Algérie : entretien avec Mustapha Bouchachi, président de la LADDH

Publié le par dan29000

 

 

 

Interview de Mustapha Bouchachi, président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), sur la situation en Algérie

Algérie : « l'Etat achète la paix sociale »
FIDH : Dans quel contexte la LADDH a-t-elle appelé à la manifestation du samedi 12 février ?

Mustapha Bouchachi : A la suite des émeutes d’Alger en janvier dernier, la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme a décidé de lancer un appel à la société civile pour encadrer les jeunes, nés sous l’Etat d’urgence. La ligue a lancé cet appel dans le cadre d’un mouvement, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie, composé de ligues des défense des droits de l’Homme, de jeunes, de syndicats et de partis politiques.

Cette marche avait été interdite par les autorités qui, à la place, avait proposé une salle pour se réunir ! La manifestation a fait l’objet d’une répression importante : plus de 300 personnes (parmi lesquelles des journalistes et des députés) ont été arrêtées et une dizaine de personnes ont été blessées. Mais la Coordination a décidé de maintenir les prochaines marches.

FIDH : Quelles sont les revendications portées par le mouvement ?

Mustapha Bouchachi : La ligue n’entend pas jouer un rôle politique, mais elle part du principe que les droits humains ne peuvent être respectés sans démocratie et une justice indépendante. Nous appelons donc à l’ouverture du champ politique, médiatique, pour un changement pacifique à la démocratie. Nous appelons également à la libération des jeunes arrêtés lors des protestations sociales de janvier dernier et à la levée de l’état d’urgence.

FIDH : Comment se passe la mobilisation ?

Mustapha Bouchachi : il faut savoir que le peuple algérien est un peuple meurtri par la guerre civile. Les personnes ont la peur au ventre pendant ces marches. Il faut du temps que les Algériens se mettent à militer. Nous sommes par ailleurs dans une société très divisée, ce qui rend la tâche plus difficile encore.

FIDH : Quel est l’attitude du gouvernement algérien ?

Mustapha Bouchachi : Il s’agit d’un Etat qui a de l’argent, il peut acheter la paix sociale pour durer encore. Le gouvernement distribue de l’argent via, par exemple des associations chargées de recevoir les jeunes, les aider, leur trouver du travail. Même s’il n’y a pas réellement de travail. Le gouvernement fait aussi des déclarations, comme par exemple la création de 3 millions d’emplois. Il a également annoncé la distribution de milliers de logements dans les prochains mois. Il est aussi demandé aux gendarmes de ne plus appliquer le code de la route et aux procureurs de ne plus exécuter les jugements. Ils achètent le silence des gens.
Source : FIDH
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