Causette, mensuel : une école pour apprendre à faire jouir les handicapés

Publié le par dan29000

 

 

Sexe : une école où l'on apprend à faire jouir les handicapés

Un fauteuil roulant (Julie Cerise pour Causette).

Causette.

(De Genève) Tout commence par une caresse. La tétraplégie ne bloque pas tous les sens, n'anesthésie pas les émotions. Lentement, la main de Florian frôle les cheveux de Sophie, masse les membres endormis, il la soulève prudemment.

Les minutes passent, les gestes deviennent plus précis. Quelques frissons, le souffle court, puis un sourire lumineux sur le visage de Sophie.

Florian est assistant sexuel à Genève. Ce grand blond au regard bleu, musicien de profession, a suivi – en pionnier – la formation d'assistant sexuel :

« La société étant hypocrite sur cette question, je voulais participer à ce combat pour plus de justice sociale. »

Familier du tantrisme, il n'a pas été effrayé par les massages, le contact des peaux et le don de soi envers ces personnes au corps cabossé.

Soutenu par sa compagne dans son choix – il est très important que l'assistant ait une vie affective équilibrée –, il rencontre les « bénéficiaires », terme choisi par l'association Sexualité et Handicaps pluriels (SEHP), qui forme des assistant(e)s sexuel(le)s), environ toutes les trois semaines, pour une heure trente maximum.

Pas de baiser ni de pénétration

Lors d'un premier entretien préalable, il pose ses conditions : pas de baiser, ni de pénétration.

« Mais je mets mon sexe à disposition pour qu'elle puisse jouer avec. »

Un dialogue franc et confiant s'instaure : Florian donne ses propres limites, tandis que la bénéficiaire l'oriente vers ses préférences. « Je ne les ai jamais considérées comme de “pauvres” handicapées. »

Catherine Agathe Diserens, elle, a travaillé douze ans dans des institutions spécialisées pour les personnes handicapées :

« Ma formation était excellente. J'avais tout appris, sauf ce qui concerne la vie affective des personnes handicapées, comme si elles n'étaient pas aussi des êtres sexués avec des élans du cœur et du corps. Pourtant, au quotidien, les professionnels sont confrontés aux besoins intimes, aux désirs sensuels et aux rêves d'amour. »

Elle se forme alors à la sexologie spécialisée et lance, en 2008, une formation en assistance sexuelle, recueillant le soutien des politiques, des fondations pour le handicap et des institutions. Ainsi naît l'association SEHP.

« En plus de mes “messieurs” habituels »

La formation

La formation de SEHP mêle cours sur le handicap, ateliers pratiques - comment bouger une personne dans son fauteuil, l'allonger, la masser - discussions de groupe, psychologie.

Son coût : 2 500 euros. Le tarif de la séance est fixe pour tous les assistants : 110 euros pour une heure, non remboursés par les assurances santé suisses.

Aux Pays-Bas, la prestation est remboursée à hauteur de deux séances par mois.

Depuis juin 2009, environ 80 personnes (avec un handicap physique aussi bien que mental) se sont adressées à la SEHP (le nombre de handicapés est estimé à 1,2 million en Suisse) .

« Le besoin d'assistance concerne effectivement peu de monde, car la majorité souhaite un partenaire amoureux », précise Catherine Agthe Diserens. « Et 95% des demandes viennent d'hommes qui souhaitent une assistante femme. »

Dans ce cas, elle fait parfois appel à Michèle, prostituée de 52 ans, menue, qui s'exprime joyeusement :

« En plus de mes “messieurs” habituels, j'ai voulu me perfectionner dans la prise en charge de personnes dépendantes. Ma sœur est infirme, je suis sensibilisée au problème et n'ai pas peur du handicap. Maintenant, je sais comment m'occuper de ceux qui sont paralysés ou ont une sclérose.

On se fait des bisous, je les laisse me toucher, mais je vais moins loin qu'avec mes autres messieurs. Leur faire du bien est pour moi fabuleux.

Certains connaissent leur premier émoi sexuel avec moi, à près de 40 ans. Cela les repositionne tout de suite dans la société. Un jour, l'un d'entre eux m'a dit : “Tu m'as réalisé, maintenant je suis un homme”. »

Répondre à cette misère sexuelle

L'assistance sexuelle est-elle une forme de prostitution ? La position de Catherine Agthe Diserens est claire :

« Pour le confort de l'assistant et pour celui des institutions et des familles, il faut que les deux statuts soient différents. Les aidants s'adressent exclusivement aux personnes handicapées qui ne sont pas autonomes, qui ont peur de la prostitution ou dont les tuteurs ont des réticences à faire appel à quelqu'un en dehors du milieu médical.

Je ne suis pas pour la prostitution, qui peut être pour ? En même temps, les assistants ont choisi librement de répondre à cette misère sexuelle. Pour autant, il ne faut pas ériger ce modèle en solution miracle : il faut juste que cette offre existe. »

Le numéro 16 de Causette.

Quant à Florian, il a, depuis, cessé son activité d'assistant. Des bénéficiaires ont montré des signes d'attachement qui l'ont fait s'interroger : « Même si j'ai appris à me protéger, cela me touche, me perturbe par rapport à mon éthique d'assistant. »

Marie Maurisse

Les prénoms Florian, Sophie et Michèle sont des pseudonymes.

Retrouvez l'intégralité du dossier « Assistant sexuel : sexe, argent et handicap » dans le numéro #16 de Causette, en kiosques ces jours-ci.

En partenariat avec Causette

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Photo : un fauteuil roulant (Julie Cerise pour Causette).

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