Carrefour Lyon : La mort en direct à 25 ans sous les coups des vigiles

Publié le par dan29000

capitalisme-pas-humain.jpgLa scène s’est déroulée lundi soir sous l’œil de la caméra de surveillance du local de contrôle du supermarché Carrefour où Michaël Blaise a trouvé la mort. Elle est racontée par Jean-Pierre Dages-Degranges, procureur adjoint de la République de Lyon, qui a visionné les bandes. «Trois hommes lui ont appuyé sur le dos en lui maintenant les jambes écartées. L’un d’eux est pratiquement allongé sur son dos à tel point que la victime, qui est à moitié allongée sur une table, a les pieds qui ne touchent plus terre. La scène dure une quinzaine de minutes. D’abord, la victime se plaint, elle crie, puis les cris s’estompent jusqu’à devenir des espèces de râles, puis plus rien du tout. La pression continue… 

«Durant encore six minutes», précise le procureur. Six minutes fatales qui «rendront impossible toute réanimation». La vidéo atteste également de coups portés par les vigiles au jeune homme. Michaël Blaise, dans le coma, décèdera le lendemain à l’hôpital. Le rapport d’autopsie indique qu’il est mort par «asphyxie mécanique par compression de la cage thoracique et une obstruction des voies respiratoires supérieures». Il fait aussi état d’hématomes «au bras et au front». Michael Blaise ne présentait pas de pathologie antérieure pouvant expliquer la mort. Il n’avait consommé ni alcool, ni psychotropes.

Jeudi, les vigiles ont été mis en examen pour violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ils encourent jusqu’à vingt années d’emprisonnement.

«Ces faits sont très choquants, mourir pour une canette de bière ce n’est pas acceptable», a déclaré le procureur adjoint. Ajoutant : «Toutes les personnes qui ont visionné cette cassette ont été très choquées car on assiste à la mort en direct.»

Michaël Blaise avait 25 ans. Il était d’origine antillaise et vivait à Lyon. Selon deux proches de la victime, ce dernier était suivi par un hôpital psychiatrique et il avait été placé sous tutelle depuis le décès de son père en 2007. «Il avait un appartement, une copine, ce n’était pas un marginal», a affirmé à l’AFP son cousin Rony Gildard.

«Cette interpellation avait un caractère exceptionnel et on ne peut pas dire qu’elle se soit bien passée. On va laisser faire la justice», a pour sa part déclaré Jean-Marc Assaël, le directeur régional de Carrefour. D’après le parquet, les vigiles auraient expliqué l’avoir pris plusieurs fois à voler dans ce supermarché. Ils ont même employé le terme de «voleur par habitude». Ce lundi, c’était pour des canettes de bières qu’il était interpellé par les vigiles. Hier, Me David Metaxas, l’avocat des deux vigiles de Carrefour (les deux autres sont employés par la société Byblos), précisait que Michaël Blaise avait des bières dans les poches de son manteau. Il précisait aussi que le supermarché avait déjà déposé plainte pour vol contre Michaël Blaise quelques jours auparavant. Le Parquet de Lyon n’en a jamais eu connaissance. Les vigiles ont également dit que Michael Blaise était particulièrement agité. Les bandes de vidéosurveillance montrent au contraire un jeune homme «parfaitement calme» au moment où il entre dans le local de contrôle.


Alice Géraud, LibéLyon


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