Ajaccio : scènes de racisme ordinaire, ou "la banalité du mal"

Publié le par dan29000

 

 

 

Lundi 28 février, Racisme ordinaire à Ajaccio

 

 

 

 

Ce matin, je rêvais d'un billet au sujet d'une boîte à tabac du Musée Fesch d'Ajaccio. J'y reviendrai car ce que j'ai entendu à l'accueil d'un service administratif de la ville m'a ramené à une réalité où je me demande à quoi on rêve et dont il est nécessaire que je témoigne. Depuis cinq mois, je suis chargé (avec une amie, sociologue)  de concevoir un projet d'action culturelle dans les quartiers des Cannes et des Salines, zones dites sensibles d'Ajaccio. Connaissant peu ces quartiers, nous y passons donc beaucoup de temps pour imaginer un projet qui ait un rapport avec ses habitants. Nous en rencontrons beaucoup. Des anciens, des fraîchement débarqués, dans des commerces, des associations, sur des stades, à l'église... etc. Dans ces cités, comme dans beaucoup d'autres, il n'y a pas grand chose à voir de remarquable sur les plans de l'architecture ou de l'urbanisme, par exemple. Ce qui en revanche se révèle d'une richesse infinie, c'est la plupart des récits de vie que nous y entendons et que nous recueillons. Des récits venus des cinq continents. Cela constitue un trésor, une sorte de patrimoine immatériel à partir duquel nous allons probablement travailler. Entre autres préparatifs à la conception de notre projet, nous nous amusons à poser une question au hasard  de rencontres hors de ces quartiers: - Aimeriez-vous vivre dans les quartiers des Cannes et des Salines ? Une minute pour répondre. En dehors des gens de gauche à mauvaise conscience (Oui, pourquoi pas, il doit y avoir de jolis coins), c'est souvent - Non. Avec force arguments sur l'habitat, l'environnement, la population (tiède, tiède), les mélanges de population - y a de moins en moins de Corses (chaud, chaud), Y sont pas comme nous (brûlant, brûlant) ... et ce matin, donc, choeur à trois voix, un homme, deux femmes, tout d'un trait, clair, net, direct - Non, parce qu'y a trop d'arabes et de noirs (Silence). C'est pas mon environnement, c'est tout (Silence). Je me sens pas bien au milieu des arabes et des noirs. Chacun son milieu de vie, hein (Silence). Et tout ça, c'est de la racaille. Top, fin enregistrement. Mais pas fin de l'envolée. L'homme a continué à parler et d'autant plus qu'il savait le dictaphone éteint. Les femmes le relayaient. Arguments, statistiques. Et j'ai eu alors la chance d'avoir le temps de les laisser parler, dévider jusqu'au bout la pelote.  Au fur et à mesure, leurs mots ont sonné de plus en plus faux. Trois minutes plus tard, ils n'avaient plus aucune consistance. Les sourires jaunes ont meublé les silences. L'inquiétude a grandi. Presque une sorte d'angoisse qui a pris la place du vide qu'il y avait eu derrière leurs mots. L'homme a répété trois fois - Eh ouais, voilà, puis s'est tu, comme un peu apeuré. Et tous leurs mots étaient comme tombés à leurs pieds, étalés là entre nous, comme un dégueulis d'ivrogne.
Source : MEDIAPART

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Mitsuko 04/03/2011 08:14



Bonjour Dan,


Et merci pour cet article ... qui est criant de vérités ... et il y en a beaucoup qui s'honorent de pouvoir se permettre de dire de tels horreurs ... Alors, oui, je comprends ce "scènes
de racisme ordinaire" ou "la banalité du mal" ...


Le texte de Noël Casal n'est pas anodin, il faut s'en souvenir ... la chute est extraordinairement belle ... j'aime beaucoup cette chute là ...


Merci à toi, ça fait du bien de lire ce style de texte ... en tous les cas, moi ça m'a fait du bien car je me dis que d'autres, lointains ou proches, ont la même conscience que moi ... Je
ne suis donc pas une extra-terrestre ...


Bon vendredi à toi, ensoleillé mais froid ... Bises ...


Mitusko



dan29000 04/03/2011 09:34



c vrai, un bon texte qui marque, sur ce sujet qui hélas devient assez courant, les esprits lentement se lepenisent et c inquiétant...