Argentine : Astiz, l'ange de la mort enfin devant des juges

Publié le par dan29000

Le procès des tortionnaires de l’École de mécanique de la marine (Esma) a débuté vendredi  dernier. Dix-neuf prévenus et 260 témoins vont défiler durant plusieurs mois pour tenter de savoir ce qu’il est advenu de près de 90 victimes. Mais les cas s’accumulent, et c’est  sans doute pour la disparition de près 900 personnes qu’au final  une cinquantaine de militaires seront jugés.

La liste des horreurs commises à l’Esma est interminable. Cinq mille disparus, tortures systématiques, viols quotidiens, humiliations permanentes et à la fin ultime une piqûre de penthotal, avant d’être embarqués dans un avion et balancés comme des chiens dans l’océan. Bébés ou vieillards personne n’y échappaient. Carlos Lordkipanidse, un militant de gauche  a été torturé à l’électricité en même temps que son épouse et leur fils d’à peine 20 jours. Les militaires ont pris le bébé par les pieds et menacé de lui fracasser le crâne contre un mur si son père ne parlait pas.

Alfredo Astiz est l’un des responsables  symboliques de ce lieu d'enfer « L’ange blond », « L’ange de la mort » : les appellations pour désigner cet ancien capitaine de frégate sont légion, il était chargé d’infiltrer les Mères de la place de Mai, ces « folles », comme les appelaient les autorités, qui cherchaient leurs enfants disparus.

« Nous lui disions de s’en aller, nous pensions que les jeunes étaient plus en danger que nous, se souvient Maria del Rosario Cerruti, dont le fils de 23 ans avait disparu. Il était blond, beau, gentil. Pour nous, les militaires étaient des hommes gros, moches, bruns et à moustache. Comment pouvions-nous nous douter qu’il s’agissait d’un traître ? »

Entre le 8 et le 10 décembre 1977, trois fondatrices des Mères de la place de Mai, et deux religieuses françaises : Alice Domon, sœur des Missions étrangères de Toulouse de 40 ans, proche des habitants des bidonvilles et des ligues agraires, furent arrêtées.

Alfredo Astiz, qui a désormais 59 ans, affirme n’avoir fait qu’obéir à des ordres. Il a été condamné en France par contumace à la prison à perpétuité en 1990. En fait, le procès du dossier Esma avait commencé au retour de la démocratie, mais des lois d’amnistie votées en  1987 sous la pression des militaires ont jeté un manteau d’impunité sur les crimes commis par la dictature. Ce n’est qu’en 2003 que le Parlement a voté l'abrogation de ces lois aberrantes, permettant la réouverture des procès.
Depuis lors, le juge Sergio Torres instruit le dossier, avec le procureur Eduardo Taiano, qui a passé six ans à écouter des dizaines de témoignages et à éplucher des milliers de documents.
Durant les années 60 et 70, l'Amérique du sud a connu bien des dictatures féroces (pardon pour le pléonasme), et donc bien des tortionnaires, du Chili au Brésil des colonels en passant par les juntes militaires en Uruguay au Paraguay...Pourtant parmi tous les tortionnaires formés par les services de la CIA, l'ex-capitaine Astiz fut sans doute un des pires, même s'il est bien entendu difficile de hiérarchiser de telles horreurs, qui, dans le cas d'Astiz sont du domaine de la politique et parfois de la pathologie, vu la froideur et la méticulosité dans ses façons de torturer.
Il est impensable qu'un tel homme finisse un jour sa vie dans son lit...
Nous suivrons de près ce procès emblématique...







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