Brest : la précarité érigée en système, 31 ans de CDD dans la fonction publique

Publié le par dan29000

 

 

 

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Nadine (*) a signé son premier contrat dans la fonction publique à l'âge de 19ans. Aujourd'hui, elle en a 55, mais va toujours de CDD en CDD. Soutenue par le syndicat Solidaires, elle témoigne dans lecadre dela journée nationale contre laprécarité.

«J'ai travaillé à l'hôpital, en crèche municipale, dans l'Éducation nationale comme agent administratif... Je suis opérationnelle. Partout où je suis passée, je plaisais. J'ai gardé le contact avec plusieurs de mes collègues». Mais, jamais, la porte de la titularisationn'a été ouverte à Nadine. Son dernier contrat a pris fin le 3décembre. Avant la période des fêtes de fin d'année. «C'est beaucoup de chagrin». Aujourd'hui, Nadine fait partie de ce que l'on nomme sans détours «le vivier» de l'Éducation nationale. «Je peux être appelée à 8h du matin pour commencer dans la demi-heure». Elle évoque l'investissement dont elles et ses semblables font preuve spontanément pour être opérationnelles.

300 € pour vivre à la retraite

«Nous nous formons à des logiciels. La nuit, il m'arrive denepas dormir. Inquiète de savoir si j'ai bien fait les choses. Certaines collègues, auxiliaires de vie sociale, travaillent auprès d'enfants handicapés qui s'attachent à elles. Puis, du jour au lendemain, voilà, c'est fini». Après 35 ans passés au service de la fonction publique, Nadine a fait le calcul du montant qu'elle percevrait si elle partait à la retraite. «Après avoir également élevé trois enfants, j'aurais 300€ pour vivre». La précarité dans la fonction publique n'est pas une question marginale. Olivier Cuzon, du syndicat Solidaires, avance des chiffres «Ils comptent pour 16% des effectifs, soit un million de personnes.

Et, encore, on n'intègre pas les contrats aidés. C'est un tiers des travailleurs précaires en France». Les effets de cette instabilité sont connus. «Ça se traduit par une dégradation des conditions de travail car ils ne sont pas ensituation de faire valoir leurs droits. À plus long terme, ils ont des difficultés à se projeter dans l'avenir, à obtenir des prêts...». Une étude américaine aurait aussi montré qu'il y aurait une incidence sur la dégradation physique et mentale des salariés précaires. «Elles tombent davantage malades pour des raisons de manque d'estime de soi, etc.».

«Dans le privé c'est illégal»

Olivier Cuzon rappelle encore que dans la fonction publique, des personnes précaires sont embauchées sur des besoins permanents de service. «Dans le privé, c'est illégal». Sur cette question, Nicolas Sarkozy a ouvert des négociations avec les syndicats. «Des contrats à durée indéterminée vont être proposés aux employés qui ont six ans d'anciennetésur les huit dernières années».

Nadine en sera-t-elle bénéficiaire? «Je ne pense pas». Pour Solidaires, la mesure n'est pas satisfaisante. «Plein de gens resteront sur le carreau et ne bénéficieront jamais de ces CDI», argumente Olivier Cuzon. La seule revendication légitime est la titularisation de tous les contractuels car ils ont fait leur preuve du fait du renouvellement de leurs contrats année après année».

(*) Nadine est un prénom d'emprunt.

  • Karine Joncqueur

Source : LE TELEGRAMME

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