Après la crise du NPA, la crise d'EELV, départs et déceptions

Publié le par dan29000

A EELV, la déception d’anciens militants

 


 

Ils sont souvent partis sur la pointe des pieds, avant même les derniers remous liés à la participation gouvernementale d'Europe Ecologie-Les Verts, ou la polémique du jour sur le chantier du réacteur EPR... Depuis des mois, des militants d'EELV quittent le parti auquel ils avaient adhéré, pour certains quelques mois plus tôt, pour d'autres des années auparavant quand il s’appelait encore "Les Verts".


A sa création, en novembre 2010, EELV revendiquait 15 000 adhérents, dont beaucoup étaient venus dans l'euphorie des européennes et régionales. Deux ans plus tard, le parti n'en compte plus que 9 000, selon la direction. A titre de comparaison, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, qui vient de fêter ses quatre ans, en revendique plus de 12 000.  

"Nous ne connaissons pas une hémorragie de militants, assure pourtant au Monde Pascal Durand, secrétaire national d'EELV. Mais c'est vrai que la dynamique s'est arrêtée. On revient à l'étiage traditionnel des Verts."

Chef d'entreprise, étudiant, fonctionnaire, professeur d'université, salarié du privé, une quarantaine d'anciens militants EELV ont expliqué les raisons de leur départ, suite à l'appel à témoignages publié sur Le Monde.fr. Une dizaine a été recontactée.

 


 "COMPROMIS" ET "COMPROMISSION"

Beaucoup des militants interrogés font part d'une "grande déception" à l'égard d'une formation qui avait promis de faire de la politique autrement. C'est le cas de Marie, qui a souhaité garder l'anonymat. Cette universitaire parisienne se dit "assez colère". Elle qui n'avait jamais adhéré aux Verts mais qui s'en était rapproché a fini par prendre sa carte en 2009, après le succès de Daniel Cohn-Bendit aux européennes. "Il y avait un discours rénové, un esprit d'ouverture et l'idée qu'on pouvait toucher un large public, se souvient-elle. L'impression aussi qu'il était possible d'avoir une expression neuve de l'écologie." Mais pour elle, Europe Ecologie n'a été qu'une "parenthèse". "Après, le pire du parti des Verts historique a refait surface avec le seul souci de conserver l'appareil, avec un fonctionnement assez groupusculaire", juge cette cinquantenaire. "L'adhérent lambda est un gêneur et s'il est réellement écologiste, c'est pire", dénonce-t-elle aussi.

Elle en veut pour preuve l'accord électoral passé par EELV avec le Parti socialiste fin 2011. "C'est nécessaire pour faire passer des idées, analyse-t-elle. Mais on ne peut pas aller au-delà d'une certaine limite dans la négociation." Elle reproche à certains dirigeants d'avoir sacrifié leurs idées sur l'autel électoral. "Le recul sur le nucléaire était complètement invraisemblable. Autour de Placé [président du groupe écologiste au Sénat], il y avait beaucoup de gens qui voulaient des postes et que Duflot soit ministre, estime-t-elle. L'écologie est passée au second plan." Elle n'a pas repris sa carte suite de cet épisode.

"Où s'arrête le compromis et où commence la compromission ?", interroge aussi Christiane Durchon. Militante depuis 1986 des Verts dans la Manche, cette retraitée de la fonction publique dit encore "on" quand elle parle du parti qu'elle vient de quitter. "Nous avions un vote de congrès qui disait qu'il n'y aurait pas d'accord si le PS ne s'engageait pas sur l'arrêt de l'EPR [réacteur nucléaire de troisième génération], se rappelle-t-elle. Mais les ambitions personnelles et la gestion de carrière de quelques-uns sont désormais plus importantes que la défense de nos valeurs."


"DERIVE DES POUVOIRS"


"Quand les fondamentaux sont abandonnés pour quelques sièges, alors le discours politique se vide de sa substance, regrette Pascal Giloire, qui fut un cadre du parti dans le Calvados. Aujourd'hui, Cécile Duflot, qui vient de l'aile gauche des Verts, avale des couleuvres dans le seul but de garder son poste de ministre." Lui, c'est "le tournant libéral très fort prôné par Daniel Cohn-Bendit" qui l'a fait renoncer après avoir adhéré en 2001. Un désamour ancien, donc. "J'ai ressenti une dérive des pouvoirs dès l'instant où le parti a intégré des personnalités pour faire de la com' et a décapité des associations nationales", se remémore-t-il. Onze ans plus tard, son jugement est sans concession pour EELV : "Le pouvoir a mis au pas les Verts : ils sont les nouveaux communistes des années 80 et seront tenus en perfusion pendant des années par le PS, assène cet ancien militant de 43 ans. Le temps du slogan 'Faire de la politique autrement' est bel et bien mort."


 

En 26 ans de militantisme, Christiane Durchon a elle aussi vu son parti évoluer pour se structurer en "écuries où il fallait se positionner". "Ça a complètement verrouillé le débat, note-t-elle aujourd'hui. Il n'y a plus de place pour les militants de base. Placé a plus besoin d'élus que de militants. Ça veut tout dire..." Selon lui, et d'autres, il y a un certain mépris du parti pour ses adhérents. "J'ai participé à des réunions surréalistes où le débat ne portait plus sur le fond mais sur la tactique politicienne envers le PS", témoigne M. Giloire.

Véronique, une Nantaise de 52 ans qui a souhaité rester anonyme, dit également avoir découvert une formation qui ne se souviendrait de "sa base qu'au moment des campagnes électorales", et des élus "qui ne pensent qu'à pérenniser leur mandat". Elle se montre très inquiète quant à l'avenir du parti, notamment pour les prochaines élections de 2014. "Je vois mal où EELV peut décrocher une grande ville, juge cette ex-militante nantaise. Il n'y a pas de capacité de rassemblement, pas d'implication locale."

Aujourd'hui, certains de ces anciens militants ont rejoint le mouvement associatif. D'autres sont allés voir ailleurs, notamment au PS, si l'herbe était plus verte. Souvent en vain. C'est le cas de Pascal Giloire. "Le problème, c'est de savoir comment on fait de la politique, estime-t-il. Je n'ai jamais fait de la politique pour des postes mais pour porter une dynamique. J'étais peut-être trop naïf mais je me suis aperçu que si on n'a pas quelques balles dans son fusil et qu'on ne tire pas dans le dos de ses voisins, ça ne le fait pas." Depuis, comme beaucoup, il a complètement arrêté de militer.

 

 

 

SOURCE /  LEMONDE.FR

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