Bilan de Sarkozy sur la culture : un vrai naufrage

Publié le par dan29000

A l’heure des bilans, celui de Sarkozy sur la politique culturelle ressemble à un naufrage. Et la gauche, si elle arrivait au pouvoir, serait bien avisée de redresser la barre.

Le bilan du quinquennat de Sarkozy ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion sur sa politique culturelle. Mais en a-t-il d’ailleurs vraiment eu une, déployée sous la forme d’un projet clair et cohérent ? Comment à la fois définir et évaluer la vision sarkozyste d’une politique culturelle, qui se rétracte dès lors qu’on tente d’en saisir les contours ?

Frédéric Martel, producteur de l’émission Soft Power sur France Culture, se livre à un exercice de démontage sévère de ce “sarkozysme culturel” informe. Pour lui, “la culture au sens large est l’une des dérives graves du quinquennat, qui n’en manque pourtant pas – et le pêché originel du sarkozysme”. Sarkozy maîtriserait bien mieux qu’on ne le croit les questions culturelles, en les “combinant à une stratégie de communication habile, à une puissance médiatique hors du commun, à un réseau de patrons de presse intéressés, et à un travail de longue haleine sur les images et internet”.

Tout en faisant l’inventaire exhaustif des ratés successifs de cette politique culturelle à deux étages – un premier sarkozysme beauf, une V2 aux apparences plus dignes –, Martel pointe les artifices d’une pure construction cynique, sans colonne vertébrale, sans idée forte. Assumant son côté “bitchy”, l’auteur se moque allègrement du “système” sarkozyste, par-delà ses premiers emballements de “surplouc” et son récent hommage gênant à Roland “Barthèz” (sorte de mixte sémantique entre Yann Barthès et Fabien Barthez pour parler du sociologue Roland Barthes !).

Si le Président a changé, passant des Bronzés à Robert Bresson, préférant aux concerts de Barbelivien ceux de Dylan, la métamorphose vers un président cultivé est “un peu trop magique pour être crédible”. S’il vise à le représidentialiser, ce deuxième étage – “mi-opération de communication, mi-école de rattrapage” –, bute toujours sur l’absence de pensée articulée autour d’un vrai projet. Le premier sarkozysme culturel n’est pas moins vrai que le second – il n’est pas plus vrai non plus : “ce sont les deux faces d’une même culture middlebrow”, une sorte de front moyen, sans aspérité.

En érigeant en règle d’or ses préférences spontanées (“j’aime/j’aime pas”, rhétorique à partir de laquelle Martel écrit son brûlot), en affichant son obsession des chiffres (le prix des tableaux, le nombre d’entrées des films, les ventes des livres…), en contribuant à la confusion entre les oeuvres et les marques (à l’image de “Zadig et Voltaire”, livre préféré de son ministre Frédéric Lefebvre)…, Sarkozy laisse derrière lui un triste bilan. “Il ne reste rien du sarkozysme culturel de gouvernement” : envolée la lettre de mission au ministre de la Culture, réduits l’abonnement gratuit à un quotidien pour les 18-24 ans (un an seulement pour les 200 000 inscrits les plus rapides) et la gratuité totale des musées publics (réservée aux profs), sans compter les échecs (la carte musique pour les jeunes de 12 à 25 ans) et les lois ineptes (Hadopi, les nominations des présidents de l’audiovisuel public…), etc.

Voué à instrumentaliser les artistes au gré des circonstances, le sarkozysme culturel ne serait, selon Martel, que cette “tentative de prendre ou de conserver le pouvoir” par d’autres moyens. Par contraste, la gauche serait bien avisée de définir son projet culturel, encore flou. Elle pourrait trouver dans le nouveau livre d’Olivier Poivre d’Arvor, Culture – Etat d’urgence, quelques pistes. Pour le directeur de France Culture, l’urgence est précisément de “replacer la culture au coeur d’un projet politique” et de proposer un “new deal culturel”, bâti sur quelques principes forts : garantir à tous, grâce à un investissement massif dans l’éducation aux arts, l’accès égal aux oeuvres ; encourager l’emploi culturel ; réguler la concurrence ; favoriser les jeunes talents ; s’adresser à de nouveaux publics… Les propositions des candidats pourraient s’en inspirer, à moins de considérer que la culture n’est plus un enjeu démocratique déterminant.

Jean-Marie Durand

J’aime pas le sarkozysme culturel de Frédéric Martel (Flammarion), 256 p., 14 € Culture – Etat d’urgence d’Olivier Poivre d’Arvor (Tchou), 152 p., 9,95 €

 

 

Source : LES INROCKS

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Mitsuko 14/01/2012 17:38


Bilan de Sarkozy sur la culture : un vrai naufrage, mais comment pourrait-il en être autrement ...


A l'heure des bilans, celui de Sarkozy sur la politique culturelle est à l'image du personnage, non ???


Et s'il n'y avait que sur la culture, ce serait moindre mal mais c'est surtout ce qu'il a fait mais  surtout sur ce qu'il n'a pas fait ... et il n'a
rien fait sur TOUT ...

dan29000 14/01/2012 18:40



on ne peut pas dire qu'il n'a rien fait, cela c'était plutôt Chirac qui dormait durant les quatre dernières années de son second mandat, Sarkozy lui a fait beaucoup , mais en négatif, en très
négatif pour tous ceux qui ne sontpas dans son monde...