American subversive, un thriller politique de David Goodwillie

Publié le par dan29000

 

 

 

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Totalement différent de "Requins d'eau douce" que nous vous proposions hier, "American subversive" nous entraîne aux États-Unis, dans cet underground de l'écologie radicale où de nombreux militants sont prêts à assumer un certain niveau de violence afin de faire évoluer le monde.

Nous sommes en 2010, en pleine récession économique, une bombe explose dans un grand magasin à Manhattan. Retour du spectre hideux du 11 septembre 2001.

C'est dans ce funeste contexte que le lecteur va se glisser dans les pas d'un journaliste raté s'étant reconverti en blogueur, tendance people. Aidan. Notre blogueur va recevoir alors un mail anonyme qui va tout droit le diriger dans une enquête au long cours passionnante. Dans cet étrange mail, une photographie d'une femme qui pourrait bien être la coupable.

Ce roman haletant va se dérouler en alternance à deux voies. Celle du blogueur et celle de Paige, l'activiste, coupable présumée.

Tout en faisant avancer son intrigue, l'auteur en profite pour nous brosser un tableau de cette Amérique du nord frappée par la crise financière devenue crise économique, toujours pas remise du 9/11, et en proie aux crises paranoïaques favorisées par le Patriot act, pas encore abrogé par Obama.

En épigraphe du roman, deux citations, une du Che, une de Roosevelt :

"Au risque de paraître ridicule, sachez qu'un vrai révolutionnaire est toujours guidé par un grand sentiment d'amour."

"Ce n'est pas l'expérience qui apprend quoi que se soit aux Américains, mais bien la catastrophe."

Deux citations qui donnent parfaitement le ton au roman, qui est pas que le parcours d'activistes écologistes, mais aussi une "love affair".

Le roman avance vite, les dialogues sont nombreux, réalistes, permettant de bien voir se dessiner les deux personnages principaux. Cela rend d'autant plus crédible l'action. C'est aussi une bonne illustration d'une réalité américaine qui cherche, depuis de longues années, des terroristes fantasmatiques du côté du Proche-Orient, alors qu'ils sont bien américains. Même s'il nous semble assez réducteur de parler de terroristes dans le cas de l'écologie radicale américaine, même si elle est moins légaliste et "aimable" que la française.

Le personnage de Paige est particulièrement réussi, en demi-teintes, notamment quand elle tente d'expliquer son recrutement par un groupe radical et son rapport spécifique à la violence. Aidan, en se lançant dans cette recherche, voudrait aussi rompre sa médiocre condition de blogueur pour un site people.

David Goodwillie, né à Paris en 1942, a grandi à Londres, New York et Baltimore. Il écrit pour le New York Post et pour de nombreux magazines littéraires. Il fut aussi le lauréat 2006 du prestigieux PEN American Center dans la catégorie Nouveaux auteurs. Même s'il semble assez vain de le comparer à Brett Easton Ellis, Wolfe ou Updike, l'homme possède un talent indéniable pour le roman.

La preuve, c'est qu'il est fort difficile de s'extraire de ce roman  après l'avoir commencé, c'est un signe qui ne trompe pas.

 

Dan29000


American subversive

David Goodwillie

Traduit de l'anglais (USA)

par Edith Soonckindt

Editions Florent Massot

2010 / 496 p / 20,50 euros

 

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EXTRAITS + INTERVIEW (en anglais) 

 

"Tout s’était passé tellement vite – une seule et unique année avec une mort au début et une mort à la fin – (…). Ainsi nous voilà, deux gosses de milieux différents, inspectant les décombres de notre culture en quête d’indications sur comment vivre, comment survivre, que cautionner, et pourquoi se battre. Parce que le scénario américain avait été jeté à la poubelle".

 

"L’Amérique avait dépassé un point de non retour invisible, s’était égarée trop loin des nobles principes inscrits dans ses fondements, et y revenir requérait de prendre des mesures radicales".

 

"Bloguer ressemblait à n'importe quelle autre drogue : impossible de m'en passer, et je n'en avais jamais assez. Je parlais en paragraphes ; je pensais en lignes coup de poing. J'étais branché en permanence, jouant dans la vraie vie la personne que j'étais à l'écran, et c'était fatiguant, et c'était épuisant, et je ne voulais pas que cela s'arrête."

 

 

 

Interview with American Subversive author

David Goodwillie/ 2'48

 

 

 

 

 


 

 

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