Anonymous, peuvent-ils changer le monde ? Un essai de Bardeau et Danet

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 Anonymous

 

 

 

 

 

 

 

En ce début d'année où il est de bon ton de se lancer dans les bilans sur l'année passée, nous ne pouvons que retenir deux grands mouvements de masse que nous avons suivi, le plus important étant les révolutions dans le monde arabe, et le mouvement international des Indignés. Dans les deux cas Anonymous en fut partie prenante.


 La presse papier ou numérique regorge d'informations sur ce phénomène planétaire, mais curieusement aucune publication sérieuse n'existait en français.


 C'est maintenant le cas avec le récent essai de Frédéric Bardeau, diplômé en sciences politiques et en intelligence économique, et fondateur de Limite, une agence vouée à la communication responsable, au service des associations et fondations. Il est accompagné de Nicolas Danet, diplômé du Celsa, spécialiste de l'analyse de réputation en ligne et de l'hacktivisme. 

 

  Le plus souvent Anonymous nous intrigue, et pour certains cela peut aller jusqu'à la fascination ou l'irritation. Donc ce livre nous semble utile pour faire le point et comprendre un peu mieux ce phénomène sans doute durable. Beaucoup de fantasmes circulent sur le web, car c'est un endroit qui favorise cela. Alors Anonymous, qu'est-ce donc ?

 

 Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Anonymous, sans oser le demander, pourrait être le sous-titre de cet essai. Il est vrai que ce mouvement symbolisé sur le web ou dans les manifestations de rue par le cultissime masque de Guy Fawkes (Conspiration des poudres contre le roi en 1605) se situe au carrefour de l'altermondialisme et de l'hacktivisme.

 

 En deux grandes parties, les auteurs vont passer en revue la plupart des questions que vous pourriez vous poser sur Anonymous.

 Dans un premier temps, nous découvrons ainsi la genèse des Anonymous. Issue de la célèbre contre-culture américaine, la cyberculture qui se propagea sur le web ne peut se détacher du projet hacker. Très tôt l'activisme altermondialisme se transforma, en partie, en hacktivisme 1.0 qui par exemple, on s'en souvient fut un facteur déterminant du blocage réussi du sommet de l'OMC à Seattle en 1999. Sont ensuite passés en revue, la naissance d'Anonymous dans le berceau de 4chan, et le premier grand combat qui leur permit une forte audience internationale, la bataille justifiée contre l'hyper-secte mondiale nommée Eglise de scientologie, multinationale nuisible de Ron Hubbard, le gourou illuminé roi du marketing hyper-rentable.

 Dans la seconde partie, l'on saisit bien comment Anonymous s'est ouvert sur le monde et la rencontre Wikileaks-Anonymous dans la lutte sans cesse renouvelée pour la transparence et la liberté d'expression souvent mises à mal dans le monde capitaliste. Le profit, la guerre, la corruption ont un besoin vital de secret, cela se nomme souvent "secret défense" ou "secret d'Etat" comme l'illustrent maintes affaires dans l'hexagone ou dans le pays d'Obama.

 On comprendra bien que définir avec précision Anonymous, vu sa nature, n'est pas chose aisée, pourtant les deux auteurs tentent une intéressante typologie, avec la jonction Anonymous-Indignés ou la rencontre avec Telecomix. Une bonne approche de la compréhension d'Anonymous est de connaître leurs cibles, comme récemment la dictature sanglante d'Al Assad en Syrie...

 

 Une trentaine de pages dans un dernier chapitre tente de conclure, mission impossible s'il en fut sur un tel phénomène : concept, label, culture, et surtout limites. Nous vous laissons découvrir si les Anonymous peuvent vraiment changer le monde...Dans tous les cas, cet essai est le bienvenu et permet d'éclairer, un peu, ce phénomène qui permet des avancées dans la démocratie directe, comme Wikileaks.

Salutaires.

Le mouvement, et le livre...

 

Dan29000

 

 

Anonymous

Peuvent-ils changer le monde ?

Frédéric Bardeau et Nicolas Danet

Editions FYP

2011 / 208 p / 19,50 euros

 

Voir le site de l'éditeur, ICI

 

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Entretien avec Nicolas Danet pour LES INROCKS

 

Fréderic Bardeau et Nicolas Danet viennent de publier le premier ouvrage en français sur les Anonymous. Après la conférence qu’ils ont donnée le 29 novembre à l’Ecole Sup’Internet, nous avons rencontré Nicolas Danet.


