Arte : un taxi pour l'enfer, un documentaire d'Alex Gibney, de Bagram à Guantanamo

Publié le par dan29000

 

 

 

jeudi 21 octobre 2010 20:40 Un taxi pour l'enfer

Comment la plus grande démocratie du monde en est-elle venue après le 11-Septembre à justifier le recours à la torture ? L'enquête brûlante d'un cinéaste en colère.

Rediffusions :
01.11.2010 à 00:55
Un taxi pour l'enfer
(Allemagne, Etats-Unis, Royaume Uni , 2007, 104mn)
ZDF
Réalisateur: Alex Gibney

 

 

 


Comment la plus grande démocratie du monde en est-elle venue après le 11-Septembre à justifier le recours à la torture ? L'enquête brûlante d'un cinéaste en colère, Oscar 2008 du documentaire, sur l'assassinat d'un jeune Afghan.

En décembre 2002, en Afghanistan, un jeune chauffeur de taxi nommé Dilawar est arrêté et incarcéré à la prison militaire américaine de Bagram. Il meurt en détention cinq jours plus tard. Ce n'est qu'après la découverte d'un certificat de décès portant la mention "homicide" par des reporters du New York Times que l'état-major américain consent à s'interroger sur cette mort suspecte. Car Dilawar est mort sous la torture, et ses bourreaux, comme va le découvrir Alex Gibney, l'ont achevé alors qu'ils étaient déjà convaincus de son innocence. Ensuite, ils partirent exercer leurs talents pour l'interrogatoire à la prison irakienne d'Abou Ghraib.
Le supplice de Dilawar constitue le point névralgique de ce documentaire exemplaire, réalisé par Alex Gibney, auteur d'un précédent film très remarqué sur le scandale d'Enron. À travers les témoignages de ses proches, des soldats inculpés, mais aussi d'officiels haut placés dans l'armée ou dans l'administration Bush, apparaissent clairement la volonté et la responsabilité du pouvoir dans le recours à la torture en violation de toutes les règles de la guerre fixées par la convention de Genève.

De Bagram à Guantanamo


De Bagram à la prison d'Abou Ghraib en Irak, puis à Guantanamo, le réalisateur démontre que les mauvais traitements et les humiliations infligés aux détenus n'étaient pas le fait de "brebis galeuses", comme a voulu le faire croire le ministre de la Défense d'alors, Donald Rumsfeld. Un taxi pour l'enfer quadrille implacablement le sujet, partant des images chocs prises à Abou Ghraib par les tortionnaires eux-mêmes pour détailler les sévices mis au point par la CIA lors de certains interrogatoires, dont le waterboarding (asphyxie par l'eau), afin d'extorquer des aveux aux suspects dans la prison de Guantanamo.
Des faits que le gouvernement du président Bush avait aggravés en cherchant à justifier l'usage de la torture selon les circonstances, puis en remettant en cause la convention de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre. Cette enquête d'un citoyen en colère résiste au temps pour montrer avec éclat que des questions obstinées peuvent dégonfler les pires mensonges d'État. Elle rappelle aussi combien risquent les démocraties à oublier leurs valeurs au nom de ce que leurs dirigeants présentent comme la nécessité.

Source : ARTE

 

++++++++++++++++++++++++++++++

 

CRITIQUE TELERAMA


Documentaire d'Alex Gibney (USA, 2007). 110 mn. Rediffusion.

Les démocraties sont-elles solubles dans la guerre ? La plus grande d'entre elles peut-elle s'affranchir des conventions de Genève sans se renier, ni saper ses fondements ? Quelles limites doit-on fixer à l'exercice de la violence, fût-elle légitime ? Un taxi pour l'enfer soulève autant de questions qu'il pointe de manquements au droit international dans le combat mené par les Etats-Unis contre le terrorisme international. Un combat dans lequel leur armée pratique impunément arrestations arbitraires, tortures et détentions abusives dans les prisons d'Afghanistan, d'Irak et de Guantánamo.


Fruit d'une enquête approfondie, le documentaire d'Alex Gibney se concentre sur l'usage de la torture, qui causa la mort de plus d'une centaine de (prétendus) prisonniers de guerre - plus du tiers ayant été reconnu comme des homicides. « On nous a dit qu'ils étaient des chiens, témoigne Ken Davis, de la police militaire. Dès lors qu'on les considérait comme des sous-hommes, on était prêts à leur faire subir des sévices dont on ne se serait pas crus capables. » Privation de sommeil, immobilisation dans des postures pénibles, usage des coups, de l'eau, de l'électricité : l'objectif déclaré de ces pratiques interdites est de préparer les interrogatoires en humiliant et en brisant les prisonniers. Un taxi pour l'enfer s'attarde avec profit sur les techniques de torture psychologique, capables en une semaine de produire des effets irréversibles sur la santé mentale d'un individu.

François Ekchajzer

Publié dans écrans

Commenter cet article