Amérique latine, laboratoire pour un socialisme du XXIe siècle, de Marta Harnecker

Publié le par dan29000

 

 

 

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Si vous êtes lecteur de notre site depuis un an, vous connaissez déjà les publications de cette nouvelle maison d'éditions nommée Les Editions Utopia, issue du Mouvement Utopia, mouvement politique de réflexion, d'action et de diffusion d'idées politiques altermondialistes et écologistes. Un mouvement qui, comme notre site, appelle au dépassement du capitalisme et de sa logique productiviste mortifère.

 

 


C'est au début de 2010 que le mouvement décida de créer sa propre maison d'édition. Pour le moment, si leurs livres ne sont pas encore nombreux, ils sont d'une haute qualité politique, et d'un prix très accessible.

 

D'origine chilienne, Marta Harnecker est une des grandes figures de la transformation sociale en Amérique latine. Elle fut la directrice du journal indépendant de l'Unité populaire "Chile hoy". Journaliste et sociologue, elle est une des spécialistes des mouvements révolutionnaires latino-américains.

Enfin, et c'est important pour nous, elle est conseillère politique du gouvernement du Venezuela. Une partie de ses nombreux ouvrages est d'ailleurs inclue dans la bibliographie en fin de volume.

 

Si l'on fait abstraction des deux derniers mois où la révolution arabe semble surgir d'un long sommeil dictatorial, l'endroit où le monde a le plus évolué durant ces dernières années, est l'Amérique latine.

Une évolution allant dans le sens que nous défendons ici, à savoir qu'un autre monde est possible, et que dès maintenant, une autre vie, en rupture avec le capitalisme est possible.

Après une courte introduction où l'auteur nous rappelle, à juste titre, que là-bas, la gauche a su rompre avec la vieille attitude verticaliste et surtout qu'il fallait en finir avec l'ouvriérisme, en assurant la place et la défense de tous les secteurs sociaux discriminés (femmes, indiens, noirs, retraités, homosexuels, handicapés...).

Elle a fait le choix assez pratique de diviser son essai en deux parties, claires :

L'Amérique latine, dans un premier temps, avec le rapport des forces actuelles et une typologie des gouvernements en place.

Puis la seconde partie intitulée, vers un socialisme du XXIe siècle, concernant les formes de la transition, les caractéristiques et surtout, quel outil pour mener à bien cette transition indispensable.

 

Sur le plan chronologique, l'Amérique latine fut la partie du monde la première touchée par la mise en place des terribles politiques néolibérales. Le Chili par exemple servit donc de cobaye, bien avant le rouleau compresseur anglais nommé Thatcher. Il est donc logique que la résistance à ces dévastations libérales se firent jour là-bas.

Si l'on fait exception de nos amis Cubains, il fallut attendre 1998 et les élections présidentielles remportées par Chavez pour que débute la vague anti-libérale. Puis ce fut Lagos au Chili, Lula au Brésil, Morales en Bolivie, Correa en Equateur ou Daniel Ortega de retour au Nicaragua. Sans oublier Pepe Mujica en Uruguay, l'ancien guérillero arrivé au pouvoir. Certes, notamment avec Bachelet, l'hétérogénéité est de mise.

S'en suivirent dans les années 2000, un recul des nuisances américaines,  l'accroissement des relations économiques avec la Chine et surtout un niveau de conscience des populations qui progressait.

Donc une première partie qui brosse un tableau indiscutable, tout en nuance, avec une bonne typologie des divers gouvernements de gauche ou de centre-gauche.

 

Plus complexe est la seconde partie, avec une référence plus que pertinente à cette expression de Chavez "le socialisme du XXIe siècle", un socialisme qui ne peut plus être copié sur les catastrophiques expériences de l'URSS et des pays de l'est. Un socialisme qui doit être une vraie création, propre à chaque réalité de chaque peuple concerné, pas importé d'ailleurs, pas tiré des manuels du XIX e siècle comme certains tentent encore de faire en Europe.

Si nous ne pouvons que suivre Chavez dans son approche très bolivarienne de référence à la vie communautaire des indiens, approche qui est aussi proche de celle de Morales dans son socialisme communautaire, on ne peut pas vraiment suivre l'auteur quand elle fait référence à Lénine et Engels.

Les pages suivantes, consacrées à la transition entre capitalisme et socialisme, période délicate et bien entendu longue, sont importantes, sachant que les transitions ne peuvent être que propres à chaque pays, donc avec des formes différentes, que les grands classiques du marxisme, là encore, ne vont pas être d'un grand secours.

On ne peut que suivre l'auteur quand, avec Chavez, elle nous ouvre comme perspectives, la mise de l'humain au cœur des priorités, avec le combat contre le consumérisme et le respect réel de la nature.

Bien entendu nous partageons aussi ses pages sur la lutte contre la bureaucratie. On reste un peu sur notre faim sur la nature de l'outil utile au processus de transition. On penserait plutôt d'abord à DES outils, et surtout pas à un éventuel Parti. Idem pour l'approche sur la planification, qui demeure bien des année après, trop connoté "pays de l'est".

 

En conclusion, si nous ne pouvons suivre l'auteur sur toutes ses analyses sous influence des schémas marxistes en partie obsolètes, on ne peut que fortement conseiller ce livre qui donne parfaitement à voir la situation dans cette partie du monde en mouvement. Une belle illustration que la fin de l'histoire est bien une idiotie sans nom. Rien n'est hélas encore gagner sur ce continent où le "Grand voisin" peut toujours sévir car ses bases militaires sont toujours bien là.

 

Dan29000

 

Amérique latine, laboratoire pour un socialisme du XXIe siècle

Marta Harnecker

Collection Ruptures

Traduit de l'espagno par Angélica Téchena et Sonia Fernandez-Lauro

2010 / 144 p / 8 euros

 

On pourra lire aussi notre article précédent : " Sans-papiers, pour lutter contre les idées reçues, un livre nécessaire

 


 


 


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