Bloc identitaire / Nouveau parti politique fasciste / Analyse

Publié le par dan29000

Le Bloc identitaire, nouveau venu dans la famille de l'extrême droite

Par Jean-Yves Camus | Chercheur en science politique | 19/10/2009



C'est fait : le Bloc identitaire est désormais un parti politique à part entière. Présidé par Fabrice Robert, le Bloc possède désormais sa propre association de financement et s'apprête à s'engager dans la campagne pour les régionales de 2010, au terme d'une convention nationale qui s'est tenue les 18 et 19 octobre à Orange et à laquelle ont participé entre 500 et 600 personnes.
Le créneau politique dans lequel peut espérer s'engouffrer le Bloc identitaire est évidemment étroit, et se place quelque part entre Philippe de Villiers et Jean-Marie Le Pen. Pour espérer sortir de ce que ses animateurs n'hésitent pas à désigner comme « le ghetto de l'extrême-droite », le Bloc a du faire évoluer son logiciel idéologique.
Ainsi, on retiendra deux phrases des interventions du week-end :
• celle de Richard Roudier, future tête de liste de la Ligue du Midi en Languedoc-Roussillon, pour qui « le Front national a déshonoré la notion d'identité » par les déclarations de son leader sur la Seconde Guerre mondiale, que le BI « condamne formellement et absolument »
• celle de Fabrice Robert qui affirme : « Nous ne sommes pas nationalistes, le nationalisme a été un drame pour l'Europe. »

Le BI, variante « sarkocompatible » de l'extrême droite ?
Cette révolution culturelle, si elle s'inscrit dans la durée et est suivie par la base, infirme fortement les analyses qui réduisent le Bloc à un nouveau surgeon de feu Unité radicale.
Outre que la grande majorité des militants du BI n'appartenait pas au mouvement dissous, certains fondamentaux du nouveau parti n'ont plus rien à voir avec ceux des groupes nationalistes-révolutionnaires, en particulier la focalisation sur l'opposition à la supposée « islamisation de l'Europe », sujet sur lequel Fabrice Robert fait figure d'anti-Soral.
De son côté, Christian Bouchet, ancien dirigeant d'Unité radicale, fustige « la mise en place par certains réseaux d'une extrême droite sarkocompatible », qu'il décrit comme « libérale, européiste, favorable à la “landerisation” de notre sous continent et au démantèlement des nations, se référant à l'occidentalisme et au choc des civilisations ». Un point passe particulièrement mal : le refus du Bloc de faire de la surenchère antisioniste.

Les régionales : avec qui, pour quoi faire ?
Jacques Bompard, le maire MPF d'Orange, ne s'est pas montré à la convention du Bloc identitaire. Il a pourtant été un des sujets de discussions. En effet, comme on le pressentait déjà, une liste Ligue du Sud, menée par lui et comportant des militants identitaires, sera bien présente en région Paca : l'annonce officielle devrait en être faite dans les deux semaines à venir.
Certains de se présenter en Languedoc et aussi en Alsace sous l'étiquette « Alsace d'abord » avec Jacques Cordonnier, les identitaires hésitent encore en Rhône-Alpes, où le MPF connaît quelques turbulences internes, et en Haute-Normandie, où Marine Le Pen tient semble-t-il à l'élection de l'ancien mégrétiste Nicolas Bay, devenu tête de liste du FN. Dans les régions où elles seront présentes, les listes identitaires risquent de faire perdre au FN toute possibilité d'obtenir des élus.
C'est là que se pose une question centrale : l'émergence du Bloc identitaire se fait-elle contre Marine Le Pen ? Les identitaires s'en défendent, qui précisent que « personne ne veut insulter l'avenir ». Avant de préciser que, pour parvenir à un accord avec Marine Le Pen, lors d'une éventuelle (mais probable) reconfiguration du Front national, il faudra que ce dernier « évolue sur l'écologie, le régionalisme et le localisme ».
Bref, aucun accord ne sera possible, dit-on au Bloc identitaire, si le FN reste dans sa « logique jacobine et productiviste », et si il demeure souverainiste, les identitaires étant partisans « d'une autre Europe, puissante politiquement ». Tout ceci serait, plus qu'une évolution, une véritable transformation sur le fond, et elle n'est pas acquise, loin s'en faut.

En Europe, c'est la Ligue du Nord italienne fait figure de modèle
La convention identitaire avait pris soin d'inviter des élus étrangers appartenant à la nouvelle vague des partis populistes anti-multiculturalistes : FPÖ autrichien, UDC suisse, Vlaams Belang flamand et populistes catalans.
De ce côté aussi, bien des choses se clarifient. Si les nationalistes flamands étaient représentés par le député Francis Van den Eynde et les catalans par Josep Anglada, le député suisse de l'UDC Dominique Baettig a quitté les travaux plus tôt que prévu, selon lui en raison des « propos outranciers » qu'il a entendus -ce qui ne manque pas de sel pour qui connaît ses récents écrits dénonçant la prétendue interdiction de « toute révision impartiale de l'histoire » (Schweizerzeit n°14, 5 juin 2009).
Même chose avec le lapin posé aux identitaires par le député européen autrichien Andreas Mölzer : celui-ci aura du mal à s'offusquer de la « radicalité » du Bloc identitaire, alors que sa revue, Zur Zeit, titre ce moi-ci à propos de la réhabilitation en cours des déserteurs de la Wehrmacht en 1939-45 : « La désertion est et reste un crime. »
C'est finalement de la Ligue du nord italienne que les identitaires veulent s'inspirer : la Ligue est un parti de gouvernement qui sert d'appoint à la coalition de droite et dont l'opposition frontale à l'islam et à l'immigration ne l'empêche pas d'être reconnu comme une formation « mainstream ».
Ce qui explique sans doute que son représentant à Orange, le député européen Mario Borghezio, ait proposé au Bloc la création prochaine d'une « école européenne des cadres identitaires »

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