Belgique : être SDF, c'est trente ans de vie en moins...

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

SDF : 30 ans de vie en moins

Stéphanie Bocart
 
Un sans-abri a une espérance de vie de 45-50 ans, contre 79 ans pour le Belge moyen. MDM plaide pour des logements adaptés.

 

 



Les premiers flocons sont tombés sur la Belgique et quelques plaques de verglas se sont déjà formées sur nos routes. Comme chaque hiver ont été activés les plans froid, mettant un coup de projecteur sur les conditions de vie difficiles des personnes sans abri. "Certes, tout le monde tombe plus souvent malade en hiver qu’en été, mais la situation s’aggrave lorsqu’on vit dans la rue", déclare Pierre Verbeeren, directeur général de l’association Médecins du monde (MDM). "La vie à la rue détruit la santé et la dignité."


Plus que tout autre milieu de vie, la rue comporte des risques directs pour la santé tels que les blessures dues à la violence; les agressions du climat, de l’anonymat généralisé, de la pollution; le risque accru d’infections diverses, etc. "Cela aggrave les trois grands facteurs de morbidité, c’est-à-dire l’affection physique (diabète, pathologie cardiovasculaire ou pulmonaire ), les troubles de santé mentale (dépression, troubles psychotiques ) et l’addiction (alcool, drogue )", décrit M. Verbeeren.

Plus particulièrement, au cours de l’hiver 2009-2010, Médecins du monde a mené une enquête auprès des personnes sans abri avec pour objectif de décrire "la réalité de leur état de santé", souligne M. Verbeeren. Une personne sur quatre estime ainsi être en mauvaise, voire en très mauvaise santé. Principales pathologies ? Elles sont liées au froid ainsi qu’au manque d’hygiène : infections respiratoires, affectations dermatologiques, problèmes aux pieds. Un patient sur deux souffre également d’une maladie chronique, notamment d’un diabète (une personne sur dix), d’une broncho-pneumopathie chronique obstructive ou d’asthme (une personne sur dix). Des problèmes dentaires touchent en outre trois patients sur quatre. L’étude relève encore une prévalence des troubles psychiques (stress, fatigue chronique, troubles du sommeil, troubles anxieux ) beaucoup plus élevée chez le public des sans-abri que dans la population générale. Autres constats, un sans-abri sur trois souffre d’une maladie psychiatrique sévère tandis qu’un tiers des personnes à la rue souffrent d’une dépendance (alcool, médicament, drogue).


Soit autant de souffrances qui nécessitent prévention, prise en charge immédiate et à terme. Or, insiste Pierre Verbeeren, "dans la rue, on reste dans du curatif strict qui arrive en bout de course". Conséquence ? "L’espérance de vie des sans-abri est réduite de 30 ans" : l’espérance de vie d’une personne sans domicile fixe est de 45 à 50 ans, contre 79 ans pour le Belge moyen.

C’est pourquoi, "même si ce n’est pas nécessairement là qu’on attend MDM, l’une de nos revendications principales est d’avoir un plan logement adapté afin de pouvoir envisager de façon quantitative et précise dans chaque grande ville le type de logements qui pourrait convenir aux situations rencontrées par les sans-abri", plaide-t-il. Des logements qui pourraient être des logements sociaux, collectifs, collectifs supervisés, précaires ou encore des squats. "Il s’agit de sortir des grands cadres de la politique du logement et d’avoir une approche un peu plus innovante. C’est absolument nécessaire car, dans la rue, on peut soigner, mais on ne peut pas guérir !"

Savoir Plus

Pour une mort dans la dignité des sans-abri

Collectif. Depuis 2004 s’est formé le collectif "Morts de la rue à Bruxelles", qui regroupe notamment des habitants de la rue ainsi que des associations de première ligne. Sa mission ? Alors que trop de gens meurent dans l’anonymat, le collectif tient à assurer mémoire et dignité aux sans-abri décédés. Concrètement, l’annonce du décès d’une personne qui vit dans la rue ou qui a vécu pendant un temps dans la rue est centralisée auprès d’un point du réseau qui transmet l’information auprès des associations et des habitants de la rue proches du défunt. "Notre volonté est de permettre à la famille proche et aux personnes qui ont côtoyé le défunt de lui dire adieu : écrire un petit texte, rédiger le faire-part, choisir la musique, acheter des fleurs et de les accompagner jusqu’à la mise en bière", explique Bert De Bock, coordinateur du réseau. Chaque année, au printemps, le collectif rend aussi hommage aux personnes décédées dans la rue - elles étaient 35 en 2009 -, une façon "de ne pas oublier les personnes décédées et de permettre aux sans-abri qui vivent encore dans la rue de témoigner de la réalité de leur quotidien", souligne M. De Bock.

Source :  Lalibre.be 

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