Anticor : Eric Halphen, Séverine Tessier, invités de Mediapart

Publié le par dan29000

Les hypocrites et les rustines
 
Les invités de Mediapart 

Par Eric Halphen, vice-président du TGI de Paris, président d'honneur d'Anticor, et Séverine Tessier, porte-parole d'Anticor.



Drôle de découverte, ces jours-ci : ils nous auraient donc menti, tous ceux qui, avec le ton docte propre à étouffer toute velléité de contradiction, nous assuraient mois après mois que toutes ces pratiques étaient révolues ? Ils nous auraient leurrés, ceux qui, préférant se fier à cette rumeur que procéder à la moindre vérification, ont colporté à cours de chroniques et d'articles cette parole quasi officielle ? La période sombre des années 90 n'est plus qu'un mauvais souvenir, on ne nous y reprendra plus, juraient les uns, les yeux dans les yeux et les trémolos étudiés. Pots-de-vin, financements occultes et rétrocommissions, barbarismes d'un autre âge que ces grossièretés, relayaient les autres, sans la moindre once de connivence bien sûr. Tout va pour le mieux désormais, concluaient-ils en chœur. Vous pouvez nous faire confiance.


Mensonges, donc. Mais l'indignation récente des tartuffes de tout poil ne peut manquer d'irriter les quelques-uns qui n'ont pourtant cessé, avec plus ou moins de force et visiblement sans le moindre écho, d'élever une voix discordante et de jouer les avertisseurs. Puisqu'il n'y a aucune raison pour que les responsables politiques d'aujourd'hui soient plus vertueux que leurs prédécesseurs, leur conviction est que seule une législation plus stricte sera à même d'influer sur ce phénomène récurrent qui veut que notre beau pays, qui sait si bien, quand l'occasion se présente, faire la morale et jouer les redresseurs de torts, soit néanmoins un des plus corrompus du vieux continent. « Pourquoi réélisez-vous toujours les hommes et femmes politiques à casseroles ? », s'étonnait un jour un journaliste américain. Il attend toujours sa réponse.


Elle tient peut-être, cette réponse, dans la conception qu'ont nos élus de la notion même de politique. Là où elle pourrait n'être qu'un passage, une parenthèse entre deux expériences professionnelles ou humaines, elle est chez nous une vie d'un seul tenant. On naît politique, encore plus si on est le fils ou la fille d'élus, on se fait élire par la grâce d'un talent quelconque ou de relations particulières, après quoi on se maintient coûte que coûte. Places en crèches, appartements publics, emploi communaux, lobbying assumé. Tout s'achète, y compris les voix. Implantations de nos entreprises à l'étranger, marchés juteux, soutiens aux régimes les moins démocratiques qui soient. Tout se vend.


Les affaires récentes qui les réveillent, ces hypocrites, rappellent une nouvelle fois que la politique, avant tout synonyme de recherche du pouvoir, est liée de manière indéfectible à l'argent. L'argent pour le pouvoir, mais aussi l'argent par le pouvoir. L'argent, pour les autres, les camarades ou les compagnons, mais aussi, à travers eux, pour soi. Le pouvoir pour les autres, les paradis à la portée de tous et pas seulement fiscaux, une vie soi-disant meilleure, mais aussi pour soi. Elles démontrent jusqu'à l'absurde que la distinction entre intérêt collectif et enrichissement personnel, mise trop souvent en exergue par ceux qui croient y trouver matière à circonstance atténuante, n'a pas lieu d'être. Aider le mouvement est aussi s'aider soi-même, trouver les fonds nécessaires est aussi s'armer des cannes qui feront gravir plus vite les échelons menant à la lumière. Ce n'est pas une coïncidence si beaucoup de dirigeants de nos partis politiques se sont à un moment donné occupés, de manière plus ou moins officielle, du financement de leur parti.


Appartements immenses et secrétaires payées par des sociétés privées ou des collectivités publiques, même combat ; havanes fumés par caisses et mobilier d'un ministère qu'on change du jour au lendemain parce qu'il ne plaît plus, c'est pareil ; les vacances luxueuses d'un chef de l'Etat ne diffèrent guère de la piscine, ajoutée gratuitement dans la résidence secondaire d'un élu par la grâce d'une bonne fée bien équipée. Quand le pouvoir vous donne tout, quand aucun contrôle ne vient vous refréner, pourquoi se priver ?


Parce que, comme vont nous le dévoiler peut-être ces affaires, rien n'est gratuit. L'argent privé n'est pas donné, il est placé, à charge de renvoi d'ascenseur. L'argent public n'est pas donné, il est détourné - dernière trouvaille, le patrimoine public qu'on est en train de dilapider - , avec les chantages potentiels réservé à ceux qui n'ont pas su le faire en cachette. A force de tout avoir, l'homme de pouvoir oublie qu'il devra, un jour ou l'autre, à son tour payer.


