Assemblée nationale et lobbys : coup de projecteur sur les 5000 organisations

Publié le par dan29000

 

 

 

Des internautes tentent d'établir une liste des lobbyistes de l'Assemblée

LEMONDE.FR |

 

 


Voilà un exemple de travail collaboratif (ou crowdsourcing) assez rare en France. Deux associations ont fait appel aux internautes pour éplucher tous les rapports parlementaires qu'ils ont pu trouver entre 2007 et 2010, soit 1 250 documents publics, avec pour mot d'ordre de "numériser les lobbyistes de l'Assemblée". Trois mille personnes ont participé, via le Web, et ont achevé ce travail de fourmi en quelques semaines.


 

Le but de l'opération ? Regarder qui est auditionné par les députés lors de ces travaux préparatoires aux lois. Les deux organisations – Regards Citoyens, qui propose une veille originale de l'activité politique, et Transparence Internationale France, qui lutte contre la corruption – publient aujourd'hui sur Internet cette base de données originale qui montre, domaine par domaine, combien d'entreprises, d'administrations, de syndicats, de cabinets de conseil, ont été entendus par les législateurs.

 

Quantitativement, on constate que les députés auditionnent surtout les organisations publiques (48,3 %). Viennent ensuite les organisations représentatives (20,9 %), dont les syndicats, puis le secteur économique privé (16,4 %). La société civile n'est entendue qu'à hauteur de 7,5 %.


 

CINQ MILLE ORGANISATIONS RECENSÉES


L'étude ne donne pas une photo fidèle de l'activité de lobbying auprès des parlementaires et n'en montre que la "face émergée", reconnaissent les auteurs. En effet, elle ne s'intéresse qu'aux rapports parlementaires, pour lesquels des organisations sont parfois convoquées en audition, ce qui ne veut pas forcément dire qu'elles ont une stratégie d'influence sur les élus. Les entreprises et groupes de pression divers ont par ailleurs bien d'autres moyens de faire valoir leurs arguments aux parlementaires, notamment par des contacts plus informels.


Mais cette démarche montre que la France a des progrès à faire en transparence, selon les auteurs de l'étude. En effet, avec Regards Citoyens, l'enquête a permis d'identifier 15 000 individus intervenus lors de 9 000 auditions parlementaires. Ces personnes représentaient au total près de 5 000 organisations. Or, le registre officiel des "représentants d'intérêts" tenu par l'Assemblée nationale ne recense que 130 organisations, rappelle Transparence Internationale. De plus, 62 % des rapports épluchés pour l'étude ne dévoilaient pas la liste des personnes auditionnées.


Pour Transparence International, il faudrait avoir un "vrai registre qui encadre réellement les pratiques du lobbying, qui référence les groupes d'intérêt et leurs 'expertises'". Celui-ci permettrait aux citoyens d'y voir plus clair, mais aussi aux élus eux-mêmes, "souvent désemparés face aux sollicitations des différents acteurs".

Alexandre Piquard

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