Bretagne : Brennilis, déconstruction compliqué d'une centrale

Publié le par dan29000

Brennilis, dans le Finistère, est un site électrique emblématique. Cette centrale nucléaire des années soixante, arrêtée en 1985, n’en finit pas d’être démantelée. Visite d’un site en déconstruction.

Vu du Roc’h Tréduhon (387 m), plus haut sommet de Bretagne, Brennilis est noyé dans le paysage verdoyant des Monts d’Arrée, en bordure du réservoir artificiel du lac Saint-Michel. Nous sommes au cœur du Parc naturel régional d’Armorique, qui a été créé peu de temps après la mise en service de la centrale en 1967. A deux kilomètres du village et de ses 371 âmes, l’enceinte massive du réacteur sur le dôme duquel un faucon pèlerin a élu domicile, domine le site complètement clôturé d’un double grillage cerclé de barbelés. Mais c’est 150 m plus loin, en bordure du plan d’eau artificiel Saint-Michel, dans la Maison du lac, ex-cantine des 250 salariés au plus fort de l’exploitation, que l’on fait connaissance avec cette centrale tout à fait unique. « C’était le seul exemplaire industriel de la filière eau lourde », explique Xavier Petitjean, qui a dirigé l’établissement jusqu’à début juillet.

Mis à l’arrêt en août 1985, Brennilis connaît depuis une fin mouvementée. « Aujourd’hui nous sommes en stand-by ! 40 personnes y travaillent pour la seule surveillance. Pour une question de procédure mise au jour par une association, le démantèlement complet engagé depuis 2007 est arrêté. Il faut tout recommencer », explique l’ingénieur d’EDF qui rassure très vite son monde. « 99,9 % de la radioactivité a été enlevée avec le déchargement du combustible, la vidange, le rinçage et le séchage des circuits opérés entre 1985 et 1992. »
Déconstruction partielle

Tout recommencer signifie, refaire la demande d’autorisation de démantèlement avec enquête publique à la clé comme l’exige la loi sur la sûreté nucléaire de 2006. Avant la suspension des opérations, EDF et le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) lequel avait construit cette centrale de première génération, avaient engagé depuis 1997 le démantèlement partiel de Brennilis. Plusieurs bâtiments nucléaires ont été ainsi démolis dont ceux de la réception, du stockage et contrôle du combustible, celui de l’entreposage des déchets solides, la station de traitement des effluents. Des édifices qui ont fait l’objet auparavant d’un assainissement complet des structures : béton et ferraille sur une épaisseur suffisante.

Il faut montrer patte blanche pour entrer sur le site. Les opérations deviennent encore plus méticuleuses et précises une fois dans l’enceinte du réacteur. On vous habille des pieds à la tête avant de vous laisser franchir, muni de votre dosimètre, l’un après l’autre, l’ultime sas.
Toutes les deux heures

« Ça fait drôle. On ressent un vide. Ça ne vit p lus », lâche Xavier. Le vrombissement des ventilateurs est assourdissant. Mieux vaut s’être désaltéré et être passé aux toilettes avant d’entrer, interdiction absolue de le faire dans le blockhaus. L’air qu’on y respire est renouvelé toutes les deux heures. our passer vers le bloc réacteur, un passage a été aménagé. Il a fallu 12 h de scie diamant pour couper le béton de 80 cm. Et là on lève les yeux. L’alignement d’immenses colonnes d’acier inoxydable de 20 m qui pèsent chacune 37 t. Les bouteilles des deux échangeurs de chaleur. Il y en a 16 en tout qu’il faudra démonter. C’est trois ans de travail pour 70 personnes. « Une cathédrale ! », s’exclame Jean-Christophe Bouty qui va prendre la succession de Xavier Petitjean.

Par l’escalier, on grimpe sur le toit du bloc réacteur, deux mètres en dessous, il y a la cuve « Ce sera le gros morceau du chantier avec son architecture très complexe de tubes force, de barres de contrôle », remarque l’ingénieur. Sur une paroi, une inscription : « 1992 : voilà c’est fini ! ». Avec une signature. Le graffiti historique d’un agent de la déconstruction partielle. Le retour est un parcours du combattant avec batterie de contrôles dans des appareils dernier cri pour déceler la plus infime des contaminations radioactives. A Brennilis, on reste en dessous de normes minimales naturelles. « Imaginez le personnel qui fait ça deux à trois fois par jour. » Un personnel toujours en attente d’une reprise du chantier. Brennilis ne sera rendu à la nature qu’après 2020.
Bernard KRATZ.

Publié le 25/07/2010

 

Source :  Républicain lorrain.fr

Publié dans environnement

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eastwood 14/08/2010 03:12



Bigre, c'est carrément la galère pour se débarasser des vielles centrales. Fermée en 1985 et on en parle encore, 25 ans plus tard ? ? ? Je n'avais jamais entendu ce type d'information.