Campagne "Annulation de toutes les dettes dues aux banques, entretien avec Sophie Boiszeau

Publié le par dan29000

Interview de Sophie Boiszeau, responsable de campagne.


Dans Communisme-Ouvrier n°24 (bulletin de septembre 2012)


Les militants de l’initiative communiste ouvrière ont décidé de lancer une campagne autour de la revendication, “Annulation de toutes les dettes personnelles dues aux banques et autres organismes de crédits”. n’hésitez pas à nous contacter pour y participer, construire avec nous des collectifs locaux, et organiser des actions pour obtenir satisfaction. 


 

1/ On dit souvent que les gens s’endettent parce qu’ils sont imprévoyants ou dépensiers. Qu’en penses-tu ?

On s’est rendu compte, que l’on soit précaire ou salarié, jeune ou retraité, qu’il était de plus en plus difficile de joindre les deux bouts, d’affronter les factures et impayés qui s’accumulent, d’appréhender le cout de la vie qui augmente face à des ressources qui stagnent voire diminuent. L’augmentation récente du smic, qui revient à 0,60 cts net, ne permet certainement pas d’équilibrer le budget. On nous a promis le changement, sauf qu’on ne le voit pas arriver et qu’il n’a été qu’un effet d’annonce électorale. La classe ouvrière est de plus en plus précaire et en grandes difficultés pour vivre son quotidien. Malgré cela, le gouvernement voudrait qu’elle mette encore la main à la poche pour éponger la fameuse crise. Seulement, on passe notre vie à travailler, à la gagner, et nos loisirs se résument à calculer notre budget défaillant, à angoisser des lendemains qui déchantent, à vivre une vie entre parenthèses, dans la crainte de l’aléa financier qui viendra définitivement nous couler. On est étouffé, étranglé par les imprévus, les factures qui s’accumulent face à un  budget quotidien qui explose. Alors on prend un crédit, puis un deuxième, puis un autre pour rembourser les deux premiers. Ou alors on essaie encore de sortir la tête de l’eau comme on peut, avec des crédits revolving alléchants proposés dans les commerces ou grandes enseignes lorsqu’on fait nos courses. On nous tente encore et toujours. On nous incite à acheter, à dépenser de l’argent fictif, quand il ne s’agit pas de rembourser des traites. Puis on vit sa vie en intérêts bancaires. Les créanciers commencent leurs harcèlements et on entre dans le cycle infernal de l’endettement à durée indéterminé, car la vie continue, à moins d’avoir une vieille tante qui apparaisse soudainement pour sauver la mise. On peut toujours rêver, mais pas les banquiers !

 

L’endettement fait donc aujourd’hui partie du quotidien, et n’est plus un fait rare et isolé, que l’on soit précaire, ouvrier ou à la retraite. Même les jeunes se retrouvent à rembourser des crédits ayant financé des études qui n’ont pas abouties sur un emploi. Joli départ dans la vie ! Nous connaissons tous dans notre entourage, des personnes endettées, surendettées. L’année dernière avait été marquée par un record. Le nombre de nouveaux dossiers de surendettement augmentait de 218 000, correspondant donc à autant de personnes plongées dans une situation financière inextricable. Le surendettement passe bien souvent par la case des crédits à la consommation ou revolving. Le chômage, les bas salaires, les retraites dérisoires n’épongent plus les charges de la vie courante, comme le loyer ou les factures de gaz ou d’électricité. Elles sont devenues insupportables et la plupart du temps, à l’origine de l’endettement. Donc rien à voir avec le fait d’être imprévoyants puisque c’est l’Etat lui-même qui nous rend dépensier.

2/ Est-ce que cette campagne concerne seulement le problème du surendettement ?

