Casse de l'éducation : Sébastien Sihr (Snuipp-FSU) répond aux questions

Publié le par dan29000

01septembre [50%]«Les suppressions de postes ont été l’alpha et l’oméga de la politique éducative»

Privés de 16.000 postes à cette rentrée, les enseignants sont dans la rue ce mardi. Sébastien Sihr, secrétaire général du Snuipp-FSU, principal syndicat du primaire, a répondu à vos questions.

Genklag: J’ai entendu ce matin, sur France inter, que c’étaient près de 80.000 postes d’enseignants dans les quelques dernières années qui avaient été supprimés… Est-ce un chiffre réaliste?


Sébastien Sihr: Oui. C’est malheureusement le triste constat de la politique éducative de Nicolas Sarkozy. Avec la logique du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, déclinée dans l’éducation, nous arriverons l’année prochaine à 80.000 postes rayés de la carte depuis 2007. Les suppressions de postes ont été l’alpha et l’oméga de la politique éducative du gouvernement qui finit par asphyxier l’école, empêchant les enseignants de faire du travail de qualité et condamnant les élèves en difficulté, issus des milieux défavorisés à rester sur le bord du chemin. Triste constat qui demande à changer la donne.
        
lia: Est-ce-que vous connaissez la moyenne du nombre d’élèves par classe, dans le primaire et dans le secondaire?

La moyenne est autour de 25 élèves par classe dans le primaire. Dans le secondaire, je ne sais pas (je suis représentant du principal syndicat du primaire). Mais une moyenne cache de grandes disparités. On voit une augmentation significative du nombre d’élèves par classe dans un bon nombre d’écoles, avec des effectifs pouvant atteindre 30 à 32 élèves en maternelle. Cette situation est intenable. C’est la conséquence des 9000 enseignants du primaire qui manquent à cette rentrée alors qu'à cette même rentrée l’école accueille plus de 9000 élèves supplémentaires. Il y a un effet mécanique qui se constate sur le terrain et qui est à des années lumière que ce que peut clamer le ministre sur les ondes.
        
SPQR: Les élèves sont en difficulté, donc vous faites grève: voilà qui va bien les aider, n’est-ce pas?

C’est une journée qui doit permettre justement de préparer l’avenir et d’assurer la réussite de tous les élèves et notamment ceux des milieux les plus fragiles. Le moment est d’importance. Il faut bien comprendre que si la politique éducative poursuit le chemin entamé par le gouvernement, l’école va dans le mur. Et au final, ce seront une fois de plus les élèves des milieux défavorisés qui paieront la facture. Les enseignants, les parents, les lycéens engagés aujourd’hui ont comme préoccupation tous les élèves et notamment ceux qui ont besoin de l’école.
        
lia: Avez-vous espoir qu’une victoire socialiste à la présidentielle améliore vraiment la situation de l’école, comme les candidats le promettent?

Liliane: Les candidats à la primaire PS ont chacun fait connaître leur projet sur l’éducation, lequel vous paraît le plus pertinent? Quelles mesures retenez-vous?

Je ne m’immiscerai pas dans le débat de la primaire, même si je suis extrêmement attentif à ce que disent les uns et les autres sur l’éducation. Une certitude: il y a la volonté de voir l’éducation au cœur du débat public dans les mois à venir. Et pour notre part, nous voulons y jouer un rôle déterminant pour les enseignants et les élèves car il est urgent de changer de cap.

Eddy: La proposition de François Hollande sur les créations de poste dans l’enseignement vous semble-t-elle réaliste?

Je suis d’accord avec ceux qui veulent recréer des postes. On veut un plan de rattrapage pour l’éducation et notamment pour l’école élémentaire et maternelle qui sont sous-investis. Mais il ne s’agit pas ensuite de faire un copier-coller de ce qui se faisait auparavant, il faudra utiliser ces nouveaux postes pour investir dans la transformation de l’école.

Trois exemples: mettre le paquet sur l’école maternelle avec une baisse significative des effectifs et une scolarisation pour les familles qui le souhaitent pour les moins trois ans.

