Botswana : les Bushmen n'ont plus droit à l'eau !

Publié le par dan29000

La Haute cour du Botswana prive les Bushmen d'accès à l'eau
Par Jenny Joussemet


La Haute cour du Botswana a rendu son verdict le 21 juillet : les Bushmen, habitants ancestraux de la réserve du Kalahari central, n'ont pas le droit d'accéder à l'unique puits d'eau situé sur leur territoire, ni d'en forer un nouveau. Il leur est également interdit d'approvisionner en eau leurs familles vivant dans la réserve.


En 2002, les Bushmen étaient expulsés de leur territoire. Quatre ans plus tard, au cours d'un procès historique, la Haute cour avait statué que ces évictions étaient « illégales et anticonstitutionnelles » et que par conséquent ce peuple avait le droit de vivre sur ses terres ancestrales.

Mais en dépit de ce verdict, le gouvernement botswanais a depuis condamné l'accès à l'unique puits dont la survie des Bushmen dépend. Ils sont désormais forcés de parcourir 480 km aller-retour pour s'approvisionner en eau. Une femme au moins est déjà morte de déshydratation.

Face à cette injustice, les Bushmen ont intenté un nouveau procès afin de regagner l'accès à l'eau, procès qui vient de se solder par un échec. Bien que le caractère essentiel du droit d'accès à l'eau soit internationalement reconnu, notamment par le Conseil économique et social des Nations unies, il est encore loin d'être effectif pour les Bushmen.
Un jugement visant à chasser les Bushmen de leurs terres

Mercredi, la Haute cour du Botswana a ainsi refusé aux Bushmen l'accès à l'eau, le juge ayant déclaré :

« Aucune indication sur la quantité d'eau requise ne m'a été présentée […]. En conséquence, les demandeurs n'ont pas le droit […] d'extraire de l'eau ».


Les autorités ont de leur côté souligné qu'elles n'avaient pas à fournir de l'eau aux Bushmen dans la réserve du Kalahari.

Pour le juge, si les Bushmen tiennent tant à avoir accès à l'eau, rien ne les empêche de s'installer près d'une autre source. Il semble ignorer le fait que les Bushmen veulent simplement bénéficier de leur droit constitutionnel à vivre sur la terre de leurs ancêtres. Or, comment vivre dans l'une des régions les plus arides du monde sans eau ?

Jumanda Gakelebone, porte-parole bushman a déclaré dans un communiqué :

« C'est un triste jour. Si nous n'avons pas d'eau, comment allons-nous vivre ? Cette décision n'a aucun sens, nous allons faire appel ».


L'organisation Survival International a indiqué qu'elle soutiendrait les Bushmen au cas où il y aurait appel et qu'elle allait dès à présent renforcer sa campagne ciblant le tourisme au Botswana.
Le gouvernement : diamants et tourisme justifient cette expulsion

Cette injustice a toutefois une cause bien précise : le profit. Loin de s'intéresser au sort des Bushmen, le gouvernement a autorisé l'ouverture d'un lodge de safaris sur leur territoire, sans le consentement préalable des communautés concernées. Wilderness Safaris a ainsi construit en 2009 un important complexe touristique avec, notamment, une piscine au cœur de la réserve et de nombreux points d'eau exclusivement destinés à la faune sauvage.

Les Bushmen ainsi que les organisations non-gouvernementales sont par ailleurs convaincus que l'expulsion de ce peuple est également due à la présence d'importants gisements de diamants. Leur réserve se situe en effet au cœur de la région la plus riche en diamants au monde.

Après avoir été suspendu en raison de la récession globale, le projet diamantifère est réapparu. La compagnie Gem Diamonds a acquis la concession de Gope situé en territoire Bushmen en 2007. Elle affirme aujourd'hui que les Bushmen sont favorables à la mine, mais ces derniers n'ont en réalité obtenu aucune information indépendante sur ses impacts potentiels.

Le gouvernement botswanais nie toutefois cet argument, prétendant que
les Bushmen ont été évincés pour des raisons de conservation. Ce qu'il veut avant tout, c'est que les Bushmen quittent cette réserve et deviennent de bons citoyens botswanais, loin de toute « sauvagerie ».

Ainsi contraints de quitter leur terre ancestrale, les Bushmen sont parqués dans différents camps de relocalisation où alcoolisme, dépression et maladies sont monnaie courante.

Source : RUE 89

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