Arte : France Telecom, malade à en mourir, un documentaire édifiant

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 


france-telecom.jpgFrance Télécom, malade à en mourir 

Quand harcèlement, dépressions et suicides faisaient partie du quotidien du groupe France Télécom Orange. Une enquête implacable auprès des salariés de l’entreprise sur la souffrance au travail poussée à son paroxysme. 
DIFFUSION LE MARDI 16 NOVEMBRE 2010 À 22h15



 

 

 

 

 

Présentation du film

Une génération sépare Vincent et Daniel. Pourtant, ces deux ingénieurs ont subi le même traumatisme : une mise au placard brutale et inexpliquée. Oublié lors du déménagement de son service pour l’un, relégué dans un bureau lugubre pour l’autre, ils ont été victimes, comme nombre de leurs collègues, du durcissement des méthodes manageuriales. Symptomatique de cette tendance, le plan d’économie Next a consisté, entre 2004 et 2007, à obliger le personnel visé à quitter l’entreprise. Mutations arbitraires, congés maladie forcés et stratégies de déstabilisation ont alors été utilisés sans aucune considération pour l’humain…


LE BILAN D'UNE LIBÉRALISATION

L’histoire des services de télécommunication français a été marquée par des évolutions nombreuses et parfois violentes. La séparation des Postes et des Télécommunications, initialement rattachées au sein du ministère des PT (Postes, Télégraphes et Téléphones), l’ouverture progressive du capital à la concurrence et l’achat du britannique Orange ont été vécus comme autant de bouleversements par les employés du groupe qui se sont succédé depuis trente ans. Bernard Nicolas nous plonge dans l’univers impitoyable de France Télécom, passée de 160 000 à 100 000 salariés en moins de quatre ans, et décrit avec précision une logique manageuriale implacable. 

France Télécom, malade à en mourir
Documentaire de Bernard Nicolas (France, 2010, 54mn)
Coproduction : Société Impact Press, ARTE France

 

========================================================================

France Télécom, malade à en mourir
La situation chez FT aujourd'hui : entretien avec Patrick Ackermann (syndicat Sud-PTT)
 

Nouveau PDG, contrat social et médiateur national pour salariés fragiles… Secoué par une vague de 59 suicides en trois ans, le groupe France Télécom s’est vu contraint de bouleverser ses méthodes de management. Patrick Ackermann, délégué syndical de Sud-PTT et membre fondateur de l’Observatoire du stress, créé en 2007 pour « rendre visible la souffrance au travail » dans l’entreprise, fait le point sur les avancées, plus théoriques que réelles. 


Plus de déclarations d’intentions que de concret.


Les suicides de salariés sont-ils plus rares ? 
Pas du tout : on en dénombre vingt-quatre cette année, ce qui est supérieur aux années précédentes [trente-cinq en deux ans NDLR]. La période noire qu’a traversé France Télécom depuis 2006, avec le plan de suppression sauvage de 22 000 emplois, a généré un mal-être et des dépressions qui ne se règlent pas d’un coup de baguette magique. Et ils ne constituent que la partie visible de la souffrance au travail. La défiance des salariés envers l’entreprise reste massive. Seuls 39 % d'entre eux déclarent être fiers d’y travailler, contre 96 % auparavant, comme le montre l’enquête menée par le cabinet Technologia.

Sur le terrain, l’ambiance a t-elle changée ?
De vieux réflexes continuent d’exister, visant à supprimer des emplois et augmenter la productivité : des situations de mobilité forcée, de management par le stress, et quelques restructurations.

Même depuis l’arrivée du nouveau directeur, Stéphane Richard, en mars dernier ?
Il est difficile de tirer un bilan au bout de quelques mois. Le discours a changé. Alors que Didier Lombard, l’ex P-DG, parlait de « mode » des suicides, la nouvelle direction admet l’existence d’une crise sociale et sanitaire. Elle a même reconnu l’un des suicides en « accident du travail » en juillet dernier, un acte symbolique très fort. On sent une volonté de redonner à l’entreprise un visage humain. Mais pour le moment, on note plus de déclarations d’intentions que de transformations concrètes, volontaristes.

Quelles mesures ont été mises en place ?
Un « contrat social » a été envoyé en septembre aux 100 000 salariés. Doté d’un budget de 900 millions d’euros, il prévoit de former les managers à des méthodes plus humaines, de moduler leurs bonus annuels à hauteur de 30 % en fonction d’un indicateur de « bien-être social », de rénover les locaux et les systèmes informatiques dépassés et surtout d’embaucher 10 000 personnes en trois ans, notamment des médecins, assistantes sociales, et travailleurs des ressources humaines. Avec un bémol : ces embauches ne feront que compenser les départs, alors que l’entreprise a été saignée à blanc depuis sa privatisation en 1996, avec plus de 60 000 suppressions d’emplois. Dernièrement, Stéphane Richard a également annoncé la nomination d’un « médiateur national » pour les « salariés les plus fragiles ». Une initiative positive mais qui se limite à quelques deux cents cas particulièrement inextricables. On aimerait des mesures plus audacieuses. Des décisions importantes sont annoncées d’ici la fin de l’année… dont on ne connaît pas la teneur !

La communication reste t-elle difficile entre direction et syndicats ?
On découvre souvent leurs décisions dans la presse et nous avons du mal à obtenir des comptes rendus réguliers sur les évolutions, les recrutements. Mais le climat est meilleur. La direction écoute au moins les doléances.

Où en est la plainte pour « harcèlement moral » déposée par Sud-PTT en décembre 2009 contre France Télécom ?
Nous espérons un procès d’ici quelques mois, et souhaitons qu’il débouche sur une mise en cause des dirigeants de l’époque. La loi ne caractérise le harcèlement moral que d’un point de vue individuel : elle doit évoluer. Une caractérisation collective permettrait des condamnations pénales d’employeurs coupables d’utiliser des méthodes de management sources de risques psycho-sociaux, au nom du profit financier. Par sa médiatisation, le « cas »France Télécom est érigé en symbole de la souffrance au travail, mais il est loin d'être unique. À la Poste, les « symptômes » apparaissent : suppression massive d’emplois, réorganisation, formes de management très offensifs… Les suicides deviennent plus fréquents. Si rien ne change, ce sera le prochain « France Télécom ».

Entretien réalisé par Anouchka Collette

 

On pourra aussi lire un entretien avec le réalisateur, sur le site d'ARTE, ICI 

 

 

Source : ARTE 

Publié dans écrans

Commenter cet article