Au Texas, tu serais déjà mort, de J.R. Helton, 13e note éditions

Publié le par dan29000

 

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Le bouquin commence bien, avec une introduction de Monsieur Robert Crumb himself, et c'est pas tous les jours qu'il en fait une ! Il nous met déjà dans l'ambiance de ce qui va suivre durant trois cents pages. Impossible de trouver un éditeur pour la prose d'Helton, enfin impossible aux States.


"Et tant pis pour ces imbéciles d'Américains. Ils devront attendre."


Crumb a raison, nul n'est jamais prophète en son pays, et souvent, les meilleurs créateurs américains font surtout leurs carrières en Europe, comme Jim Harrison ou Woody Allen.


Et pourquoi pas.


On se doute bien que ce type ne vous  dit encore rien. Alors une petite bio-express est nécessaire. D'ailleurs l'auteur introduit lui-même ce recueil de ses œuvres déjà publiées, et certaines publiées uniquement chez nous. On peut remercier l'éditeur, si si. Notre gars est né à Houston en 1962, il a grandi au Texas. Il n'est pas né écrivain, d'abord il a vendu des citrouilles...Vous avez quelque chose contre les vendeurs de citrouille, toujours mieux qu'être trader à Big Apple ! Il a peint aussi des décors de cinéma, bossé sur des chantiers de construction ou géré l'un des plus grands sanctuaires animaliers des States. En ce moment il dispense des cours d'écriture à  l'université du Texas, à San Antonio.

Croyez-moi, quand vous aurez lu ce bouquin, cela vous donnera sans doute l'envie d'aller à l'université, surtout pour les cours d'écriture !

 

"J'ai décidé de devenir écrivain en 1980, j'avais alors à peu près dix-huit ans. Ca fait maintenant une trentaine d'années que j'écris et ce recueil reflète assez bien mon œuvre."

 

Ce volume est le troisième de la "série sélect" de l'éditeur. Une sorte de "best of" du gars, neuf nouvelles autobiographiques, des poèmes, des extraits de récits. Une belle sélection qui surprend agréablement.

Notre homme au Texas n'est pas tendre avec le pseudo rêve américain. Il nous brosse avec une certaine férocité cette société basée sur l'argent et l'individualisme acharné, le tout saupoudré d'alcool et de drogues.

Bien entendu on a le droit de songer à l'ami Bukowski, disparu trop tôt. On peut dire qu'Helton pourrait bien se situer entre l'auteur-culte de "Mémoires d'un vieux dégueulasse" et le Fante de "Demande à la poussière" ou du superbe "Rêves de Bunker hill".

C'est tout dire !

Et ce gars a des problèmes pour se faire éditer outre-Atlantique, incroyable !

Helton est un grand portraitiste, pour n'en retenir qu'un, on a le droit de se délecter de ce professeur qui rame dans ses cours et qui un jour décide de se payer un petit massage, et...tombe sur une de ses élèves ! Presque tout le temps, ses phrases précises et simples font mouche, que cela soit pour nous faire partager la vie d'ouvriers sur des chantiers, ou pour nous décrire les coulisses d'Hollywood, où là aussi le mythe de l'immense "industrie du rêve" se lézarde soudain, et c'est jouissif.

Malgré plus de trois cents pages, difficile de reposer le bouquin, tout cela avance vite, un peu comme dans un film de Dennis Hopper, qui lui était né dans le Kansas. Certes Helton n'est pas un ange, le monde qu'il nous décrit avec talent et chaleur est assez loin de celui des Bisounours, mais souvent l'humanité affleure au détour d'une ligne et la nouvelle s'illumine alors.

Sans doute est-ce cela le talent.

Sinon vous pouvez toujours relire les œuvres complètes de Jean d'Ormesson !

Alors comme l'été approche et les vacances aussi, faites vous un grand plaisir découvrez donc J.R Helton, vous ne serez pas déçu.

Un livre qui nous rend déjà impatient de lire en 2012 "Drugs".

Enfin, nous étions un peu sceptique sur le concept, assez rare et casse-gueule de la "série sélect", mais au vu de ce volume, on doit l'avouer, cela fonctionne et donne vraiment envie de lire cet auteur. Et cerise sur le pudding, la traduction est de Nicolas Richard qui a déjà traduit Pynchon, Hornby, David Lynch, Crumley, Brautigan, et Hunter S. Thompson.

Que du beau monde, je vous dis...

 

Dan29000

 

Et en juin, chez le même éditeur, on va vous faire découvrir un roman bien déjanté intitulé :


IL ETAIT UNE FOIS L'AMOUR, MAIS J'AI DÛ LE TUER, d'Efraim Medina Reyes

 

Pour découvrir le site de l'éditeur, c'est ICI


 

Au Texas, tu serais déjà mort

J.R. Helton

Introduction de Robert Crumb

Traduction de Nicolas Richard

Collection littérature étrangère

Editeur : Eric Vieljeux

13e note éditions

2011 / 320 p / 19 euros

 

 

 

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« L’ école était finie et il se passait quelque chose de bizarre chez nous. Pour commencer, je suis rentré à la maison un beau jour, et elle avait été vendue. »


John Helton, Au Texas, tu serais déjà mort

 

 

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