Qui dit endettement, surendettement dit argent. L’argent est le nerf vif qui dirige la société capitaliste autour des profits, de la consommation à outrance. Rien n’est gratuit, tout à un prix, que ce soit pour vivre notre quotidien, ou alimenter les dettes de l’Etat. Cette campagne sur les dettes personnelles, nous permet aussi d’aborder tout ce qui touche à l’argent et aux taxes dont on est soumis chaque jour  :

D’abord, la question de la crise de l’Etat, intrinsèquement liée et responsable des dettes privées :

On nous crie sur tous les toits de venir sauver le pays en proie à la dette et à un avenir incertain. On nous met la pression, on nous accuse, on nous culpabilise, on créée la psychose collective économique. « Attention, après la Grèce, ce sera France ! », «   Au secours », crient les banques et les actionnaires « braves gens, venez vite nous sauver et vous vous sauverez vous-même du chaos ! »

Alors, tout devient sujet au remboursement de la dette publique. Tout ce que nous possédons, tout ce que nous achetons, tout ce dont nous avons besoin ne sera jamais gratuit :

- Etre redevable d’impôts ou de taxes : parce qu’on travaille, parce qu’on a un logement, une voiture, une télé…

- Payer un loyer, des charges, …etc, pour avoir le droit de se loger, d’avoir un toit, un endroit pour vivre.

- Percevoir des pensions de retraites, des allocations de base ou un salaire, des ressources de misère contre une force de travail vendue pour rien aux patrons, aux entreprises et aux exploiteurs de toutes espèces.

- Se soigner, en cotisant sur son salaire puis en cotisant pour des mutuelles qui augmentent chaque année et ne couvrent pourtant plus toute une gamme de médicaments qui ne sont plus remboursés, des appareillages de plus en plus chers, des soins dentaires exorbitants…

- Le pouvoir d’achat défaillant, la vie chère non alignée sur les revenus.

- Les augmentations incessantes des énergies, des transports en communs, des frais de gardes…

Bref, une multitude de sujets qui sont liés de près à notre capacité ou non de payer, à notre capacité ou non de vivre une vie décente, à notre capacité ou non de pouvoir la gagner. Dans la société capitaliste, tout est matière à s’endetter.

3/ Pourquoi une campagne sur l’Annulation des dettes personnelles maintenant ?

Nous avons donc mis en place cette campagne, demandant l’Annulation de toutes les dettes personnelles aux banques et autres organismes de crédits, pour redonner un souffle de vie et d’espoir à ceux qui triment et qui croulent sous les dettes provoquées par la société capitaliste, qui n’accorde des profits qu’aux riches et n’efface les dettes que des banquiers. Dans cette société, il n’y a que l’Etat capitaliste qui a le droit de se surendetter sans limite pour aider les banquiers et les industriels. L’endettement est sans risques pour eux, puisque c’est la population qui paie les frais par des mesures d’austérités qui aggravent encore les conditions de vie de tous, et en particulier, des plus démunis et travailleurs pauvres, à qui on fait la morale sur leurs surendettement. La crise frappe de plus en plus le monde du travail. Il n’y a que les ministres qui le contestent. Il est vrai qu’ils ont plus volontiers le regard fixé sur la courbe des profits des grandes entreprises, que sur les statistiques du surendettement ! Le gouvernement dénonce la responsabilité des organismes de crédits, certes, mais en réduisant les retraites, en n’accordant que des broutilles ou en gelant les salaires et les pensions, il condamne de plus en plus de gens à choisir entre la misère et les usuriers (métier d’avenir dans le capitalisme en crise !). Ce qui se traduit le plus souvent par les deux ! On se doute bien dans ces conditions, que ce n’est pas la récente loi Lagarde, sensée encadrer le crédit à la consommation, mais qui consiste à augmenter les crédits sans toucher aux taux d’intérêts exorbitants, qui va changer quoi que ce soit. En tout cas, ça ne va pas freiner les banques.

Ce n’est pas à la classe ouvrière de vivre à crédit, d’être étouffée par les dettes alors que les gouvernements successifs extorquent toujours plus aux travailleurs, par des plans d’austérité, par une inflation galopante ! Nous n’allons pas attendre encore pour savoir à quelle sauce la bourgeoisie va nous manger, mais au contraire, nous devons défendre notre peau. Nous devons imposer l’augmentation générale des salaires et des pensions et leur indexation sur les prix pour ne plus être contraints à emprunter et vivre à crédits ! Fini de payer !

Donc la seule issue à l’endettement, la seule issue pour retrouver un pouvoir d’achat décent et si cher à notre société capitaliste, c’est l’Annulation pure et simple de toutes les dettes personnelles dues aux banques et autres organismes de crédits. On a tous à y gagner !


Blog de la campagne : http://campagneannulationdesdettesprivees.wordpress.com/

Pour tout contact :  Sophie Boiszeau : 07.87.79.46.02

Ou par mail : contact@communisme-ouvrier.info

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