Ardèche : Ardelaine, scop, éducation populaire et sobriété volontaire

Publié le par dan29000

 

 

L'entreprise Ardelaine, un mouton à contre sens... à suivre absolument

Si vous mélangez 1/3 de SCOP, Société COopérative et Participative, 1/3 d'Education populaire et 1/3 de sobriété volontaire, vous obtenez Ardelaine, entreprise de valorisation des laines d'Ardèche, solide mouflon à contre sens de la mondialisation capitaliste. Dans ce chaudron ardèchois, à St Pierreville, on y produit vêtements, fils à tricoter et literie à base de laine, mais aussi paix sociale et émancipation par le travail.

Le journalisme d'investigation et de dénonciation s'attache le plus souvent à lâcher ses lignes vers les entreprises en lutte pour la survie. Mais quid des entreprises saines, porteuses de transformations sociales, anticipatrices d'une société plus épanouissante ?

Interrogé à ce sujet, E. Plenel, aux journées Camedia à Buoux 2011, s'est écrié : « nourrissez nous ! ». Ardelaine, à ce point de vue, est précisément un aliment de choix.

Depuis les vestiges d'une filature abandonnée à la société aux activités diversifiées d'aujourd'hui, que de chemin parcouru, on se sent vraiment entré dans le XXIéme siècle. Le mouton est devenu gras, non d'opulence mais de qualités de vie : non seulement Ardelaine produit, en local, avec le local, des biens utiles au prix juste, mais elle ouvre à la vie.

 

 

Immergé durant 4 jours en terre Ardelaine, je désire donner voix à une alter-façon de vivre sa vie professionnelle et sa vie tout simplement, comme mes hôtes, Béatrice et Gérard Barras l'ont choisi. Je cherche également à susciter l'intérêt de la rédaction de Mediapart pour qu'elle jette son dévolu et oriente ses stylos et ses moyens professionnels, vers ce havre abrité dans son écrin de verdure.

Là où tu vas tu es,

Dans ce billet, il m'a semblé essentiel de m'attacher à rendre perceptible la philosophie des choix faits par les hommes au travail, plutôt qu'à en décrire les process. J'ai aussi concentré mon attention à établir une distinction entre la spécificité de l'entreprise, et ce qui pourrait servir ailleurs dans ses méthodes et ses stratégies.

Ardelaine, c'est bien sûr du concret : l'exploitation des laines du pays, une production textile, une offre touristique (musées, visite guidée, restauration) mais aussi un patrimoine immatériel à travers sa culture, ses dispositifs de formation. Forte de 40 employés, payés selon le rapport égalitaire de 1 à 1.2, elle a su faire des choix d'entreprise pertinents et signifiants au fil de son existence : ne pas viser la croissance par la seule monoproduction, s'inscrire dans le cadre de l'économie sociale et solidaire, réinvestir les réserves (45% du résultat) dans l'entreprise et non rétribuer le coopérateur, impliquer le sujet pour lui permettre d'apprendre. Former ! ah que j'aurais aimé être petite souris pour observer les étudiants en management confrontés à la démarche héritée du Groupe Français d'Education Nouvelle (GFEN) et dénommée SOSIE. En substance, elle consiste à leur raconter l'histoire d'Ardelaine jusqu'à la stopper sur une situation problématique que l'entreprise a connu. D'abord, regroupés en secteurs d'activités pour analyse, ils finalisent ensuite un CA fictif qui doit dégager un avis à comparer avec la décision prise à l'époque.

Là bas, on fait massivement confiance à l'humain : « l'entreprise est le lieu où chaque individu doit trouver sa place entre la finalité de l'action et les raisons pour lesquelles il s'implique »(Béatrice Barras).Ardelaine avance diversité humaine et complémentarité des compétences comme clefs de voûte d'une entreprise saine. Rassembler s'obtient dans le côtoiement, dans la construction d'une compréhension mutuelle, via motivation pour le projet et polyvalence imposée par la saisonnalité des métiers (ex : le métier de la tonte). La responsabilisation de tous change aussi le rapport à l'erreur individuelle qui n'est plus vécue comme une faute. Hors murs, il s'agit avec les agriculteurs, industriels, financiers . . . de comprendre dans quoi est chacun, et concourir à placer les gens dans un côtoiement/face à face d'une négociation en co-responsabilité.

En quoi Ardelaine ouvre sur l'avenir ?

Vous désirez, comme bien d'autres, quitter la ville pour la campagne, Ardelaine, son environnement et sa région vous en montre le chemin : n'est-ce pas celui de la modernité ?

Vous voulez donner du sens à votre travail, ne plus vous y sentir coupé de vous-même, Ardelaine répond encore présent en en revisitant les conceptions. Coté pile, massification industrielle déshumanisante, hyperspécialisation où chacun invente son propre langage et génère donc de l'incompréhension interindividuelle, coté face, quête du savoir faire où corps et geste sont intimement associés, perméabilité entre les savoirs et les échanges avec l'autre : choisissez votre coté de médaille !

