Arte : Salvador Allende, un documentaire de Patricio Guzman

Publié le par dan29000

ARTE / mercredi, 8 septembre 2010 à 20:40

Rediffusions :
14.09.2010 à 10:35
Salvador Allende
(France, Chili, 2004, 100mn)
Réalisateur: Patricio Guzman


Un portrait fervent et documenté du président socialiste chilien disparu en 1973, porteur, selon le cinéaste, de "la dernière utopie du XXe siècle" : une révolution démocratique.

"Il faudra m'abattre pour m'empêcher d'accomplir le programme du peuple." Après vingt ans de campagne acharnée et trois défaites (en 1952, 1958 et 1964), le socialiste Salvador Allende, artisan de l'union de la gauche sous le nom d'Unité populaire (UP), remporte la présidentielle chilienne le 4 septembre 1970, à 62 ans. Médecin tôt entré en politique, porté au pouvoir par un immense soutien populaire, il veut instaurer la justice sociale et enraciner la démocratie dans son pays. Mais son jeune gouvernement coalise contre lui la majorité de la bourgeoisie et le puissant voisin américain, alors incarné par Nixon. Le 11 septembre 1973, sur fond de crise sociale et économique, le putsch du général Augusto Pinochet, activement soutenu par la CIA, sonne le glas de son utopie. Le doux révolutionnaire se suicide dans son palais bombardé, après un ultime message aux Chiliens. Une dictature de fer s'installe, qui fera du Chili l'un des meilleurs élèves de l'idéologie néolibérale.

Un révolutionnaire démocrate
Avant ce portrait de l'homme qui "a marqué sa vie", Patricio Guzman, cinéaste d'origine chilienne réfugié en France, a consacré de nombreux documentaires à la tragédie politique qui le hante. Après La bataille du Chili (1973-1979), Chili, la mémoire obstinée (1997) et Le cas Pinochet (2001), il a eu besoin, dit-il, de revenir à celui qui fit advenir "la dernière utopie du XXe siècle", afin de comprendre "comment on peut être à la fois révolutionnaire et démocrate". C'est à partir des images filmées entre 1970 et 1973 par le jeune militant qu'il était que Patricio Guzman réalise ce documentaire. Il y mêle des témoignages d'anciens partisans de l'UP et de proches d'Allende, comme ses filles Isabel et Carmen, ainsi que ses propres souvenirs, sobrement évoqués en voix off. Prenant appui sur cette mémoire collective, il fait revivre l'extraordinaire aura d'une figure héroïque que personne n'a oubliée au Chili et qui nous paraît étonnamment proche.

 

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Synopsis : Salvador Allende a donné sa vie pour le Chili, son pays. Ce documentaire retrace son ascension jusqu’à son suicide il y a trente ans.

Critique : « Un pays sans documentaire, c’est comme une famille sans photo. Une mémoire vide ».
Cette phrase de Patricio Guzman résume à elle seule l’absolue nécessité ressentie par le réalisateur chilien d’un travail de mémoire, de redécouvrir la figure emblématique de Salvatore Allende. Illustrant cette image, le film débute sur une série de photos décrépies du Président, des documents enterrés et cachés sous terre par la propre nourrice d’Allende pendant plus de 17 ans. A la poursuite des témoignages d’un passé en déliquescence, Guzman tel un archéologue, part à la découverte des murs qui servaient de support dans les rues au peuple chilien pour exprimer l’idée de la révolution, des murs recouvert aujourd’hui par l’épaisse couche de l’oubli.

Et pourtant au travers d’images d’archives et d’un recueil de paroles intime et exigeant, retraçant l’irrésistible ascension de Salvadore Allende, Guzman montre l’incroyable communion de tout un peuple avec cet homme atypique, marxiste, révolutionnaire et fortement attaché à la démocratie. Le tort d’Allende aura peut-être été d’avoir décidé de se battre en utilisant exclusivement les voies légales, ne cédant jamais rien à la violence ni aux armes.

Le 11 septembre 1973 (date qui résonne étrangement aujourd’hui) Allende est acculé à la mort par un coup d’état en provenance des Etats-Unis, Richard Nixon ayant organisé depuis longtemps la débâcle du Président chilien, « ce fils de pute » comme il se plaisait à l’appeler : le suicide d’Allende marquait au Chili le début d’une des dictatures les plus violentes du XX ème siècle.

Olivier Bombarda

 

Source : Arte 

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