576 adresses IP, « sur l’annonce du premier militaire abattu le 11 mars. » Cependant, d’après le spécialiste des technologies de surveillance Jean-Marc Manach, ce n’est que cinq jours après, le 16 mars, que les adresses IP ont été envoyées aux fournisseurs d’adresses Internet pour identification. Les fournisseurs ont répondu le lendemain.

Ce délai de cinq jours est très inhabituel, Manach note : « D’ordinaire, nous confirme une source policière, ce genre d’opérations ne prend que quelques minutes. Une autre source, proche de ceux qui répondent à ce type de réquisitions judiciaires, indique de son côté qu’elles sont traitées "en 48 heures maximum". »

Autre démenti à la thèse officielle d’un Merah « solitaire, » une vidéo des tueries réalisée par le tireur est arrivée à Al Jazeera lundi en fin de journée, dans une enveloppe affranchie par la poste le 21mars. Pourtant, ce jour-là, Mohamed Merah était confiné dans son appartement et assiégé par la police, qui avait également arrêté son frère, Abdelkader. On ne sait pas qui a envoyé la vidéo, fortement retouchée pour cacher les voix - ce qui pourrait indiquer que Merah avait des complices durant ces tueries.

Les officiels français ont fortement réagi à la nouvelle de la vidéo. Sarkozy a demandé à toutes les chaînes qui recevraient de telles images de ne pas les diffuser, pendant qu’Hollande prévenait Al Jazeera qu’elle risquait de perdre ses droits de diffusion en France si elle publiait cette vidéo.

La position de Hollande sur les vidéos de Toulouse reflète la capitulation des partis bourgeois "de gauche" en France devant l’hystérie sécuritaire après ces tueries tragiques. Personne n’a demandé une enquête sur le rôle des agences du renseignement dans la tuerie, alors que les indices d’une implication de l’Etat se multiplient. Ni le Parti communiste français, ni le Nouveau Parti anticapitaliste, Ni le PS n’ont fait remarquer que le gouvernement de Sarkozy, qui a bénéficié électoralement de ce crime, est légitimement suspect d’être impliqué dans cette affaire.

Cela reflète la dégénérescence de toute la classe politique. Ayant soutenu les guerres impérialistes dans les pays musulmans et les vagues de coupes sociales en France - pendant que les responsables socio-démocrates en Grèce imposaient des coupes encore plus dévastatrices exigées par l’Union européenne - les partis "de gauche" s’appuient maintenant sur les invocations chauvines au patriotisme anti-musulman. Cela les laisse prostrés devant les services de sécurité et la tentative du gouvernement de Sarkozy de transformer les tueries de Toulouse en une occasion pour un coup politique.

Alex Lantier, 5 avril 2012, World Socialist Web Site (Article original paru le 28 mars 2012)

La famille de Mohamed Merah nie que celui-ci soit le tueur de Toulouse

La famille de Mohamed Merah, celui que la police française accuse des fusillades meurtrières de Toulouse et Montauban entre le 11 et le 19 mars, a catégoriquement nié qu’il soit un terroriste ou qu’il ait perpétré les tueries. Merah a été tué jeudi 22 mars par une unité du corps d’élite de la police après un siège de 32 heures de son appartement.

Son demi-frère Rachid Merah qui vit en Algérie a dit à France Info : « Je n’ai aucune idée de ce que disent les médias et les politiciens français sur Mohamed. Ils disent que Mohamed a été en Afghanistan et au Pakistan et qu’il a été en contact avec Al Qaida. Mais ça, je le nie formellement. Et je doute qu’il ait eu un lien avec Al Qaieda ou les Talibans ou n’importe quelle organistion terroriste dans le monde. Et ce qui prouve ça, c’est que la France l’a tué avant qu’il ne puisse parler devant la justice, alors qu’ils auraient pu l’attraper vivant. »

Les déclarations de Rachid Merah viennent après que des questions similaires ont été soulevées par des experts de la police, tel Claude Prouteau du GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale) qui a fait remarquer que l’unité de police spéciale qui a tué Merah aurait pu aisément le capturer vivant. Au lieu de cela, la police a pris d’assaut l’appartement de Merah et l’a tué sous une pluie de près de 300 balles. Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant avait néanmoins affirmé que tout serait fait pour capturer Merah vivant de façon à ce qu’il puisse être jugé.

