Aquitaine : un conseil régional sans humour suspend une fonctionnaire

Publié le par dan29000

0207 Absolument vignetteUne fonctionnaire suspendue quatre mois pour un pamphlet 
Par Céline Vigouroux




Aurélie Boullet, la fonctionnaire auteure d'un pamphlet sous le pseudo de Zoé Shepard sur le fonctionnement du conseil régional d'Aquitaine, a finalement écopé quatre mois de suspension, suivis de six mois de mise sous observation.

Le conseil de discipline avait en juillet proposé deux ans d'exclusion sans rémunération, mais le président du conseil régional, Alain Rousset (PS), a « souhaité revoir à la baisse cette décision à l'égard d'une jeune fonctionnaire exerçant sa première expérience professionnelle ».

Sanctionnée pour son « manquement à l'obligation de discrétion, manquement à
l'obligation de réserve et comportement fautif à l'égard de sa
hiérarchie », Aurélie Boullet entend saisir les tribunaux administratifs pour faire annuler cette sanction. Voici l'article que nous avions publié en juillet, lorsque le conseil de discipline avait rendu son avis.

(De nos archives) Fonctionnaire du conseil régional d'Aquitaine, Aurélie Boullet a décrit, dans un blog puis un livre (« Absolument dé-bor-dée ! », ed. Albin Michel) et sous un pseudonyme (Zoé Shepard), le récit de son quotidien. Elle est passée jeudi en conseil de discipline, qui suggère une lourde sanction.

Jeudi, le conseil de discipline du conseil régional d'Aquitaine s'est prononcé, dans un avis purement consultatif et après cinq heures de pourparlers, pour son exclusion de la fonction publique, pendant deux ans et sans rémunération.

Reste à Alain Rousset, président PS de la région, le délai d'un mois pour prendre une sanction définitive. A la fois juge et partie, le ténor de la gauche locale, qui a remporté les dernières élections régionales avec 59,40% des voix, réclamait depuis le début de l'affaire la révocation de la fonctionnaire trouble-fête.
« Comment faire 35 heures… en un mois ! »

Pure produit de l'Institut national des études territoriales (INET), cette fille de fonctionnaires intègre la région en mars 2007, comme chargée de mission à la délégation aux affaires européennes et internationales. Elle raconte :

« J'étais pleine de bonne volonté dans ce que je voulais faire. Mais la réalité a été bien différente. »


Dès novembre 2007, elle ouvre un blog « Eloge de la pipeautique » (désormais supprimé) pour raconter à ses amis son quotidien et son mal-être de fonctionnaire publique territoriale : « Recevoir d'autres témoignages me soulageait ».

Rapidement sollicitée par son entourage, la jeune femme se lance au défi d'écrire un livre. Il est publié en mars 2010. Sur la couverture, un bandeau donne le ton :

« Comment faire 35 heures… en un mois ! »


Avec des dialogues parfois acides, la jeune femme de 30 ans, brosse le portrait d'un « système mafieux » gangrené par le copinage, les promotions canapé et l'incompétence généralisée. Son héroïne note ainsi :

« L'importance des élus de la collectivité ne se mesure certainement pas aux réalisations qu'ils accomplissent, […] elle se mesure à la capacité de reclassement de leur maîtresse dans l'organigramme. »


« Ce n'est pas un livre politique, je souhaitais dénoncer par la satire certaine pratiques en place », précise Aurélie Boullet. L'auteure a reconnu que que 90% du roman s'inspire de faits réels.

Pourtant, l'administratrice territoriale prend le soin de préciser qu'elle n'a voulu pointer du doigt aucune collectivité particulière. Ainsi l'action se déroule dans une mairie proche de Paris et ses personnages sont affublés d'aimables sobriquets « The Boss », « L'Intrigante », « Simplet », ou « Coconne ».

Las, certains de ses collègues ont trouvé bien des similitudes avec leur environnement, jusqu'à la couleur des murs de la cantine. Le conseil régional demande des comptes à la jeune femme. Elle sera suspendue de son poste pour quatre mois. Début d'une chasse à la sorcière.
« Alléger les souffrances du personnel de la région »

Quitte à se tirer une balle dans le pied en dévoilant son identité, le conseil régional se dit près à aller jusqu'au bout, car il s'agit, selon Rachid Belhadj, porte-parole du président de région, de « laver l'honneur et alléger les souffrances du personnel de la région qui sont mis à mal par un tel type d'ouvrage purement injurieux, grossier et diffamatoire. »

L'élu MoDem Joan Taris, en séance plénière lundi 28 juin, dénonce une censure. En pleine réforme des RGPP et du remaniement des collectivité territoriales, « Absolument dé-bor-dée », pamphlet antifonctionnaire, est du pain béni pour l'opposition.

Pour Jean Luc Mercadier directeur général des services (DGS) de la région, l'affaire n'est « pas politique mais d'ordre éthique et humain ». Aurélie Boullet est ainsi définie comme un agent à problème ayant des difficultés relationnelles pour s'intégrer. Une erreur de recrutement, en quelque sorte. Bien que la fonctionnaire ait reçu en 2009, une moyenne de 14,4 sur 20 par la commission administrative paritaire. (Télécharger la lettre)

Selon, le DGS, la notation serait une anomalie : elle aurait été surgonflée pour permettre à la fonctionnaire de trouver un nouveau poste. Jean Luc Mercadier se défend :

« Ce sont des pratiques que je dénonce, mais le système n'est pas infaillible. »


Se targuant de ses bons résultats en matière de politique locale, le conseil régional aurait pu se servir de l'ouvrage comme un support de réflexion sur les dysfonctionnements internes de son administration.

Mais telle n'a pas été la voie choisie. Le conseil de discipline a préféré lancer un avertissement aux autres agents qui pourraient être tentés à leur tour d'exposer la cuisine interne.

Source : RUE 89

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Luc Nemeth 01/09/2010 12:27



dans la quasi-totalité des cas ces fascistoïdes pitreries seraient techniquement irréalisables si les agents concernés prenaient la précaution d'afficher la
composition, qui en principe est publique, du conseil de discipline convoqué. Ils ne le font pas, car en général ils sont innocents (en tous sens du terme), et espèrent on ne
sait quelle clémence ; et ils ne le font pas car ce sont presque toujours des agents qui croient au service public, auquel ils reprochent de n'avoir pas été ici ou là à la
hauteur de sa mission (tel est d'ailleurs presque toujours le principal crime qui leur est reproché). Et du même coup cette culture d'entreprise qui est la leur les
empêche de parer, ce qui se prépare contre eux, avec la collusion des collabos syndicaux. Reste qu'ici, le burlesque sera venu s'ajouter à l'odieux : le président PS du conseil
régional, ordonnateur des poursuites, peut s'offrir jusqu'au luxe de... "jouer les généreux", par rapport au conseil de discipline !