Aurore Martin en liberté conditionnelle : entretien

Publié le par dan29000

Aurore Martin : « Pour le moment je ne me vois pas candidate à une élection »

 

 


Aurore Martin, la militante basque française extradée par la France vers l’Espagne est libre depuis le 22 décembre dernier.Elle aura finalement passé 52 jours en prison en Espagne. La forte mobilisation qui a suivi son incarcération lui a sans doute permis d’obtenir sa remise en liberté conditionnelle. La "pasionaria ordinaire", comme l’a présentée le journal Le Monde, a pu défiler pour la libération des prisonniers avec 115 000 personnes dans les rues de Bilbao samedi 12 janvier. Entretien.

 

 

 


 
Photo DR

 

par Jean-Manuel Escarnot sur www.frituremag.info

 

 

Comment vivez vous votre nouvelle notoriété ?

Aurore Martin : c’est trop. Je ne suis pas à l’aise dans cet exercice. C’est assez perturbant. Mais cela permet d’exploiter un espace médiatique qui nous était fermé jusqu’à maintenant. Jusqu’ici le conflit basque était ignoré par une grande partie de la population en France.

A l’inverse des déclarations du Ministre de l’intérieur Manuel Valls, vous pensez que votre arrestation n’était pas fortuite ?

Cela faisait un an que j’étais revenu chez moi. Les flics de Saint-Jean-Pied-de-Port passaient régulièrement devant mon domicile. La sous-préfecture savait parfaitement où me trouver.
Le jour de mon arrestation, je suis sortie de chez mes parents à Mauléon vers à 15h30 et je suis tombée sur un contrôle routier. A partir du moment où les gendarmes ont su qui j’étais on est partis à Pau où on m’a notifié le mandat d’arrêt européen.

A 19h j’étais transféré à la frontière espagnole où j’étais remise aux espagnols qui m’attendaient avec un gros dispositif. La Guardia Civil m’a filmé et a balancé les images sur la télévision espagnole avec un communiqué se félicitant de la coopération franco espagnole.

La députée européenne (EELV) Catherine Grèze vous a visité en prison.

Lors de sa venue je lui ai demandé de ne rien faire de particulier pour moi mais de s’impliquer dans le processus de paix. On ne peut pas faire du cas par cas sur la question des prisonniers basques. Il faudra une mesure de libération collective.

Comment s’est déroulée votre détention ?

Le statut des prisonniers basques est très difficile. Comme les autres, j’étais interdite d’activités extérieures au quartier des femmes, mes communication téléphoniques étaient enregistrées, mon courrier lu et traduit avant sa remise. Je n’avais droit qu’à l’envoi de deux lettres par semaine. De fait je n’ai pas pu répondre à tout ceux qui m’ont écrit. Pas de presse, pas de télé, pas de radio non plus. Tu ne sais pas ce qui se passe chez toi. C’est très dur. Je n’ai pas mesuré tout ce qui se passait pour mon soutien.

Je veux remercier le collectif des prisonniers basques. Durant le deuxième mois de ma détention, une militante d’ETA extradée avec un MAE (Mandat d’Arrêt Européen), m’a rejointe en cellule. Cela m’a beaucoup aidé. En prison le collectif des prisonniers est bien organisé. Ma détention m’a permis de comprendre la crispation des prisonniers politiques de ne pas pouvoir participer au débat militant. Ils ne sont pas reconnus comme des interlocuteurs par les gouvernements français et espagnol et pourtant ils sont la conséquence du conflit.

Pourquoi le parti indépendantiste Batasuna s’est-il auto-dissous ?

Ce n’est pas une reddition ; c’est l’expression d’une maturité qui va porter ses fruits. C’est la suite logique de la dissolution d’Askatasuna (soutien aux prisonniers basques ndlr) et de Segui (Parti de jeunesse basque ndlr). Nous fermons un cycle. Aujourd’hui le contexte est différent. Nous sommes dans une perspective de rassemblement avec les autres composantes du mouvement abertzale de manière à renforcer les relations avec le sud (le Pays Basque espagnol ndlr). Nous réfléchissons avec les militants de la suite à donner à cette dissolution.
Les enjeux restent les mêmes. La collectivité territoriale basque au nord (en France ndlr) la résolution du conflit, et l’accès à un référendum sur l’avenir du Pays Basque.


Quelle sera la suite de votre engagement militant ?

Après la dissolution de Batasuna, mon engagement est à Bake bidea (Le chemin de la paix en basque), un mouvement large qui rassemble des indépendantistes, la Ligue des Droits de l’homme, la Cimade, la CGT, la CFDT santé, Le PC, le NPA et Europe Ecologie, Le but est de s’ouvrir le plus largement possible pour sociabiliser un conflit méconnu. Nous voulons aller dans les universités, et les instances syndicales pour partager l’histoire du pays basque.

Allez vous profiter de votre notoriété pour vous présenter aux prochaines élections municipales ?

J’adore les élections. J’ai toujours travaillé dans l’ombre à préparer les programmes et à réfléchir. Mais je ne suis pas une femme de premier plan. Pour le moment je ne me vois pas candidate à une élection. Je ne sais pas où je me situerais demain dans le débat de la collectivité territoriale.

Quels sont les problèmes locaux sur lesquels vous êtes mobilisée ?

Le centre de rétention à la frontière vers Hendaye, le logement avec la spéculation immobilière. Au Pays Basque les jeunes ne peuvent pas accéder à un logement. J’en sais quelque chose je suis en colocation. Cela concerne aussi les zones rurales. Le logement est l’une des compétences sur laquelle la future collectivité territoriale pourra apporter des solutions, en proposant un autre mode de gestion hors de la spéculation immobilière. C’est valable aussi pour la langue le transport et l’agriculture en soutenant le consommé local et l’installation de jeunes agriculteurs au Pays Basque.

La collectivité territoriale nous permettra d’avoir un lieu de réflexion, de gestion et d’action.

 

 

 

 

SOURCE / MEDIAPART

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