Bordeaux CAPC : exposition "Dystopia", dernière semaine

Publié le par dan29000

 

L'utopie est une blague, le pire est à venir, une exposition le montre à Bordeaux

LEMONDE


Comme un coucher de soleil qui n'en finirait jamais, une lumière rouge baigne la vaste nef du Centre d'arts plastiques contemporains (CAPC) de Bordeaux, logé dans d'anciens entrepôts industriels. Une lumière de celles qui annoncent le mauvais sort à venir. On se croirait dans un film de John Carpenter où les zombies règnent en maîtres et les avions tombent pendant de longues 90 minutes.


Bienvenue dans le monde de la "dystopia", un concept anglo-saxon qui définit le contraire de l'utopie. Le récit du moins bon des mondes, qui s'est donné à lire dans des fables mythiques, de 1984, de George Orwell, à Fahrenheit 451, de Ray Bradbury.

 

C'est donc un crépuscule des humains que cette exposition s'applique à mettre en scène, ou plutôt à narrer. Il n'y a plus que quelques jours pour la voir (jusqu'au 28 août), mais elle le mérite. En compagnie du commissaire Alexis Vaillant, chargé des expositions au CAPC et expert en visions originales, l'écrivain de science-fiction Mark von Schlegell a écrit le synopsis de ce long poème catastrophiste qui se lit à travers sculptures, dessins, photos, films. Ensemble, ils ont composé un univers qui se joue du glauque, pour inventer paradoxalement d'autres espoirs.

Le pire est à venir ? Soit, envisageons-le avec les artistes. Comme l'écrit Mark von Schlegell au sujet de cette exposition brillamment science-fictive : "Face au crépuscule des derniers beaux jours de l'ère industrielle et à la conscience de ses ravages généralisés, l'art peut, au mieux, affirmer l'absolue ironie de sa posture et, au pire, au moins témoigner d'une attitude qui, de l'avis de tous, est véritablement apocalyptique."

Stalactites vomissant

Entourés de quelques artistes célébrés, comme l'Américain Dan Graham, 69 ans, ou l'Autrichien Franz West, 64 ans, une quarantaine de jeunes artistes livrent leur regard aussi trouble que "rétro-prospectif". Des stalactites vomissant de Sterling Ruby viennent plagier les gratte-ciel. Imaginés par Mathieu Tonetti dans des photographies aux couleurs absolument artificielles, des chiens apocalyptiques règnent sur un Los Angeles plongé dans la nuit perpétuelle. Des corps se relèvent mal de combats de boue, des jeunes se démolissent à la tequila sur la Riviera post-maya de Cancun, alors que la méduse filmée par Aurélien Froment vient distiller son venin sur l'ensemble.

Les images les plus frappantes se cachent dans les petites salles autour de la nef, qui offrent des paysages pleins d'une mélancolie industrielle. Réduit à une fine poussière aux irisations amiante, un moteur de Boeing devient paysage désertique sous l'action de grâce de Roger Hiorns, lauréat du prestigieux Turner Prize, en 2009. Des aquariums vidés par le Berlinois Michael Stevenson forment une glauque farandole, dérisoire mobilier piscicole devenu maquette d'une terrible ville. En une frappante série de dessins, les visages des victimes d'Hiroshima égrènent leurs plaies et traumas sous le crayon du Japonais conceptuel On Kawara. Déprimant ? Tout au contraire, une énergie paradoxale se dégage de l'hétéroclite ensemble : celle que l'on dit du désespoir ?

Emmanuelle Lequeux (Bordeaux, envoyée spéciale)

 

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Dystopia
Jusqu'au dimanche 28 août 2011
CAPC
C'est à partir d'un scénario proposé par l’écrivain de science-fiction et théoricien américain Mark von Schlegell qu'est née l'exposition Dystopia. Dans ce scénario qui a servi de base à Mark von Schlegell et Alexis Vaillant, curateur au CAPC, pour construire l'exposition, la dystopie, ou utopie à l'envers, a été appréhendée non pas comme une fin mais comme un commencement.
Edition

New Dystopia
L’exposition s’accompagne de New Dystopia, roman en guise de catalogue, écrit par Mark von Schlegell et né de la collaboration entre l’écrivain et Alexis Vaillant, le commissaire de l’exposition sur ce projet.
272 p. (96 pages couleur), Français / anglais, Format 13 x 19 cm
Une Co-édition CAPC musée d'art contemporain, Bordeaux ; Sternberg Press, Berlin, New York

Oeuvres de
Wallace Berman / Cosima von Bonin / Brian Calvin / Tony Carter / Marc Camille Chaimowicz / Peter Coffin / Simon Denny / Andreas Dobler / Roe Ethridge / Keith Farquhar / Hans-Peter Feldmann / Aurélien Froment / Cyprien Gaillard / Isa Genzken / Dan Graham / Robert Grosvenor / Sebastian Hammwöhner / Roger Hiorns / Ull Hohn / Des Hughes / Peter Hutchinson / Sergej Jensen / On Kawara / Michael Krebber / Jesús Mari Lazkano / Rita McBride / John Miller / Pathetic Sympathy Seekers / Manfred Pernice / Stephen G. Rhodes / Glen Rubsamen / Sterling Ruby / Julia Scher / Frances Scholz / Michael Scott / Markus Selg / Reena Spaulings / Michael Stevenson / Tommy Støckel / Josef Strau / Blair Thurman / Mathieu Tonetti / Oscar Tuazon / Franz West / Jordan Wolfson.
Spécial catastrophe : Eugène Isabey

Infos pratiques

Dates / Horaires :
Jusqu'au dimanche 28 août 2011

Tous les jours de 11h à 18h sauf le lundi
Le mercredi jusqu'à 20h
Fermetures annuelles : tous les jours fériés
Lieu :
CAPC

7 rue Ferrère
33000 Bordeaux
Aménagements handicapés
Tarifs :
  • Collections permanentes : gratuit pour tous, tous les jours
  • Expositions temporaires : 5€ et 2,50€ réduit (gratuité sous conditions)

Renseignements :
CAPC

7 rue Ferrère
33000 Bordeaux
Tél. : + 33 (0)5 56 00 81 50
Fax :  + 33 (0)5 56 44 12 07

www.capc-bordeaux.fr

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