Blagnac, CRA : le scandale perpétuel de l'enfermement des étrangers sans papiers

Publié le par dan29000

Les visites impossibles au CRA de Cornebarrieu


CRAREPORTAGE. Aujourd'hui, on est encore là pour faire du bruit.» “0n”, ce sont des militants politiques, journalistes, élus ou membres d'associations. "Là”, c'est en bout de piste de l'aéroport de Blagnac, à l'entrée du Centre de rétention administrative de Cornebarrieu (CRA) où sont retenus les étrangers sans papiers.
Ce mercredi 4 avril, ils sont une dizaine à ainsi réclamer un «droit d'accès» à cette drôle de prison qui n'en a pas le nom mais dont les petits carrés de pelouse poussent pourtant derrière du fil barbelé.

Les Centres de rétention sont parmi les lieux d'enfermement les moins accessibles de France. D'où la campagne de l'association Migreurop baptisée “Open Acess Now”: il s'agit de tenter de s'entretenir avec les étrangers enfermés. «La démarche est toujours la même, explique une membre de l'association “Le cercle des voisins”. Il faut sonner à l'entrée, s'entretenir avec le personnel du centre, la Police aux Frontières, puis on attend parfois plus d'une heure avant de se voir refuser l'entrée» :

 

Le riant CRA de Cornebarrieu. Photo: DR


Depuis le début de cette campagne, le 26 mars, seuls les parlementaires Kader Arif et Catherine Lemorton ont eu accès à l'ensemble du centre. Pour entrer, les non-parlementaires doivent d'abord résoudre l'énigme du Sphinx: alors que par définition les clandestins sont de parfaits inconnus, les visiteurs sont priés de donner... le nom de la personne qu'ils souhaitent y visiter.

Ces noms sont obtenus au compte-goutte et par la bande: l'identité des étrangers retenus au CRA n'est souvent livrée que par les étrangers qui en sortent.

Une déléguée syndicale chez Air France va faire partie de la prochaine visite. Elle se dit «malade de voir tous les jours des gens se faire expulser sous (ses) yeux à l'aéroport». Un agent de la Police de l'Air aux Frontières (PAF) vient chercher le groupe de visiteurs, cinq maximum.
Contrôle d'identité de ces visiteurs, fouille au corps. Une policière s'amuse et se plaint d'avoir un gant en latex bien plus grand que l'autre. À chacun ses problèmes
Dans la salle 112, le groupe rencontre une réfugiée Nigériane de 23 ans, arrêtée en pleine rue à Narbonne. L'échange dure une demi-heure. Cette sans-papiers raconte n'avoir «rien d'autre à faire de (ses) journées que de prendre ses repas.» Le groupe sort, un troisième lui succède pour une autre visite, puis encore un autre.

La visite du jour se termine. Il est un peu plus de 18h quand un homme crie depuis l'intérieur du CRA. Un dialogue s'installe par dessus les murs. «Je suis dans la merde», lance cet homme. «Qu'est-ce qu'il y a ?», crie en retour une visiteuse. La réponse est laconique:  «Ben, je suis enfermé quoi». S'il y a une suite à cette conversation, elle se noie dans le bruit des voitures qui filent à toute allure sur l'avenue Latécoère qui longe le CRA et celui des avions qui décollent tout près.

Fanny DELPORTE

 

Source : Libération

 

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