Commentant les armes et les vidéos de la fusillade que la police aurait trouvées dans l’appartement de Merah, Rachid Merah a parlé des reportages médiatisés selon lesquels Merah était un indic des services du renseignement français : « Mais pour la question des armes, on peut imaginer qu’il a été manipulé par les services secrets français, parce qu’il était jeune et facilement influençable, ils ont très bien pu l’acheter. Ils l’ont utilisé puis ils l’ont tué. Tous les scénarios sont possibles. Qui peut prouver que Mohamed Merah a filmé lui-même les vidéos [des fusillades] ? Ca peut très bien être quelqu’un d’autre. »

Rachid Merah a ajouté : « On récolte ce qu’on a semé. Ils tuent nos enfants en Palestine, en Afghanistan, en Irak, ils doivent prendre leurs responsabilités. Le Ministre de l’Intérieur français a dit que Mohamed était un monstre ... mais je réponds qu’ils ont créé ce monstre qui a tué des enfants. »

Ces remarques de Rachid Merah viennent après des déclarations similaires faites par le père de Mohamed Merah, Mohamed Benalal Merah : « Il aurait fallu l’arrêter et enquêter avec lui. Peut-être qu’il leur aurait fourni des informations. Peut-être que ce n’est pas lui qui a tué. En tuant mon fils, les services français ont perdu des preuves, et moi, mon fils. »

Ces déclarations arrivent au moment où la version officielle de l’Etat, selon laquelle Merah était indétectable car il était un « loup solitaire auto-radicalisé » qui avait un comportement normal jusqu’à ce qu’il assassine sept personnes, se révèle être une invention. Il agissait au contraire en contact étroit avec les agences du renseignement français et en collaboration directe avec un, voire même probablement plusieurs, complices qui sont encore à ce jour non identifiés.

La preuve principale utilisée pour incriminer Merah ont été les armes trouvées dans son appartement et les déclarations de la police disant qu’il avait avoué son crime au cours des négociations et des conversations téléphoniques avec eux. Mais cette preuve n’a pas été rendue publique et il reste toujours un élément de doute quant à savoir si Merah était vraiment le tueur. Un témoin de la fusillade de Montauban avait décrit le tueur comme un homme robuste avec des cicatrices et des tatouages sur la joue, ce qui ne ressemble guère à Mohamed Merah, mince et au visage lisse.

Un autre élément dans cette affaire est la possibilité qu’un « troisième homme » ait participé et qui reste à ce jour non identifié. Le frère de Merah, Abdelkader, qui a été accusé de l’aider, a dit à la police que lorsqu’il avait aidé son frère à voler le scooter Yamaha T-Max qui avait servi durant les fusillades, il y avait une autre personne dans la voiture dont l’identité n’a pas été révélée. Il y aurait aussi eu une autre personne vivant dans l’appartement où Mohamed Merah a été tué.

Le chef du service de renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini a été obligé de nier les reportages persistants de la presse française et italienne selon lesquels Merah était un indic pour l’un de ses propres agents à Toulouse, et que c’était ce qui expliquait qu’ il avait pu éviter d’être détecté et arrêté jusque très peu de temps avant d’être tué par la police le 22 mars.

Le démenti de Squarcini est affaibli par le fait qu’un jour après la mort de Merah, le chef de la police a dit au Monde que le tueur présumé avait demandé, durant le siège, à parler à un représentant de son agence basée à Toulouse. Cet agent, qui serait une jeune femme d’origine nord-africaine, avait débriefé Merah à son retour du Pakistan en novembre 2011, où il avait passé deux mois.

L’ancien chef de la sécurité Yves Bonnet a dit au journal local de Toulouse, La dépêche du Midi qu’il était « frappant » que Merah ait un correspondant à la DCRI : « Avoir un correspondant , ce n’est pas anodin. »

Même si Merah n’était considéré que comme un « indic » de petit rang, cela pourrait expliquer pourquoi la police et les services de sécurité ne l’avaient pas détecté : parce qu’ils avaient délibérément cessé de regarder dans sa direction.

L’hebdomadaire Le Canard Enchaîné écrivait jeudi que Merah et sa famille avaient été mis sous écoute par la DCRI de mars à novembre de l’an dernier. La mise sous écoute avait brusquement cessé, dit Le Canard, au moment de sa rencontre avec l’agent de la DCRI en novembre. Mais les unités de surveillance ont dit plus tard que la mise sous écoute avait commencé en novembre et avait cessé en février car cela n’avait rien révélé d’important. Ce n’était que quelques semaines avant que le tueur ne se déchaîne.

