Brésil : pas d'extradition pour Battisti, ultime décision politique de Lula

Publié le par dan29000

 

 

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Brésil : Lula refuse d'extrader Cesare Battisti vers l'Italie
Par Hubert Artus | Rue89 | 

 

 

 

Au dernier jour de son mandat, le président brésilien Lula a refusé d'extrader Cesare Battisti vers l'Italie. Depuis que le Tribunal suprême du Brésil avait donné, fin 2009, son feu vert à l'extradition de l'Italien (écroué depuis trois ans), le sort de l'ex-activiste d'extrême gauche devenu auteur de polars, autrefois réfugié en France, était entre les mains du président.

Selon la Constitution brésilienne, c'est le chef de l'Etat qui a le dernier mot. Néanmoins, le Président du Tribunal suprême brésilien, Cesar Peluzo, doit encore signer l'ordre de libération de Battisti. Or, Peluzo est fortement favorable à l'extradition. Et devrait prendre son temps pour signer.

Cependant, l'avocat brésilien de Battisti, Luis Roberto Barroso, rappelait vendredi qu'en l'absence d'une signature de Peluso, le ministre de la Justice peut tout à fait signer.

En outre, le Tribunal devrait chercher à analyser cette dernière décision de Lula, pour estimer si elle est ou non conforme aux accords d'extradition entre le Brésil et l'Italie. Quelques heures après l'annonce de Lula, Cesar Peluzo a fait savoir qu'il ferait examiner la conformité de la décision présidentielle.

Réfugié durant une quinzaine d'années en France, l'ex-activiste du mouvement des Prolétaires armés pour le communisme (PAC) était entré dans la clandestinité le 21 août 2004 pour éviter l'extradition vers son pays.
Il y avait été condamné par contumace en 1993 à la perpétuité pour quatre » homicides aggravés » commis en 1978 et 1979 -les années de plomb-, qu'il a toujours niés.

Réfugié en France, puis au Mexique, puis de nouveau en France depuis les années 90, Cesare Battisti avait, comme l'y obligeait la » doctrine Mitterrand » de 1985, rompu avec l'activisme armé et entamé une carrière d'écrivain de romans policiers. Il était aussi le concierge de son immeuble parisien, pour arrondir les fins de mois et subvenir aux besoins de ses deux filles.
Réactions italiennes

Dès jeudi, sachant qu'il était improbable que Lula se prononce en faveur de l'extradition l'Italie tonnait à tout va. Dans une interview au Corriere della Sera, le ministre de la défense italien, Ignazio La Russa, se déclarait « prêt à soutenir des initiatives de boycottage » en cas de non-extradition.

Selon l'habituel mode de pression qu'utilise son pays depuis le début de cette « affaire » en 2004, la Russa précisait qu'un éventuel « non à l'extradition ne [serait] pas sans conséquence », voyant dans ce « non » prévisible « une grande blessure dans les rapports bilatéraux » entre le Brésil et l'Italie, stipulant le « grand manque de courage » de Lula « parce que lui s'en va, mais le Brésil reste ».

Il giornale, quotidien appartenant à la famille de Silvio Berlusconi, titre déjà « Battisti restera libre de tuer la justice ».
Réactions françaises

Pour sa part, Bernard-Henri Lévy, qui depuis 2004 soutient la cause d'une justice équitable pour Battisti, et avait été le rencontrer en 2007, dans sa prison des alentours de Brasilia, se « réjouit de la sagesse du Président Lula ».

« C'est une décision avisée. La décision d'un homme qui a pris le temps de se plonger dans le dossier, de vérifier ses nombreuses irrégularités et de prendre la mesure de sa dimension exagérément passionnelle.

J'ajoute que cette décision soulage tous ceux qui, en Italie même, ont le souci de tourner la page des années de plomb ou alors de traiter, oui, ces années, de les penser, mais sans passion, avec équité et en évitant la terrible logique du bouc émissaire et ses pieges. »


Source : RUE 89

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