Ensuite, plus de maîtres que de classes dans les écoles qui concentrent les difficultés scolaires, notamment dans les zones d’éducation prioritaire (ZEP) pour permettre des décloisonnement, des petits groupes d’élèves et la possibilité d’enseigner à deux dans la même classe.

Troisième point, revenir sur la formation professionnelle pour avoir des professeurs armés face à tous les élèves. Abandonner la réforme professionnelle Darcos et réinventer une véritable formation professionnelle des enseignants en s’aidant de l’expertise des IUFM mais dans le cadre de l’université.


Platane: prof depuis 6 ans! à quand un gros conflit: grève reconductible, occupation d’établissement Pourquoi les conflits dans l’éducation sont toujours aussi frileux?

Eddy: Que pouvez-vous attendre d’une seule journée d’action? Pensez-vous que c’est un mode de mobilisation efficace? La justice, la santé souffrent aussi énormément des suppressions de postes: pourriez-vous faire «cause commune»?

Le service public dans son ensemble est aujourd’hui mis à genoux: l’éducation, la santé… Ça montre bien l’impact dévastateur de la logique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Cette journée est à la fois l’occasion de mettre la pression sur les parlementaires et sur le gouvernement au moment où le débat budgétaire va s’ouvrir.

alias85: Est-ce que ces trois exemples sont compatibles avec la dette et le besoin d’économies?

Tout est question de choix. Nous pensons que l’investissement éducatif c’est le pari de l’avenir, c’est celui de l’intelligence, c’est ce qui permet à un pays qui crée de la matière grise. Les sorties sans qualification ont un coût social et économique dans la société. Y mettre fin c’est à la fois une question de justice sociale et aussi une réponse économique pertinente à long terme.

BIBI: Recruter, c’est bien. Recruter des enseignants fiables, c’est mieux. N’êtes-vous pas inquiet devant l’effondrement du niveau des candidats auquel assistent un certain nombre de jurys de CAPES par exemple?

SPQR: Etes-vous inquiet devant la baisse inquiétante du niveau des candidats aux concours d’enseignement?
Il n’y a pas de baisse du niveau des candidats au concours.

Il faut savoir maintenant que pour devenir enseignant le niveau de qualification a été élevé à bac +5 (master 2) ce qui correspond à une élévation du niveau général. Là où le bât blesse c’est la baisse du niveau de la formation professionnelle offerte aux étudiants se destinant au métier de l’enseignement. Le ministère en porte l’entière responsabilité.

jhavrez: Les cathos deviennent-ils solidaires des luttes du public? Ou sont-ils en train de réaliser la vraie nature du gouvernement?

Même si l’enseignement privé est proportionnellement moins touché par les suppressions de postes que le public, sa participation à cette journée est une première. Cela montre à la fois le front uni de la communauté éducative et la situation calamiteuse qu’a réussi à créer le gouvernement avec ses choix éducatifs, d’ailleurs mis à l’index par tous les rapports publiés récemment (l’OCDE, le conseil économique et social ou même celui de Pisa).
 

Comment est-il possible de revaloriser le métier d’enseignant auprès des français?

Je pense qu’il faut redévelopper un discours public positif sur les enseignants. Ils sont aujourd’hui les seuls à mener une barque bien chargée, leur engagement au quotidien pour les élèves est sans faille. Ensuite, il faut des mesures concrètes de reconnaissance de leur investissement professionnel. Cela passe par une revalorisation significative de leur salaire.

Aujourd’hui, les enseignants, notamment ceux du primaire, sont les parents pauvres des pays de l’OCDE. Cette situation est intolérable. Il faut une réelle politique salariale. Il faut rattrapper les points de pouvoirs d’achat perdus depuis 10 ans, qui s’élèvent selon nous à 10%. Mais il faut aussi des mesures spécifiques par exemple pour les directeurs d’école du premier degré mais aussi pour tous les enseignants. Nous demandons une indemnité d’équipement professionnel de 1500 euros tous les trois ans pour tous les enseignants. Aujourd’hui, ils paient de leur poche des abonnements pédagogiques, des ouvrages…

 

Source : Libération

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