Apocalypse bébé, un roman décapant de Virginie Despentes

Publié le par dan29000

 

 

 

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La rentréee littéraire de cet automne est contrastée, comme souvent. Nous chroniquons ici de nombreux premiers romans où il est possible de trouver de belles pépites. C'est un choix de notre part, de ne pas coller aux livres dont tous les médias parlent, généralement en même temps et dans le même sens. Pourtant nous ne voulons pas ignorer les écrivains importants quand le roman est réussi, de Bret Easton Ellis à Virginie Despentes.

 

 

 

Depuis ses débuts, Virginie Despentes est une romancière à part dans le paysage littéraire hexagonal très souvent marqué par un académisme assez consternant. Avec "Baise-moi" un premier roman réussi et très "rock and roll", Despentes attira l'attention. Elle l'adapta au cinéma en 2000. Depuis si elle a changé d'éditeur, elle n'a pas changé de style, même si l'on peut effectivement pensé que pour ce nouveau roman, elle semble un peu s'être assagie.

Despentes écrit des romans, des nouvelles, des préfaces, des adaptations, un roman graphique. Sans oublier "King Kong théorie", un essai particulièrement intelligent en 2006, à caractère autobiographique féministe, traitant du viol, de la prostitution et de la pornographie, tout cela en mettant son texte en rapport avec ses propres expériences. L'essai dérangea car bien argumenté et très réaliste, s'attirant les foudres des cercles bien-pensants.

Même si pour ceux qui n'auraient jamais lu de romans de VD, nous conseillons de commencer par "Les jolies choses", particulièrement réussi, et hélas médiocrement  adapté au grand écran, "Apocalypse bébé" est son roman le plus abouti. Et ceci malgré l'indubitable perte de "folie" de la narration et le choix d'un titre assez navrant.

On se trouve dans une sorte de polar, puisqu'il y a dès le début une disparition, Valentine. Cette adolescente en fuite est au centre du trio féminin du roman.

On sait que Despentes aime les femmes et ne s'en cache pas, alors "Apocalypse bébé" est aussi une belle série de portraits de femmes, puisqu'à la poursuite de Valentine, il y a deux autres femmes, une détective privée Lucie, un peu empruntée et hétéro, et une autre nommée "la hyène", particulièrement futée et lesbienne. Les lieux et les personnages se multiplient avec brio, mais la hyène sera celui qui restera le mieux en mémoire, une fois le livre refermé. Le personnage est magnifique, dur à l'extérieur, tendre à l'intérieur, façonnée par la bêtise humaine fondamentale.

Car au-delà de l'aspect polar qui se tient bien, Despentes nous livre un noir tableau réaliste de notre société actuelle. Sur les traces de Valentine, de Paris à Barcelone, l'auteure nous brosse diverses communautés, les fachos, les islamistes, les petits bourges made in 16e arrondissement, sans oublier les branchés Eglise...

Toutes les caractéristiques de Virginie Despentes sont présentes, l'humour, le sexe, le regard acéré, et surtout un ton dégageant une énergie communicative en forme de provocation. Tout cela est noir et prenant, avec on le sent bien, une forte capacité d'indignation.

Osons. L'indignation est indispensable en ce moment, alors pour faire bref, il y a l'indignation, formidable de Stéphane Essel, le résistant de toujours, qui publie en ce moment "Indignez vous", et il y a une autre forme d'indignation, qui ne date pas d'aujourd'hui, celle de Despentes, plus corrosive, plus "trash". Les deux personnages n'ont que ce point commun, mais il existe.

Et ici, nous aimons autant Hessel que Despentes.

C'était un des romans les plus attendus de cette rentrée de septembre. Contrairement à certains, le talent irrévérencieux de Despentes et son écriture rapide, sont bien au rendez-vous de ce road-book décapant.

On ne peut qu'attendre avec impatience la sortie de son prochain film d'après son roman "Bye bye Blondie" avec Béart et Dalle...

 

Dan29000 

 

 

Apocalypse bébé

Virginie Despentes

Editions Grasset 

2010 / 346 p / 19 euros 

 

 

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En complément, une interview de Virginie Despentes en septembre 2010, en intégrale, pour RUE 89 / 24'

 

 

 

Publié dans lectures

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Kéruzien 23/01/2011 21:41



Heureusement qu j'ai poursuivi la lecture car à un moment j'ai passé quelques pages (sur le portrait de Claire, la belle-mère) qui me semblaient une succession de clichés, une suite dévènements
racontés, mais pas vécus. Les autres portraits notamment ceux des héroïnes sont nettement mieux réussis on s'attache à elles.


Ceci dit ça me laisse perplexe sur l'attribution des prix littéraires. Moi qui ne m'y intéressait pas je crois que je vais continuer à ne pas m'y intéresser !


 



dan29000 23/01/2011 22:03



Non non, indépendamment du fait qu'il ait eu un prix, c'est un des très bon romans de la rentrée littéraire 2010, de beaux petits tableaux de différentes tribus, et surtout une voix perceptible
dans cette héroine...Un bon cru pour un écrivain peut-être moins sulfureux que lors de son fameux "baise- moi", certes, mais quand même un roman qui décape les neurones avec des descriptions bien
senties.


Ceci on a le droit voir le devoir de ne pas s'intéresser aux prix litt, souvent bidons, subjectifs issus de magouilles germano- pratines, mais notre site aurait chroniqué le dernier Despenteses,
prix ou pas prix, car on aime bien le personnage, et d'ailleurs on attend son film avec intérêt...Un de nos auteurs toujours rock and roll, un peu moins destroy qu'il y a dix ans, mais la
Despentes touch existe toujours heureusement...