Afghanistan : 2010 fut l'année la plus meurtrière de cette guerre injuste

Publié le par dan29000

 

 

2010 : l'année la plus meurtrière de la guerre d'Afghanistan

A ceux qui ignoreraient encore que la France est engagée dans une vraie guerre à l'autre bout du monde, une infographie du Figaro.fr constitue un brutal rappel aux réalités du conflit. La progression du nombre de morts au sein de la coalition internationale conduite par les Américains est spectaculaire : 2010 restera comme l'année la plus meurtrière en près d'une décennie d'intervention dans ce pays.

 

Personne n'échappe à cet accroissement du nombre de victimes, pas même la France, qui a compté 16 soldats tués cette année contre 11 l'année précédente, des victimes qui font à peine une brève dans les journaux. Soit près du quart des 52 victimes françaises comptabilisées en Afghanistan depuis 2001.

Les Etats-Unis payent le plus lourd tribut à cet engagement militaire, avec près de 500 morts sur les 700 enregistrés en 2010 pour toutes les forces de la coalition. Là encore, la hausse du nombre de victimes est spectaculaire, passant de 317 à 500 morts entre 2009 et 2010.

Malgré cette hausse spectaculaire du nombre de victimes, les opinions publiques dans les pays engagés, et singulièrement la France, n'ont pas conscience que leurs pays sont engagés dans de véritables guerres.

J'avais été frappé, la semaine dernière, par le titre d'une tribune publiée par Le Monde : « La France fait la guerre en Afghanistan. Cessons de jouer sur les mots ». L'auteur, Cyril Leprêtre, a été chef de bataillon engagé en Afghanistan en 2009 et 2010, et il s'inquiète de voir que 70% des Français sont opposés à l'intervention militaire française dans ce pays.

« le choix des mots influe sur les perceptions »

Cet officier s'inquiète surtout de la perception de ce conflit dans l'opinion :

« Il est donc impératif d'oser dire que l'armée française participe à une véritable guerre en Afghanistan, car le choix des mots influe sur les perceptions et le lien armée-nation. Si l'opinion publique ne soutient pas l'engagement de l'armée française en Afghanistan, c'est d'abord parce qu'elle peine à comprendre le sens de l'action menée sur le terrain.

Le foisonnement des qualificatifs pour parler de cette guerre entretient la confusion : “ contre-insurrection ”, “ conflit asymétrique ”, “ conquête des coeurs et des esprits ”. A travers ces termes techniques et ces litotes, la forme prend le plus souvent le pas sur le fond. Le message se brouille. »

Il a raison sur ce point, mais c'est une grande tradition : la guerre d'Algérie a longtemps été considérée comme une « opération de police » et on s'y est référé pendant des années comme « les événements d'Algérie », pas la guerre.

Aujourd'hui encore, le gouvernement ne cherche pas à susciter de débat autour de ce conflit car il sait bien qu'il marche sur des oeufs. Dans les documents diplomatiques américains diffusés par WikiLeaks, on voit d'ailleurs l'insistance des interlocuteurs français des Américains faire passer le message que Paris a besoin que Washington donne l'apparence d'une concertation avec ses alliés pour ne pas alimenter la réticence croissante de l'opinon française.

La difficulté, en France comme dans les autres pays de la coalition occidentale, tient à l'absence de stratégie claire pour conduire la guerre et surtout pour en sortir, à l'image singulièrement déteriorée de l'allié de l'Otan sur place, le président afghan Hamid Karzaï et son entourage corrompu, au jeu trouble du Pakistan (voir là encore WikiLeaks), aux bavures militaires…

Cyril Leprêtre y ajoute une dimension supplémentaire, à ses yeux, la perte du lien entre le pays et son armée :

« L'indifférence et l'incompréhension du fait militaire entament la capacité de résilience de notre société. L'action en justice intentée par deux des familles des soldats tués en août 2008 dans l'embuscade d'Uzbeen illustre cette dérive qui conduirait à assimiler la mort du soldat à un fait-divers. La judiciarisation de la société ne suffit pas à expliquer cette tentative malheureuse. Elle révèle une incompréhension et un décalage.

A moyen terme, cela peut remettre en cause l'effort humain, budgétaire et politique consenti par la France pour participer en Afghanistan à une forme de “ défense de l'avant ” contre le terrorisme.

Au-delà, c'est la place du militaire dans notre société qui est en jeu. Adopter un message plus clair pourrait aussi aider le militaire à reconquérir une voix dans les médias et une présence intellectuelle. Le défi est alors de parvenir à parler vrai sans simplifier, c'est le prix de la légitimité. »

Le graphique du Figaro est un premier pas pour regarder la réalité en face. Mais aussi pour se demander ce que les 3 500 soldats français font en Afghanistan, pourquoi certains d'entre eux y perdent leur vie, et où conduit la stratégie décidée quasiment exclusivement à Washington. Ce débat, la classe politique française, droite et gauche confondue, préfère visiblement l'éviter.

Source : RUE 89

 

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