Brésil : la construction du méga barrage de Belo Monte reprend

Publié le par dan29000

Le Belo Monte sous pression économique

Arrêtés puis relancés cet été, les travaux du troisième plus gros barrage hydroélectrique au monde impliquent de tels investissements que le gouvernement brésilien les soutient contre sa propre Constitution.

 

La construction du troisième plus gros barrage au monde, le Belo Monte, a été relancée le 28 août. Cette décision prise la veille par le tribunal suprême fédéral (TSF), plus haute instance juridique du Brésil, laisse apparaître un désaccord profond sur les choix de développement énergétique du pays. Le décor paraît simple : d’un côté, le gouvernement soutient le projet du barrage de l’entreprise Norte Energia dans le cadre de son programme de développement énergétique. De l’autre, les populations indigènes, des mouvements écologistes et des organismes internationaux se battent contre le Belo Monte, redoutant qu’il n’implique une réduction du débit d’eau en aval du fleuve Xingu et un préjudice pour les Indiens qui vivent de la pêche. Au centre, le barrage donc, d’un coût total estimé à 26 milliards de reals (environ 10 milliards d’euros), d’une capacité de 11 233 MW (mais seulement 4 571 MW d’assurés pendant six mois de l’année), dont 13 % seront utilisés localement et 30 % revendus à l’étranger.


Riche en rebondissements de dernière heure, la bataille juridique, en réalité, dure depuis 2005, date du vote d’un décret législatif autorisant l’implantation de l’usine hydroélectrique de Belo Monte. À l’époque, des ONG et procureurs de la république s’y opposent, arguant de son anticonstitutionnalité, et saisissent le TSF. En effet, la Constitution brésilienne indique que « les populations indigènes doivent être consultées auparavant par le Congrès national et aucun autre organisme délégué », explique Lucio Flavio Pinto, journaliste spécialiste de l’Amazonie et auteur de plusieurs livres sur le sujet. Les juges, toutefois, rejetteront le recours pour vice de procédure. Il faudra attendre sept ans pour que l’un d’eux accepte de suivre le dossier. Le 13 août dernier, le tribunal régional fédéral de première région vote l’inconstitutionnalité du décret et demande l’arrêt immédiat des travaux sous peine de payer 500 000 reals (près de 200 000 euros) par jour. La suspension prenait effet le 23 août.


Mais le 28 août, seulement cinq jours plus tard, l’État saisissait à son tour le tribunal suprême fédéral, lequel retiendra finalement l’argumentation de l’avocat du gouvernement, selon lequel l’arrêt entraînerait « des dommages notables et irréparables du patrimoine public, de l’administration, de l’économie et de la politique énergétique brésilienne ». Dit autrement, plus le barrage – dont l’ouvrage a démarré en janvier 2012 – est bloqué, plus l’argent investi – 5 milliards de reals – est perdu. Pour Lucio Flavio Pinto, « il apparaît clairement que le tribunal suprême préfère laisser de côté la loi et se soumettre à la réalité des faits accomplis. Ils prévaudront pour des raisons économiques ». Et plus le temps passe, plus la pression économique augmente, moins il devient probable que le projet soit stoppé. D’ailleurs, si certains militants des mouvements anti-Belo Monte continuent les manifestations, beaucoup n’y croient plus. « Essayer d’arrêter le barrage ne sert plus à rien. Notre lutte, aujourd’hui, vise à garantir les droits des populations locales, entre autres en négociant des compensations », explique Paulinia, de la fondation Vivir, Producir et Preservar. Ce mardi 4 septembre, toutefois, le ministère public a déposé un nouveau recours auprès du TSF, rappelant la non-conformité de la décision d’engager les travaux du barrage. Un dernier épisode susceptible de leur redonner de l’espoir, même si l’action risque bien à son tour d’être balayée par le gouvernement, selon les mêmes arguments économiques.

 

 

Claire Lecoeuvre

 

 

SOURCE / L HUMA

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