Carlos, en grève de la faim en prison, mis à l'isolement : entretien

Publié le par dan29000

 

«Le martyre de Ben Laden en fait un exemple»

InterviewLe terroriste Carlos va être jugé pour complicité d’attentats dans les années 80. Il répond depuis la prison de la Santé

Par PATRICIA TOURANCHEAU

Rattrapé par son passé, Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos, Vénézuélien âgé de 62 ans, doit être jugé à Paris du 7 novembre au 16 décembre pour «complicité» dans quatre attentats (11 morts) en France, au début des années 80. Selon l’accusation, le mobile de Carlos était de sauver deux «camarades» de son Organisation des révolutionnaires internationalistes (ORI), Bruno Bréguet et sa compagne Magdalena Kopp, arrêtés à Paris en février 1982 avec des armes et explosifs. Un courrier au ministre de l’Intérieur réclamait la «libération» de Kopp et Bréguet «dans un délai de trente jours» avec des «menaces de guerre» contre la France : les empreintes digitales de deux pouces livreront l’identité de «Carlos». Un mois après, une bombe explose dans le train «Le Capitole». Le jour de l’ouverture du procès à Paris des deux «camarades» de l’ORI, une voiture piégée explose rue Marbeuf à Paris.

Son plus haut fait d’armes reste la prise en otages, en 1975, des ministres du pétrole de l’Opep à Vienne en Autriche - aujourd’hui prescrite - commanditée par le colonel Kadhafi. L’apparition du chef de ce commando avec un béret à la Che Guevara a forgé le mythe Carlos. Recherché en France pour avoir tué la même année deux policiers de la DST et un indicateur rue Toullier à Paris, il ne sera localisé qu’en 1994 à Khartoum (Soudan) et enlevé par la DST pour le ramener à Paris. Carlos vient de porter plainte devant la Cour de justice de la République contre Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur de l’époque, ayant revendiqué ce kidnapping. Incarcéré d’ordinaire à Poissy mais à la Santé à Paris le temps du procès, Carlos côtoie au quartier VIP le commissaire Neyret de Lyon, tombé pour «corruption», et le général Noriega, ex-dictateur du Panama. Libération donne la parole - même sujette à caution - à ce terroriste «révolutionnaire», cynique et provocateur.

Pourquoi détestez-vous le tryptique sur vous d’Olivier Assayas pour Canal + ?

Ce sont des films de série B, amusants. Je ne les déteste pas. Je dénonce la volonté de Leconte [Daniel Leconte, le producteur de Film en stock, ndlr] de falsifier la vérité historique établie. Ses opinions sur nous le concernent.

Comment trouvez-vous l’acteur vénézuélien Edgar Ramírez en Ilich Ramírez Sánchez ?

C’est dégradant pour un parent lointain, de se prêter à des scènes obscènes, me présentant comme un psychopathe alcoolique et cocaïnomane, hystérique de la gâchette, qui ne sait même pas comment empoigner ses armes au combat. Honteux !

Ces surnoms, Carlos ou le Chacal, vous les portez comment ?

Les médias ont converti «Carlos» dans un nom me représentant. «Le Chacal» était l’alias de Pedro Estrada, honni directeur de la sûreté nationale du Venezuela, mort en exil en France.

Les attentats en France

Comment abordez-vous votre procès d’assises qui s’ouvre à Paris, trente ans après les faits ?

Combatif. Prêt à dénoncer les falsifications de l’instruction, et le sabotage de ma défense par des hauts fonctionnaires vénézuéliens, qui mentent au président Chávez, pour voler l’assistance à ma défense, ruinée par les ennemis de la France [sic].

Revendiquerez-vous ou nierez-vous votre complicité dans ces quatre attentats ?

Je n’ai pas pour habitude de faire des déclarations égocentriques, ni de jouer les petits jeux pitoyables de l’accusation à charge.

Selon l’accusation, l’attentat du Capitole ciblait le maire de Paris et président du RPR, Jacques Chirac, qui le prenait souvent, et votre ex-avocat Me Vergès vous aurait renseigné…

Faux ! C’est moi qui ai découvert que la bombe ciblait Jacques Chirac, mais le juge Bruguière refusa obstinément de suivre cette évidence. Jacques Vergès n’y est pour rien. Il m’apportait des messages de la part de Charles Pasqua qui était, comme moi, chiraquien à l’époque.

Me Vergès, alias Herzog, selon les archives de la Stasi qui vous espionnait, a-t-il joué comme le croit le parquet un rôle d’émissaire ou de complice ?

Me Vergès fut un des intermédiaires entre notre ORI [Organisation de révolutionnaires internationalistes, ndlr] et l’Elysée, Matignon, et la place Beauvau ; ses interlocuteurs sont toujours en vie.

Comme vous aviez posé un ultimatum au ministre de l’Intérieur Gaston Deferre, l’accusation imagine que la bombe posée gare Saint-Charles dans sa ville de Marseille en 1983 constituait votre riposte ?

Quel «ultimatum» ? Ma soi-disant lettre de menaces adressée à Gaston Deferre ne fut jamais trouvée ! J’avais beaucoup de respect pour le grand résistant. C’est les GAL [Groupes antiterroristes de libération, ayant tué des Basques, ndlr] les responsables.

Admettez-vous les trois meurtres de la rue Toullier à Paris en 1975, pour lesquels vous avez été condamné à la perpétuité ?