Dans ces circonstances hautement suspectes, juste quelques semaines avant l’élection présidentielle, le président sortant Nicolas Sarkozy s’est saisi de ces fusillades pour attiser l’hystérie sécuritaire et se mettre sur le devant de la scène médiatique. Il a annoncé de nouvelles lois pénalisant les visites sur des sites internet « encourageant une idéologie terroriste » et la police a fait hier une opération de répression sur un présumé réseau islamiste en France et procédé à l’arrestation de 19 personnes.

Le soutien tacite apporté à ces mesures d’Etat policier par le candidat PS à l’élection présidentielle François Hollande et ses alliés de la pseudo-gauche a permis à Sarkozy de prendre l’initiative dans la course à l’élection, avec ce qui est en fait un coup politique. Les sondages d’opinion à présent donnent Sarkozy en tête avec 30 pour cent des intentions de vote contre 28 pour cent pour Hollande, au premier tour de l’élection qui se tiendra le 22 avril.

Par Antoine Lerougetel, World Socialist Web Site, 2 avril 2012, (Article original publié le 30 mars 2012)

Des questions émergent quant à la gestion des tueries de Toulouse par la police française

Les informations qui ont émergé sur Mohamed Merah, le tireur présumé d’une série de meurtres commis entre le 11 mars et le 19 mars dans la région de Toulouse, soulèvent de sérieuses questions sur le comportement des agences de renseignement et des services de police français.

Merah aurait tué le 11 mars un parachutiste à Toulouse, deux parachutistes le 15 mars à quelques kilomètres de là, à Montauban et le 19 mars un père de famille et plusieurs enfants dans une école juive à Toulouse. Il a été tué jeudi dans une confrontation armée avec la police dans son appartement de Toulouse, abattu d’une balle dans la tête par un tireur d’élite alors qu’il tombait de son balcon.

Les responsables se démènent pour expliquer comment Merah – bien qu’étant connu à la fois des services de renseignement français (Direction centrale du renseignement intérieur, DCRI) et de la police – a opéré pendant une semaine sans être inquiété et pourquoi il a été tué lors de l’opération.

S’exprimant jeudi au micro d’Europe1, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a admis : « Je comprends qu’on puisse se poser la question de savoir s’il y a eu une faille ou pas. Comme je ne sais pas s’il y a eu une faille, je ne peux pas vous dire quel genre de faille mais il faut faire la clarté là-dessus. »

Christian Prouteau, fondateur du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), une unité de contre-terrorisme qui rivalise avec l’unité d’élite de la police qui a tué Merah, a critiqué l’assaut d’hier. Il a dit avoir été surpris que la confrontation se soit soldée par la mort de Merah : « Comment se fait-il que la meilleure unité de la police ne réussisse pas à arrêter un homme tout seul ? Il fallait le bourrer de gaz lacrymogène… au lieu de ça, ils ont balancé des grenades à tour de bras. Résultat : ça a mis le forcené dans un état psychologique qui l’a incité à continuer sa ‘guerre’ »

Il a ajouté : « En soixante-quatre opérations menées par le GIGN sous mon commandement, il n’y a pas eu un mort ». En reprenant les commentaires faits par la police locale de Toulouse, Prouteau s’est demandé pourquoi la police n’avait pas simplement attendu pour tendre « une souricière » à Merah devant son appartement et « le coincer » à sa sortie ; cette technique est apparemment souvent utilisée contre les nationalistes basques et les membres de la mafia.

Ces questions ont été soulevées alors que le président sortant, Nicolas Sarkozy, cherchait à exploiter la tragédie en faveur de pouvoirs d’Etat policier très étendus et à redorer sa crédibilité sécuritaire pour les élections présidentielles du mois prochain.

Un récent sondage d’opinion réalisé après les fusillades a montré que Sarkozy progressait dans les intentions de vote, comptabilisant 30 pour cent des voix au premier tour des élections contre 28 pour cent pour le candidat du Parti socialiste (PS), François Hollande. L’on s’attend encore à ce que Hollande remporte le second tour des élections, en raison toutefois de l’impopularité de Sarkozy parmi les électeurs hors UMP.

