Bachelot sous influence des labos : Tamiflu pour tous !

Publié le par dan29000

Rigoureusement incompréhensible », « désordonné », « étrange car parcellaire », « très curieux », « un délire »… Les réactions de tous les syndicats de médecins interrogés sont unanimes. Seul l'Ordre de la profession se refuse à tout commentaire devant le nouvel avis du ministère de la Santé. Au départ, il y a un courrier envoyé aux unions régionales de médecins libéraux, le 9 décembre. 

« Sur proposition des experts [le comité de lutte contre la grippe, ndlr] », est adoptée une « nouvelle recommandation » de prise en charge : le ministère demande que soit prescrit systématiquement un antiviral à toute personne présentant un syndrôme grippal et aux personnes à risque ayant été en contact avec un malade. Auparavant, ce médicament était réservé aux cas graves.
« On n'est pas des machines à prescrire »
Un mouvement de résistance, pour l'instant désordonné, est en train de naître. Le collectif pour l'indépendance de l'information médicale (Formindep) a réunit plus de 700 signatures sur sa lettre ouverte-pétition au directeur général de la santé, laquelle réclame tout simplement un argumentaire et l'analyse exhaustive du rapport bénéfices/risques, estimant que cette préconisation est « en contradiction avec les données scientifiques fiables actuellement portées à notre connaissance. »

Il rappelle ainsi :
« L'oseltamivir [la molécule du Tamiflu, ndlr] n'a jamais démontré aucun effet sur la diminution de la mortalité ni le taux d'hospitalisation des personnes atteintes d'un syndrome grippal, à l'exception d'une méta-analyse entièrement contrôlée par le laboratoire Roche commercialisant le Tamiflu, dont les données brutes sont inaccessibles, et dont les résultats qui font polémique sont largement remis en cause par le British Medical Journal et les membres de la Collaboration Cochrane. »


Philippe Foucras, son fondateur, généraliste dans la Nièvre, attend la réponse de la direction générale de la Santé et s'indigne :

« On n'est pas des machines à prescrire, notre déontologie nous dit de prescrire selon les données de la science et pas selon les injonctions du gouvernement. »

Le Tamiflu est-il vraiment efficace ?

Après avoir, en juin, recommandé un usage modéré du Tamiflu, le ministère de la Santé est désormais persuadé que cette prescription massive fera chuter la mortalité globale et la justifie par la survenue de nouvelles formes plus graves de grippe H1N1.

Sur son blog, Antoine Flahault directeur de l'Ecole des hautes études de santé publique expliquait ainsi l'effet collectif attendu d'une prescription de masse du Tamiflu :

« Il réduit la probabilité de transmission, en diminuant la charge virale chez celui qui le prend à titre curatif ou en diminuant le risque de contamination chez celui qui le prend à titre préventif.

Le Tamiflu réduit aussi de un jour la durée de la période contagieuse, ce qui représente une action sur le taux de reproduction de l'ordre de 30%. »


Le Collège national des généralistes enseignants, société scientifique des généralistes, refuse ce changement de position sur ces « inhibiteurs de neuraminidases » qui, selon lui :
ne préviennent pas les complications de la grippe
ne réduisent que d'une journée à peine la durée des symptômes, s'ils sont pris assez tôt
provoquent un nombre significatifs de cas d'effets secondaires
Quels sont les effets secondaires à craindre ?

Son vice-président, Vincent Renard, précise à Rue89 :

« On n'a pas l'ombre d'une preuve que ça serve à quelque chose dans le cas de la grippe H1N1, en revanche les effets indésirables sont tels qu'au final la balance bénéfices/risques est clairement défavorable.

Pire, le principe de précaution appliqué de cette façon nous fait prendre des risques. Imaginons si les 10 millions de personnes qui ont eu un syndrôme grippal avaient été mis sous oseltamivir, on aurait eu, d'après les essais cliniques dont on dispose :
des nausées et vomissements pour 1,5 à 3 millions de personnes
des douleurs abdominales pour 1,2 à 2 millions de personnes
des troubles du sommeil et du comportement pour 1 à 2 millions de personnes
des effets neuropsychiatriques pour 100 000 personnes
sans parler des allergies graves

Tout cela aurait conduit à surévaluer la gravité, des hospitalisations en série… pour sauver potentiellement 20 personnes, et encore sans certitude. C'est de la sur-précaution, qui au final fait prendre des risques. »

Qui portera la responsabilité en cas d'action judiciaire ?

Cette recommandation d'Etat pose une autre question aux médecins : celle de leur responsabilité juridique. Certes on n'est pas dans une société aussi judiciarisée que les Etats-Unis, mais, comme Martial Olivier-Koehret, ancien président de MG France, beaucoup s'inquiètent : « Imaginons un patient qui nous attaque pour ne pas lui avoir prescrit de Tamiflu… ».

Et l'Etat assume-t-il là aussi en cas d'effets secondaires ? « Il y a une autorisation de mise sur le marché », répond laconiquement le cabinet de Roselyne Bachelot. Roger Rua, du Syndicat de la médecine générale, remarque :

« On nous a affirmé que ceux qui vaccinent sont couverts par la réquisition, mais les libéraux non quand ils prescrivent du Tamiflu, ils engagent leur propre responsabilité. »


Surtout, ce dernier estime que ces injonctions contradictoires du ministère introduisent un « doute préjudiciable » dans l'opinion.

Au-delà du fait que les médecins n'aiment pas qu'on se mêle de leurs affaires et qu'on leur demande d'obéir sans raison scientifiquement prouvée, il y a le fait qu'ils n'aiment pas être pris entre deux feux. Tout cela est un peu à l'image d'une crise qu'ils trouvent très mal gérée.

Pour Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), c'est un peu « comme si on voulait vider les stocks ». Une source qui connait bien le sujet me souffle également que pour éviter de se faire accuser de gâchis, le ministère pourrait être tenté de liquider les stocks actuels…


Source : RUE 89

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