Le commissaire Herranz de la DST, ancien de la division Leclerc et seul survivant (il était désarmé), refusa de me reconnaître comme auteur de la fusillade. Je fus condamné dans une affaire prescrite, sans preuves ni témoins. Tout a été fait pour occulter la vérité sur les responsabilités du Mossad dans le piège.

La vie en prison

A quoi passez-vous vos journées en détention à la centrale de Poissy ?

Les journées, promenade, lecture de la presse nationale et internationale. En dépit de mon Bac + 3 à Londres, j’assiste pour la stimulation intellectuelle aux cours de DAEU [diplôme d’accès aux études universitaires, ndlr] de Paris-VII-Diderot, dont ceux de philosophie.

Fumez-vous encore des havanes ?

L’ambassadeur du Venezuela ne me fait plus parvenir, depuis trois mois, les havanes que les miens envoient à l’ambassade.

Avec quels codétenus discutez-vous ?

Je parle avec mes codétenus, mais pour des raisons évidentes, je n’arrive à engager une discussion sérieuse qu’avec une poignée de mes «voisins».

Comment considérez-vous Guy Georges, le tueur en série de femmes à Paris ?

Guy Georges a été mon voisin au QI [quartier d’isolement, ndlr] de la Santé pendant quatre ans et demi. Il est un grand psychopathe, insoupçonnable. Il avait réussi à convaincre les autresqu’il était la victime d’une erreur judiciaire. Guy Georges cuisinait très bien, deux fois par semaine, pour nous tous au QI.

Votre alliance en 2001 avec Isabelle Coutant-Peyre est-elle d’amour ou d’affaires ?

Amour passionné. Mes ennemis font payer chaque jour à Isabelle le prix financier de son dévouement.

Vu de prison, quels combats actuels vous paraissent les plus justes ?

Les combats des «Indignés» devraient se développer partout. Tout combat pour la liberté des peuples est juste et bienvenu, et en premier lieu en Palestine.

Vous êtes apparu soutenant Dieudonné dans sa campagne antisioniste voire antisémite, comment vous positionnez-vous ?

Comme moi, mon compère Dieudonné (je suis le parrain de sa fille Ô) est antisioniste et philosémite.

Si vous pouviez voter, quel candidat à l’élection présidentielle choisiriez-vous ?

Vu que Jean-Marie Le Pen n’est plus candidat, je donnerais mon vote utile à Mélenchon, et au 2e tour, à la gauche.

Alliances «politiques» et Ben Laden

Votre défenseur affirme que vous êtes un responsable politique de haut niveau. Quels chefs d’Etat avez-vous conseillés ou aidés ?

Nos relations avec des chefs d’Etat sont par nature confidentielles. Cela dit, je ne peux pas nier mon amitié avec le président algérien Bouteflika. Je me permets de mentionner uniquement le traître Ali Abdallah Saleh, président du Yémen, qui a livré mon camarade Johannes Weinrich à l’Allemagne.

Vous considérez-vous plutôt comme un révolutionnaire ou comme un mercenaire ?

Révolutionnaire ! Nous avons exécuté tous les mercenaires capturés, dont le général de division sud-africain Henry Bona. Comme mercenaires, ils n’ont pas le statut de belligérants, et ne sont donc pas protégés par les conventions de Genève.

Quel regard portez-vous sur l’action terroriste du 11 septembre 2001 à New York ?

Cette opération de sacrifices prouva aux impérialistes yankees que leur territoire n’était plus hors d’atteinte. L’idée de l’attaque aérienne contre le World Trade Center fut exprimée à Damas en 1991 par le martyr Mir Murtaza Bhutto [l’un des frères de Benazir Bhutto, ndlr], secrétaire général de l’organisation de guerilla pakistanaise Al-Zulfikar.

Comment considérez-vous Ben Laden ?

Cheikh Oussama ben Laden est le symbole du jihad contemporain, son martyre fait de lui un exemple pour les moudjahidin et pour les authentiques résistants à l’impérialisme.

Dans un livre en 2003, vous faites l’apologie de «l’islam révolutionnaire», même si de nombreuses victimes innocentes en pâtissent.

Les «dégâts collatéraux» (en langage du Pentagone) des actions révolutionnaires, islamiques et nationalistes, sont bien moindres que ceux des bombardements «ciblés» de l’Otan.

Avez-vous rencontré Oussama ben Laden au Soudan ? 

La prétendue photo de Ben Laden et moi, elle n’existe pas!

Si le général Rondot de la DST ne vous avait pas débusqué à Khartoum en 1994, auriez-vous pu vous mettre au service de «l’islam révolutionnaire» comme vous dites ?

L’Islam révolutionnaire est le titre tautologique du livre (2003) avec mes commentaires et analyses politiques, bientôt il y en aura d’autres… Le général Rondot n’y est pour rien, c’est Koffer Black, chef «antiterroriste» de la CIA, qui me trouva à Khartoum.

Vous qui aimez l’alcool, les femmes et les cigares, avez-vous envisagé de vous convertir à l’islam ?

Je me suis converti à l’islam début octobre 1975.

Avez-vous été trahi, dénoncé ou alors qui a renseigné le général Rondot ?

Le général Rondot a reçu l’ordre de la CIA de m’accueillir à l’aéroport de Khartoum, couvert par Pasqua.

Votre avocat d’alors, Me Oussedik, avait porté plainte pour «enlèvement et séquestration» mais pourquoi Me Vergès y a-t-il renoncé ?

Demandez à Vergès pourquoi il l’a fait. Il m’a trahi !

 

Source : LIBERATION

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