Capitaine Paul Watson, entretien avec un pirate, éditions Glénat

Publié le par dan29000

 

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 Pour la sortie de ce livre en mai, Paul Watson devait être en France. Ce ne fut hélas pas le cas puisqu'il se retrouva dans une prison allemande avec une demande d'extradition de la part du Costa-Rica et de son gouvernement corrompu. Célèbre dans le monde entier, le créateur de "Sea Shepherd" (Berger de la mer) n'a jamais fait l'unanimité. Il fut parmi les fondateurs de Greenpeace avant de quitter la structure en ne ménageant pas ses critiques, d'ailleurs présentes dans ce livre.

 

 Premier document en français sur le défenseur de la faune marine, ce livre vient combler une lacune. En effet si les documents filmés ou les articles sont nombreux sur ce "pirate" international qui passe toute sa vie à protéger les animaux de mer, rien n'existait encore dans le domaine du livre. Et la réussite de l'entreprise est totale.

 

 Lamya Essemlali qui s'entretient longuement avec Watson, est entrée en 2005 dans l'équipe de Sea Shepherd Conservation Society, après avoir justement rencontré Watson à Paris. Elle en est la présidente depuis 2008 et a participé à sept campagnes en mer. Elle joue également le rôle d'interprète du capitaine lors de ses conférences publiques en France. C'est donc dire si elle le connait bien.

 

 Le danger évident était donc une certaine complaisance dans ses questions. Il n'en est rien et le livre n'évite pas les controverses, notamment entre Greenpeace et Sea Shepherd, ni les aspects illégaux des actions de Watson, ni les multiples critiques de ses détracteurs qui l'accusent d'être plus préoccupé par le sort des animaux que par celui des humains. Critique d'une grande mauvaise foi bien classique, assénée à tous les défenseurs des animaux, que cela soit sur la protection de la faune, l'abolition des corridas ou la dénonciation des expériences sur les animaux dans les laboratoires. Sans parler des polémiques malsaines sur les destructions d'emplois vis à vis des pêcheurs quand les bateaux des activistes écologistes détruisent des filets ou tentent de couler de gros bateaux-prédateurs pratiquant la pêche industrielle illégale.

 

 Car si Paul Watson fait souvent des actions illégales (et alors ?), elles sont toujours à l'encontre de pratiques illégales dans le cadre d'une défense des océans enfin combative. S'indigner et pétitionner ou faire des meetings, c'est bien. Mais souvent l'impact demeure plus que restreint. Certes pour ses adversaires les plus timorés, donc les plus légalistes, il est perçu comme un "éco-terroriste". Et revient alors le classique débat, entre légalité et légitimité, cela est vrai pour les faucheurs-volontaires, détruisant des champs de maïs transgénique, cela est vrai pour les occupations d'immeubles vides alors que des milliers de gens sont sans abri...

 

 Disons-le clairement, l'action de Paul Watson et de ses amis, est légitime, quand on sait que les gouvernements ne se donnent pas les moyens de faire appliquer les lois de protection ou quand les traités internationaux ne protègent que les industriels. Faudrait-il attendre la disparition de certaines espèces ? Alors oui, une dizaine de baleiniers illégaux furent coulés à quai, et des navires éperonnés en mer, des filets dérivants confisqués...c'est illégal, mais quand des centaines de milliers d'animaux marins sont sauvés, cela devient tout à fait légitime.

 

 Le livre retrace aussi le parcours de Watson. Avant d'être l'ardent défenseur des baleines et des phoques et des dauphins, il fut le défenseur, durant les seventies, des indiens d'Amérique, de Wounded Knee en 1973 aux indiens Kayapos au Brésil qui s'opposaient à la contruction d'un barrage. Ce qui ne l'empêche pas de revendiquer la défense de l'écologie profonde :

 

"...parce que je soutiens que la biosphère est plus importante que les gens. Ce que je veux dire, c'est que protéger la nature, c'est protéger l'humanité." (page 59).

 

 Avec une grande lucidité et humanité Watson démontre, argumente, démystifie notre monde d'apparences, de violence, de surpeuplement, la dictature médiatique, ou le mythe du requin tueur...

Ses valeurs, ses combats sont les nôtres. Tout le livre est parcouru de fortes citations : Kundera, Hugo, Kafka, Jaurès, Chomsky, Gandhi...

 

 Si ce livre nous parle bien entendu en priorité d'écologie, la vraie, pas celle que nous subissons parfois dans des débats politiciens, il nous parle aussi et peut-être surtout d'humanité, avec parfois une belle émotion quand on apprend comment naquit la vocation de Watson. Vers onze ans il s'était lié d'amitié avec un castor qui fut ensuite tué par des trappeurs, ce qui l'entraîna à détruire tous les pièges aux alentours de son village du Nouveau-Brunswick...

 

 Un livre-portrait euphorisant qui est une longue bouffée d'oxygène dans un monde aveuglé par un capitalisme mortifère pour les animaux et donc pour les humains.

 A lire et à méditer d'urgence, le temps est compté comme va encore nous le rappeler le prochain sommet de Rio.

 

Dan29000

 

Capitaine Paul Watson, entretien avec un pirate

Lamya Essemlali

Editions Glénat

2010 / 256 p / 22 euros

 

Lire des extraits

 

Voir le site de Glénat

 

Voir le site de Seasheperd.fr

 

Lire aussi un texte très récent de Paul Watson

 

Stopper la demande d'extradition

 

 

« Trouvez-nous une baleine qui désapprouve nos actions et on vous promet de raccrocher ! »

 

Paul Watson

 

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