Les Anonymous permettent de reconsidérer les rapports de force »
02/12/2011 |

 

 

Vous avez expliqué lors de la conférence que les Anonymous étaient les dignes héritiers de la contre-culture américaine des années 70…

 

Le mouvement s’est en fait nourri de deux mamelles. D’une part la culture web, qui est  issue de la contre-culture américaine des années 70, avec les premiers hackers, qui étaient aussi les premiers informaticiens en fait. Les Wozniak, les Jobs, les Stallman etc., qui bidouillaient dans leur garage tout en étant proches des milieux contestataires. L’autre mamelle est la pop culture, celle des médias, des enfants de la télé, abreuvés par la production médiatique depuis la fin des années 70. Et 4chan c’est ça, la digestion de cette pop culture par la cyberculture. Les mèmes sont les symboles de cette digestion : une image populaire est reproduite et détournée à l’infini.

L’un des symboles du mouvement, le masque de Guy Fawkes, illustre bien ce mécanisme.

Guy Fawkes est un révolutionnaire catholique anglais du XVIIe siècle qui a commis un attentat contre le Parlement britannique, symbole de l’élite dirigeante. Il a été pendant longtemps un personnage de la culture populaire anglaise. Le basculement intervient au moment où l’auteur britannique de comics Alan Moore [le père de Watchmen, ndlr] s’empare du personnage, et y prend ce qui l’intéresse le plus : l’anarchisme. Le retournement opéré par Moore érige Guy Fawkes en figure de la lutte contre l’Etat totalitaire, qui contrôle la population via la technologie. Si tous les mécanismes sont à l’œuvre dans la BD, le vrai déclencheur qui va lier les Anonymous au masque, c’est l’adaptation ciné par les frères Wachowski, V pour Vendetta (2006). Le film change l’échelle du personnage.

La plupart des méthodes utilisées par les Anonymous ne sont pas nouvelles. D’après vous, l’opération qu’ils ont menée en Syrie était un copie-collé de celle utlisée pour aider la révolte au Chiapas en 1994. Qu’est ce qui a changé alors ?

La différence entre le moment où l’Electronic Disturbance Theater apportait son soutien logistique au sous-commandant Marcos en attaquant les serveurs de l’Etat mexicain, et maintenant, pour simplifier, c’est Facebook. Il est maintenant facile pour n’importe qui de prendre la parole et de toucher beaucoup plus de monde. Les hacktivistes peuvent facilement véhiculer un message, de proche en proche. C’est donc l’ampleur qui a changé. Très récemment, de nouveaux modes d’actions sont tout de même apparus : au moment de l’opération Payback sur Paypal, on a par exemple vu apparaître le boycott, ou encore un appel à sortir l’argent des banques.

Vous insistez dans l’ouvrage sur la difficulté de saisir la structure et la population d’Anonymous.

Internet et les réseaux peuvent permettre de s’organiser sans les structures auxquelles on est habitués hors du web. Les structures sont beaucoup plus lâches, elles reposent sur des liens faibles, mais qui peuvent être multipliés. Les activistes ont l’habitude de dire que les liens doivent être forts pour qu’une action puisse aboutir et avoir un impact. Sur internet, c’est la masse des personnes s’agrégeant qui va déterminer l’impact de l’action. La métaphore qui permet le mieux de visualiser la réalité du fontionnement des Anonymous est celle des nuages d’oiseaux : la masse se déplace dans une direction commune, communicant de proche en proche, mais des petits groupes peuvent s’écarter, puis rejoindre à nouveau le nuage. Pour comprendre comment ca se passe, il faut zoomer : cela fonctionne par opérations. C’est ce qu’on appelle la Do-ocracy : à partir du moment où on fait, il y a des gens qui peuvent nous suivre, ou faire différemment, avec cette dimension bricolage, en dehors de tout agenda. Une autre idée sous jacente exprimée par le « We are legion » au fronton du mouvement, c’est que chaque membre est interchangeable.

 

Lire la suite sur le site des INROCKS ou FYP EDITIONS

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Piyou 02/03/2012 20:53


Très intéressant effectivement, notamment la question de l'anonymat; l'anonymat permet de ne pas avoir d'à priori sur les personnes, on ne connait rien de leur pays d'origine, de la couleur de
leur peau, de leur âge, de leur sexe, ce qui compte ce sont les actes, les gens existent par ce qu'ils font. On ne décide pas à l'avance qu'untel va être responsable de cei ou cela et qu'il doit
donc s'en occuper. c'est parce qu'il va faire qu'il va être responsable. D'où le terme DO-ocratie de "do" le verbe faire en aglais.


 

dan29000 02/03/2012 21:33



Oui, effectivement c'est un aspect positif, même si cela peut aussi être un problème d'usurpation...Le livre est surtout une réussite car c'est le premier sur ce sujet en français, gageons qu'il
y en aura d'autres d'ici qq années si le mouvement s'amplifie...