ATTAC questionne les candidats : réponses de Philippe Poutou (NPA)

Publié le par dan29000

Régulation financière, financement des urgences sociales et écologiques, banques, dette : réponses au questionnaire d’Attac

 

Le 21 septembre 2011, Attac a envoyé aux candidats à l’élection présidentielle de 2012 un questionnaire portant sur quatre thèmes (régulation financière, financement des urgences sociales et écologiques, banques, dette). Voici les réponses de Philippe Poutou, candidat du NPA, mises en ligne sur le site d’ATTAC.


Chers amis,

C’est bien volontiers que je réponds à votre questionnaire. Le NPA accorde une grande importance au débat avec Attac et apprécie les apports de l’association.
Avant de répondre aux questions posées aux candidats, je souhaiterais faire trois remarques sur l’introduction au questionnaire :

- la première est relative à l’expression « crise financière ». Je préfère parler de « crise économique ». En effet, nous nous trouvons face à une crise économique globale du capitalisme dont les racines ne sont pas seulement financières et à l’occasion de laquelle sont en train de se recomposer les rapports entre les États (montée de la Chine et des « émergents ») et les classes (qui va payer la crise ?)

- vous écrivez également que les États sont « pris en otage » par les marchés financiers » : vous conviendrez très certainement que cette formule est contestable. Fondamentalement, ce sont les États capitalistes qui ont engagé la libéralisation financière. C’est particulièrement visible, en France et en Europe avec le processus qui a conduit de l’Acte unique européen aux traités de Maastricht, puis de Lisbonne. Ce sont les États qui ont réduit leurs recettes, avec les mesures de baisse des impôts en faveur des revenus élevés, des grandes fortunes et des entreprises, accroissant ainsi les déficits publics (qui s’est ensuite aggravé du fait de l’impact de la crise). Certes, actuellement, les marchés poussent à toujours plus d’austérité mais nous croyons pour notre part que les dirigeants européens et les classes dirigeantes sont des acteurs conscients et pratiquent une forme de « stratégie du choc », utilisant les événements pour remettre plus rapidement en cause les systèmes de protection sociale, les conventions collectives,.. et pour précariser encore plus les salariéEs ;

- enfin, je vais bien sûr répondre à votre questionnaire et énoncer, à partir du programme du NPA, ce que je ferais si j’étais élu. Le NPA en tant que parti politique est effectivement à sa façon « candidat au pouvoir ». Mais pour nous, le véritable changement, la véritable transformation sociale viendra fondamentalement de l’action de ceux et celles d’ « en bas », dont le mouvement des « indignéEs » est un signe annonciateur.

Pour ce qui est de mes réponses, je tiens à préciser que je suis conscient qu’un certain nombre de mesures que je préconise seraient plus efficaces si elles étaient prises au niveau européen, voire mondial. Néanmoins, un gouvernement de réelle transformation sociale (que nous qualifions dans nos textes de « gouvernement des travailleurs ») qui parviendrait au pouvoir en France ne resterait pas l’arme au pied en attendant que débouchent d’hypothétiques négociations dans le cadre des traités européens existants. Il agirait immédiatement pour engager les transformations nécessaires et compterait sur l’exemplarité de son action pour que se mobilisent les travailleurs/ses des autres pays d’Europe.

Réponses au questionnaire

1. En matière de régulation financière

Deux types de mesures, nous paraissent essentiels :

Celles qui visent à supprimer les pouvoirs de nuisance des marchés financiers. La première urgence est de mettre fin à la liberté de circulation des capitaux. Autant nous sommes très réservés vis-à-vis des discours protectionnistes, autant nous pensons qu’il faut remettre en place un contrôle strict des mouvements de capitaux (si possible au niveau européen, à défaut au niveau des États qui en seront d’accord). Il faudra également interdire les mécanismes spéculatifs et imposer aux institutions financières (y compris françaises) de fermer leurs succursales dans les paradis fiscaux.