Il ne s'agit pas ici de laisser penser que tous les élus seraient corrompus. La plupart d'entre eux, au contraire, se dévouent sans compter avec pour seul objectif l'intérêt général. Mais les élus de pouvoir, c'est-à-dire ceux qui dirigent un exécutif local ou national, n'ont jamais été formés pour résister aux tentations.


Cela étant dit, foin de ce constat guère optimiste, que faire si l'on ne veut pas laisser cette question aux seuls partis extrémistes lesquels, soit dit en passant, se pourlèchent les babines à mesure des déballages et des révélations ?


En premier lieu, rétablir ou initier des procédures de contrôle, sauver les contre-pouvoirs. Les Chambres régionales des comptes, qui faisaient ce qu'elles pouvaient dans une pénurie de moyens financiers et humains, risquent fort de disparaître, dans l'indifférence générale. La justice, pourtant si clémente si souvent avec ses clients en costume, n'a pas été épargnée. Les textes sur la prise illégale d'intérêt et l'inéligibilité automatique dans le cas de certaines condamnations - limitée dans le temps, pourtant, quand il faudrait la rendre perpétuelle - sont menacés. Les juges d'instruction - on voit aujourd'hui les gages d'indépendance que peut donner une enquête menée par un procureur ami - ignorent toujours s'ils seront encore là demain. L'opposition commence à se faire une petite place dans les exécutifs, mais rarement aux postes cruciaux, ceux qui touchent aux finances et aux passations de marchés. Le financement des partis politiques n'est plus possible par les personnes morales, mais personne ne contrôle le fonctionnement des clubs, des fondations qui pullulent, des associations de formation, satellites des partis qui savent se montrer généreux quand le besoin se fait sentir, d'autant plus quand des subventions publiques sont en vue. Les comptes de campagne sont contrôlés, paraît-il, mais nul ne se rend sur le terrain pour vérifier qu'ils sont le fidèle reflet de la réalité. Et personne ne s'assure que des personnes physiques, toutes membres de la même personne morale, n'y vont pas de leur petit écot, là encore de manière officielle ou officieuse.


Tout est lié. A force de rester trop longtemps aux mêmes places, on a trop d'amis, qu'on est dans l'obligation de satisfaire. D'où la nécessité absolue de non-cumul des mandats, tant dans le nombre que dans le temps - un seul, renouvelé une seule fois, devrait suffire à remplir amplement les journées de travail de nos élus, pour peu qu'il s'y consacrent pleinement au profit de la collectivité, et puis cela fera de la place pour l'envie, l'enthousiasme et les idées des autres. L'actualité nous enseigne aussi que ce non-cumul devrait concerner aussi les fonctions, pour ne pas entraîner de conflit d'intérêt. Car il n'est pas concevable d'être à la fois à la direction de l'Etat et à celle d'un parti, alors que leurs intérêts, loin s'en faut, ne convergent pas. Enfin, pour favoriser la venue en politique d'une classe nouvelle et désireuse de s'occuper, sans préjugés et sans mauvaises habitudes, des affaires de l'Etat, il faudrait enfin mettre en place ce statut de l'élu, dont tout le monde parle depuis longtemps mais que personne n'a, à ce jour, classé au rang des priorités.


Un problème reste un problème même si on feint de le déclarer réglé en se voilant la face. A l'heure où tant de nos compatriotes se serrent la ceinture pour passer avec le moins de dommages possible la crise qui les étouffe, il serait indécent que les mieux lotis d'entre nous se contentent une fois de plus de rustines quand c'est tout l'attelage qu'il faudrait mettre au rencard.

Anticor: http://anticor.org/

 

 

Source / MEDIAPART 

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onestdesbleus 06/08/2010 20:47



CARTE POSTALE A NOS DIRIGEANTS


 


Bonnes vacances à tous et à toutes et surtout aux dirigeants de la France.Tout va très bien ici il n'y a aucun problème,à l'exception
peut-être du temps qui est un peu variable.Pour les dirigeants ça va très bien donc pour les employés aussi.La vie des dirigeants français est un peu celle de leurs employés,à quelque chose
près(les soucis en moins).Nous sommes très heureux de ce que vous faites pour la France.Les restau et le ciné ça a l’air bien des fois,mais on n’en profite guère.On est toujours d'accord,sur tout
ou à peu près.Si vous n’avez rien à faire vous jetterez quand même un petit coup d'oeil sur la France réelle.Enfin si vous avez le temps.Je ne voudrais pas accaparer votre temps précieux.On a du
mal à se séparer.Il faut se dire "au revoir" maintenant.Profitez bien.On ne compte pas nous vous savez.