La perméabilité, ne pourrait on pas aussi la décliner comme un concept politique clivant ?: liberté de circulation des hommes au lieu de fermeture des frontières, libre accès aux dossiers, aux informations au lieu d'opacité, dissimulation, secrets d'état . . . ça laisse rêveur !

Ardelaine se différencie de la production industrielle, notamment par le respect des conséquences des aléas climatiques, et par une relation directe exclusive avec les producteurs locaux. Par ailleurs, si «l'entreprise est terrain d'action : pragmatisme, énergie, créativité, savoir faire se confrontent à la pertinence et l'opérationnalité »(Béatrice Barras), on le doit à l'existence du côtoiement, proximité relationnelle qui incite au qu'en penses tu ? en binôme et au qu 'en pensons nous ? entre coopérateurs.

On parle souvent de force de travail en pensant au travail manœuvrier stricto sensu. Gérard Barras, guide expert du musée, éclaire notre entendement : la machine, au fil du temps, n'a fait qu'intégrer tous les gestes élémentaires de l'ouvrier, à l'image du Charlot des temps modernes qui passe entre les rouleaux. Il poursuit : « pour obtenir des gains de productivité, le machinisme a évolué, mais c'est la mécanique qui a fondé la pensée. Le progrès technologique, ce sont des petits malins sur le métierqui l'ont créé. »: une ingéniosité à l'œuvre durant 35 ans à Ardelaine.

Et  les pour et les contre ?

Je suis aussi sorti de cette bulle protégée pour tester les vibrations à distance. D'abord, un jeune fan, l'abbé Chave, natif de St Pierreville, 90 ans d'une vie à écouter les autres, il m'a reçu dans sa maison de retraite des Myrtilles : « cette entreprise ils sont partis de rien, des gens intelligents, tournés vers l'avenir, tous solidaires et puis ce Gérard, architecte, féru d'archéologie qui se place pourtant« un parmi les autres », « un homme qui se met à tout ». Il enchaîne sur le magasin : « il y a toutes sortes de belles choses, sorties des mains de cette équipe », pour conclure : « à Ardelaine, l'originalité produit la force ».

Sourdent, bien sûr, quelques dissonances : une rumeur court à St Pierreville selon laquelle Béatrice et Gérard tiennent l'entreprise d'une main de fer, d'aucuns font écho de ruptures brutales, après un compagnonnage conséquent, parlant encore de rêves brisés. De même, les employés n'affichent pas tous une sereine tranquillité d'esprit, certains ne voulant pas prendre cette responsabilité sans en référer. Mais n'est-ce pas le lot de l'humain dans une communauté de femmes et d'hommes où l'on ne peut comme ça mettre tout le monde au diapason. Gérard n'évacue pas les critiques mais réagit en affirmant que, dans l'entreprise, c'est le travail qui unit et non l'entre soi. Pour lui, il s'agit d'optimiser ce qu'on peut faire au sein de la complexité des contraintes. Instaurer un bon climat, voilà ce qu'il a en tête, et c'est ainsi, pour ce faire, que l'on demande au nouveau salarié en cours de recrutement, de faire, durant 2 à 3 semaines, le tour de tous les secteurs de l'entreprise, avant d'être coopté et de prendre son poste.

Les échos discordants, face à l'éclatante santé de l'entreprise, peuvent laisser entrevoir des marges de progression vers davantage de démocratie d'entreprise, vers l'émergence d'une véritable démocratie horizontale au jour le jour.

Saura t'elle en faire cas, nul ne peut le dire, mais formulons ensemble un vœu :

 

Ardelaine, étonne nous encore !

 

Thierry Mermet,


Rennes, le 9 septembre 2011

 

Et si ça vous dit d'en savoir plus :

Ardelaine : 07190 St Pierreville /tel : 04 75 66 63 08

contact : bea.barras@ardelaine.fr

Site : www.ardelaine.fr

 

 

Source : MEDIAPART

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keruzien 18/09/2011 22:53



Je conseille vivement. C'est vrai que les vêtements paraissent cher, mais c'est de la pure laine, donc ils durent vraiment longtemps. C'est pas du jetable ! Et la laine, ça tient chaud même quand
c'est humide, voire mouillé, y a des régions où on apprécie.


Pour les tricoteurs-teuses ou tisseurs-tisseuses, la laine en échveau est par contre pas chère du tout.


Leur histoire est racontée dans un livre "Moutons rebelles" aux éditions Repas.



dan29000 18/09/2011 23:05



Merci pour ces infos bien utiles, c vrai que la laine c'est bien sympa, mais les moutons aussi, enfin : moutons rebelles, aux éditions Repas, cela sonne bizarre, mais bon...Tout cela semble bien
intéressant, on va voir s'il est possible d'avoir le livre !