Dans un discours télévisé prononcé jeudi, Sarkozy a demandé à ce que « toute personne qui consultera des sites internet qui font l’apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence [soit] punie pénalement. » Il a poursuivi en disant : « Toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologie conduisant au terrorisme… ou [les propageant dans les prisons] sera punie pénalement. » Des propos formulés dans des termes aussi imprécis permettraient à l’Etat de criminaliser quasiment toute politique d’opposition, de fouler aux pieds les droits constitutionnels fondamentaux de la liberté d’expression et de voyager.

La secrétaire générale du Syndicat de la magistrature, Marie-Blanche Régnier, a dit que l’appel de Sarkozy était une « carte politique ». Pour la forme elle s’est demandée s’il inclurait sur la liste des « extrémistes » Marine Le Pen, candidate néo-fasciste dont Sarkozy courtise agressivement les électeurs par une rhétorique anti-immigration.

Dans une situation où le PS, le Parti communiste (PCF) et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) ne remettent pas en question les appels de Sarkozy à « l’unité nationale, » la plupart des objections émises contre des enquêtes sont venues de la police et des experts en sécurité. Toutefois, les informations qui ont émergé ont déjà montré clairement que si Merah était bel et bien le tueur, il n’a été en mesure de commettre des meurtres qu’en raison d’une défaillance extraordinaire de la police et des services de renseignement français.

Compte tenu de l’énorme enjeu politique dans l’exploitation des fusillades par Sarkozy, il est logique de s’interroger pour savoir s’il y a un lien entre cette défaillance des services de renseignement et la tentative de Sarkozy de garder ses chances aux prochaines élections.

Peu de temps après les tueries du 15 mars à Montauban, les responsables avaient déjà expliqué qu’ils envisageaient « tous les suspects possibles » des meurtres. Selon le quotidien Libération, lorsque le 19 mars, la police de Toulouse avait fourni une liste des Islamistes « radicaux » de la région de Toulouse, elle ne contenait que six noms et Merah était le premier de la liste. Merah était donc bien connu de la police.

Toutefois, après les tueries de Montauban, Merah n’a apparemment pas été identifié – bien que l’adresse IP de sa mère figurât sur une liste de la police des ordinateurs qui avaient été en contact avec la victime du 11 mars. Cette liste a été soigneusement examinée par les enquêteurs et elle a joué finalement un rôle dans la capture de Merah. Apparemment toutefois, les enquêteurs n’ont recoupé cette liste avec la liste des Islamistes que le lundi 19 après les tueries à l’école Ozar Hatorah.

L’expert des questions de défense, François Heisbourg, a dit à Libération, « Il n’y a que quelques petites dizaines de Français à avoir fait le voyage en Afghanistan, et pas plus de quelques unités en Midi-Pyrénées. On se demande donc pourquoi on ne s’est pas davantage préoccupé de lui ! On peut à la limite le comprendre avant les meurtres de Toulouse et Montauban – ça me surprend mais ne me choque pas. Mais après ? Cela signifie soit que les services concernés sont dans une misère noire, soit qu’ils n’ont pas fait leur boulot ! »

Il a ajouté, « Ensuite, je m’interroge quand j’entends les procureurs de Paris et Toulouse dérouler l’enquête en expliquant qu’ils n’avaient pas l’adresse du suspect. Or il semble que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) l’a interrogé à l’automne et en a conclu qu’il n’était pas dangereux…Comment a-t-il été contacté si on n’avait pas son adresse ? »

Heisbourg a aussi soulevé des questions concernant la formation de tireur de Merah qu’il a apparemment acquise lors de deux voyages en Afghanistan et au Pakistan, bien qu’il ait passé l’essentiel de son temps à travailler comme carrossier : « Là, notre ‘loup solitaire’ fait ce que les pires mafieux n’oseraient pas faire, il garde seul la maîtrise de son engin, et conduit ses expéditions avec un calcul, une absence d’hystérie jamais vue. Même les terroristes du 11 septembre étaient plus énervés ! Il a donc reçu une formation de premier ordre ! Qui l’a formé et dans quelles circonstances ? »

En effet, quelques questions demeurent quant à savoir si Merah était bien le tueur. Il ne ressemblait pas à la description donnée par des témoins de la fusillade de Montauban qui ont parlé d’un homme assez corpulent avec des tatouages et une cicatrice sur la joue gauche. Par contre Merah était svelte et n’avait pas de marques sur le visage.

Par Alex Lantier, World Socialist Web Site, 26 mars 2012, (Article original paru le 24 mars 2012)

 

 

Source : BELLA CIAO

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