Attentat de Karachi : la vérité se rapproche de Balladur

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

 

karachi--50--.pngKarachi: le document qui relance l’affaire 


Par Fabrice Arfiet Fabrice Lhomme (Mediapart)

 

 



L’affaire de Karachi n’est pas une «fable» pour tout le monde, comme l’avait pourtant affirmé Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse surréaliste en juin 2009, à Bruxelles. Le juge d’instruction indépendant Renaud Van Ruymbeke a décidé, contre l’avis du procureur de la République de Paris, d’enquêter sur la corruption et les lourds soupçons de financement politique occulte qui pèsent sur le dossier au sujet de la vente, en 1994, de sous-marins au Pakistan par le gouvernement d’Edouard Balladur. Il s’agit du contrat Agosta.

Mediapart publie l’intégralité de l’ordonnance du juge, datée du 6 octobre, tandis que le parquet a d’ores et déjà annoncé qu’il faisait appel de cette décision, particulièrement embarrassante pour l’Elysée.

Selon plusieurs documents et témoignages réunis ces deux dernières années par le juge anti-terroriste Marc Trévidic, l’attentat de Karachi, qui a coûté la vie le 8 mai 2002 à quinze personnes dont onze employés français de la Direction des constructions navales (DCN), pourrait être directement lié aux dessous financiers qui ont entouré les négociations de ce marché d’armement d’un montant de 826 millions d’euros.

Une partie des commissions versées à des intermédiaires de dernière minute dans le cadre de ce contrat auraient ainsi permis de financer, de manière illicite, la campagne présidentielle de 1995 d’Edouard Balladur. Or, l’arrêt du versement de ces commissions, décidé par Jacques Chirac après son élection à la présidence de la République, pourrait être une des causes de l’attentat de Karachi.

Dans ce scénario, qui trouve son origine dans un rapport interne à la DCN rédigé après l’attentat par un ancien agent du contre-espionnage français (le rapport Nautilus, voir un extrait ci-dessous), l’attaque-suicide a constitué une mesure de rétorsion contre l’Etat français, puni pour n’avoir pas honoré ses engagements. Petit rappel: les victimes de l’attentat de Karachi travaillaient précisément à l’exécution du contrat Agosta.


Et Sarkozy dans tout cela ? Plusieurs éléments (témoignages, rapports et notes internes à la DCN) laissent aujourd’hui apparaître que Nicolas Sarkozy, qui était à l’époque du contrat Agosta ministre du budget du gouvernement Balladur puis directeur de sa campagne, a été l’architecte d’un dispositif occulte au Luxembourg qui aurait été utilisé pour le financement des ambitions présidentielles de son mentor d’alors.


C’est notamment ce qui est contenu dans un rapport de synthèse de la police luxembourgeoise, daté du 19 janvier 2010, révélé par Mediapart. Selon les enquêteurs luxembourgeois, Nicolas Sarkozy avait ainsi «directement» supervisé et validé depuis Bercy, où il a été en poste de 1993 à 1995, la constitution au Luxembourg d’une obscure société offshore, baptisée Heine, par laquelle ont transité les commissions suspectes du contrat des sous-marins pakistanais.

Aujourd’hui, les soupçons de financement politique occulte sont notamment renforcés par le fait, comme Mediapart et Libération s’en sont déjà fait l’écho, que les comptes de campagne de M. Balladur avaient été crédités, au lendemain du premier tour de l’élection de 1995, de plus de 10 millions de francs versés en espèces et en grosses coupures (voir le document ci-dessous).



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