Cancun "COP 16" : nouvel échec ou très faibles avancées ?

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

Climat : on s'était dit rendez-vous à Cancún
Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 


Après l'échec du sommet de Copenhague, celui de Cancún, qui suscite peu d'espoir, pourrait permettre de discrètes avancées.




Sous le soleil de Cancún, les négociations sur le climat qui débutent ce lundi ont-elles plus de chances d'aboutir que dans la septentrionale Copenhague ? Cette fois, personne n'attend de grand soir, ce qui permettra peut-être à certains dossiers de faire de discrètes avancées.

Le programme de la « COP16 » » (ou conférence des Nations unies sur le changement climatique, épisode seize) est le même que celui de la COP15 de Copenhague : préparer l'après-Kyoto. Le protocole signé en 1997 prend fin en 2012. Les Etats sauront-ils retrouver un tel cadre d'engagement pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, ou va-t-on encore se dire rendez-vous dans un an ?

Au pire, reste encore la COP17 de Durban (Afrique du Sud) l'an prochain pour fixer les nouvelles règles. En attendant, les pronostics sur le réchauffement climatique sont de plus en plus pessimistes.

Le « Met office » (service britannique de météorologie) de Londres vient d'annoncer que les températures mondiales étaient plus élevées que jamais. Rien d'étonnant puisque les émissions de gaz à effet de serre ont atteint des records historiques.

Revue de ce qui peut sortir de ces dix jours de réunion à 194 pays dans la station balnéaire mexicaine.
Quand on espère peu, on risque moins d'être déçu

On se souvient que les ONG avaient fait monter la pression l'an dernier à Copenhague : il ne s'agissait rien de moins que de « sauver la planète ». Aujourd'hui, les mêmes se demandent : « A quoi bon aller à Cancún ? » Les responsables aussi ont pris une leçon de realpolitik dans la capitale danoise. Et se la jouent modestes :
« Une solution globale et qui résoudrait tout n'existe pas », a déclaré Christiana Figueres, la Costaricaine qui chapeautera les négociations au nom de l'ONU. Son patron, Ban Ki-moon, a même jugé « improbable » un accord contraignant.
« S'il y a un succès à Cancún, ça ne pourra être qu'un succès très modeste, voire un accord de façade, portant sur des éléments provisoires et partiels », estime Brice Lalonde, l'ambassadeur français sur ce dossier.
Dans ce contexte, on comprend qu'Al Gore, prix Nobel de la paix avec le Giec, soit « un peu déprimé ». Même la patronne d'Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, s'avoue »pas optimiste mais déterminée ».

« A Copenhague, les ONG pensaient que les politiques signeraient un accord parce qu'ils étaient sous la pression de l'opinion publique. Finalement, la dramatisation du moment avait joué un rôle négatif », remarque Jacques Lecacheux, économiste à l'OFCE. A contrario, l'ambiance de Cancún pourrait être plus sereine et studieuse.
De petites avancées valent mieux que rien

A défaut d'un accord global où chacun s'engagerait sur des réductions chiffrées d'émissions de gaz à effet de serre, des dossiers connexes ont de bonnes chances de progresser. Lesquels ?
Les forêts : il se dit que le plan de lutte contre la déforestation est mûr. Le mécanisme en question, dénommé Redd (pour « reducing emissions from deforestation and degradation »), récompenserait la protection des surfaces boisées.


Mais attention aux effets pervers : planter de nouvelles forêts, comme le font la Chine et l'Inde, n'est pas aussi bénéfique que de ne pas détruire des forêts anciennes.
Le « fonds vert » : à Copenhague, des sommes devant permettre aux pays du Sud de faire face au changement climatique avaient été promises. 30 milliards de dollars par an devaient être versés d'ici 2012, puis 100 milliards d'ici 2020…

Las, l'UE peine à racler les fonds de tiroir, prélève sur l'aide au développement, et le compte n'y est pas. La députée européenne Eva Joly exige que « cette question soit prise au sérieux, car on ne peut pas demander aux plus pauvres de faire des sacrifices si on ne tient pas nos engagements. »
La vérification : pour l'instant, chaque pays déclare sur sa bonne foi les efforts accomplis pour baisser ses émissions de gaz à effet de serre et aucune sanction n'est prévue en cas de non respect des engagements. Jacques Lecacheux pense qu'on pourrait aller plus loin :

« On pourrait imaginer une agence internationale comme il en existe dans le domaine de l'énergie atomique, qui irait mettre son nez dans les affaires nationales… Mais des pays comme la Chine y sont totalement opposés. »

Les transferts de technologies : le député européen Yannick Jadot annonce qu'il y a « presque un accord » sur le transfert de brevets sur les énergies propres. Il invite l'Europe à « ne pas devenir un musée : sur les cinquante entreprises leaders en technologies vertes, vingt-cinq sont asiatiques, vingt-deux américaines et seulement trois européennes », rappelle-t-il.
Derrière le climat, la diplomatie continue

Quel jeu jouent l'Europe, les Etats-Unis et la Chine, les trois plus grands pollueurs ?
L'Europe tente de se montrer à l'avant-garde et propose de réduire non plus de 20% mais de 30% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020 (par rapport à 1990), sous condition d'un accord international.


Mais derrière cette résolution de façade, les Etats ne sont pas d'accord entre eux. Au moins sera-t-elle représentée par un négociateur commun et les chefs d'Etat ne seront pas là pour brouiller les cartes.
La Chine est dans une position très particulière : si l'on prend ses émissions de CO2 par tête, elle est à classer dans le camp des pays en développement, qui doivent bénéficier d'aides. Mais si l'on considère les émissions globales du pays, elle est devenue le premier pollueur de la planète.

Elle rappelle à l'envi que les pays du Nord ont une responsabilité historique dans le réchauffement climatique et attend d'eux le premier pas. Tout en travaillant à réduire l'intensité carbone de sa production.
Les Etats-Unis, après la victoire des Républicains aux élections de mi-mandat, sont paralysés. Contrairement à l'an dernier où Obama portait encore l'espoir, là il est certain que le dossier du climat restera bloqué pour les deux ans à venir. Ce qui n'empêche pas le pays d'être opportuniste sur les énergies vertes.

Entre une Europe volontariste mais divisée, une Chine en retrait et crainte et des Etats-Unis attentistes, le plus probable est que l'on va se donner rendez-vous l'an prochain à Durban.

L'enjeu de Cancún est donc principalement de savoir si le cadre onusien est toujours valable pour ces discussions ou si elles sont amenées à être débattues dans des comités plus restreints. Faudra-t-il oublier les réunions à 194 pays et remettre les décisions dans les mains du G20 ?


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