Celles qui visent à mettre les banques et institutions financières au service d’un développement réorienté en fonction des urgences sociales et écologiques. Cela ne peut se faire avec le système bancaire tel qu’il existe (voir ci-dessous ma réponse à la question 3).

2. Financement des urgences sociales et écologiques :

Nous sommes favorables à l’arrêt du recours des États aux marchés financiers. Cela veut dire qu’il faut pour la France revenir sur les lois de 1973 et 1993 interdisant à la Banque de France de financer les déficits budgétaires. Et bien entendu, revenir aussi sur les dispositions correspondantes du traité de Maastricht pour ce qui est de la Banque centrale européenne.

Des marges pourraient être dégagées pour financer un autre développement social et écologique par une réforme fiscale qui aurait deux axes forts :

-  une forte progressivité de l’impôt sur le revenu et l’intégration à son assiette des revenus du capital au même niveau d’imposition que les revenus du travail ;

- un retour de l’impôt sur les sociétés au taux de 50% et la remise en cause des dispositifs permettant d’éluder cet impôt et dont profitent avant tout les grandes entreprises.

• Par ailleurs, nous sommes favorables à un moratoire immédiat du paiement de la dette (intérêt et principal) de l’État, prélude à une annulation de la dette illégitime. Ce sera notre première action en termes de « RGPP » : une révision générale des politiques publiques inspirée du « No cuts » affirmé lors de la Conférence de Londres contre l’austérité le 1er octobre. Effectivement, « no cuts » dans les budgets sociaux et éducatifs au nom de la dette !

Enfin, une Europe ou un groupe d’États européens qui avanceraient dans la voie de la transformation sociale devraient se doter d’un véritable budget et de services publics européens sous contrôle d’institutions véritablement démocratiques (ce qui ne peut se faire dans le cadre institutionnel des traités actuels).

3. Les banques

Il faut mettre les banques au service d’une politique de transformation sociale et écologique. Il faut en finir avec les politiques de libéralisation et de privatisation des banques qui ne conduisent qu’à des impasses dont Dexia est une triste illustration. Dans ce cadre, nous sommes en faveur :

• d’une nationalisation intégrale du système bancaire sans indemnité, ni rachat ; de l’instauration, comme vous le suggérez dans votre questionnaire d’une politique de crédit différencié selon les caractéristiques sociales et écologiques des projets. Cela impliquera de remettre en cause le modèle de la banque généraliste et la mise en place des banques spécialisées capables de suivre pleinement les projets ; de l’instauration d’un contrôle social et démocratique des banques publiques avec la participation à leur direction de représentants des élus locaux et nationaux, des salariés, des associations.

4. La dette

Pour ce qui est de la dette, nous sommes favorables à la transparence la plus totale : la population a le droit de savoir l’origine, les conditions et les destinations des emprunts publics. Un processus d’ « examen populaire et citoyen » de la dette est nécessaire. Il ne doit pas rester une affaire d’experts.

La dette illégitime (qui constitue l’essentiel de la dette publique) devra être répudiée. Cela ne se fera pas sans difficulté avec le monde de la finance, d’où l’importance d’une prise de contrôle simultanée du secteur bancaire.

** *

Voici les mesures que j’avancerai durant la campagne électorale et que je mets en débat en réponse à votre questionnaire. Ces mesures peuvent apparaître trop ambitieuses, voire risquées. Mais, si cette crise économique est ce que nous pensons qu’elle est, elle ne se réglera pas dans l’harmonie et la sérénité. Il s’agit de savoir qui la payera.

Les salariéEs avec le recul de la part des salaires dans la valeur ajoutée, la précarisation, ont largement payé la crise de 1974-1975. Après le choc de 2008-2009, certains ont cru que les dirigeants de la planète avaient compris la leçon et allaient revenir à un capitalisme régulé, voire « moralisé ». Cela ne s’est pas fait. Même des mesures bénignes de contrôle de la finance, soutenues par des économistes qui n’ont rien d’anticapitalistes, n’ont pas été prises. Il faut se mobiliser pour arrêter cette dynamique infernale.

Très cordialement,

Philippe Poutou


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