Censure de l'exposition Larry Clark, la polémique se poursuit

Publié le par dan29000

 

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Vendredi la polémique n'a cessé d'augmenter. Communication maladroite, voire méprisante de la mairie de Paris qui a été jeudi jusqu'à faire circuler les photographies les plus percutantes à la presse. Beau geste de manipulation, sans doute une réponse à la une de Libération de jeudi. L'adjoint chargé de la culture ramait dans ses déclarations, idem pour la direction du musée d'art moderne, institution aux ordres de Delanoë, qui pour une fois, arrivait, à faire du Christine Boutin sans en avoir l'air. On attendait mieux d'une mairie de gauche dans le domaine de la culture.

 

La mairie de Paris nous a ramené un demi-siècle en arrière, où ce genre de censure était courante, mais pratiquée par des hommes politiques de droite et les temps étaient autres. Mai 68 est passé un peu partout, et en particulier dans la culture. L'équipe municipale a donc manqué de courage, de courage politique, en précédant les éventuelles actions en justice des groupuscules d'extrême droite, et manqué de courage humain, en osant fermer les portes d'un musée à des adolescents dont le sujet de l'exposition était la vie même des adolescents. 

 

Comment ne pas sourire quand le staff politico-culturel impliqué se mit à communiquer sur le chiffre de 2,5 %, le chiffre d'ados fréquentant le musée d'art moderne...Certes le ridicule ne tue pas, mais il est inquiétant qu'un musée n'accueille que cette fraction des adolescents franciliens. Au lieu  de chercher à les laisser dehors avec une telle interdiction, il eut été plus intelligent de se poser la question de savoir pourquoi un aussi faible chiffre de fréquentation qui n'honore pas cet établissement culturel.

 

Mais il eut fallu avoir  un autre état d'esprit que celui qui anime les responsables des affaires culturelles de la mairie de Paris...

 

La censure d'un artiste connu dans le monde entier était une erreur politique de taille, mais la gestion de la crise cette semaine par les responsables de la ville fut encore plus lamentable et surtout dommageable pour l'image culturelle de Paris.

Consternant... 

 

Dan29000

 

Lire notre article en date de jeudi : Exposition Larry Clark, interdite au moins de 18 ans, une autocensure nommée Delanoë  

 

 

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Nous publions le communiqué des professionnels de l'art contemporain, ainsi que la lettre envoyée au maire de Paris par l'Observatoire de la liberté de création.

A noter que les Verts exceptés, la gauche avec un bel ensemble demeure silencieuse, faisant preuve d'une belle absence de courage. 

 

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COMMUNIQUÉ

Les professionnels de l’art contemporain contestent l’interdiction de l’exposition Larry Clark aux moins de 18 ans.


A la veille de son inauguration au musée d’art moderne de la ville de Paris, nous sommes étonnés de constater que Bertrand Delanoë, maire de Paris, puisse maintenir la décision d’interdire aux moins de 18 ans l’accès à la rétrospective des photographies de Larry Clark. Cette mesure est, à notre connaissance, sans précédent dans un musée. Elle frappe aujourd’hui un artiste reconnu pour une oeuvre qui toute entière traite des réalités des jeunes, et à travers lui, elle atteint les premiers concernés par ses images : les grands adolescents.

Elle nous parait d’autant plus absurde qu’une exposition des œuvres de Larry Clark a été organisée sans être frappée d’interdiction, et sans provoquer de scandale, à Paris même, il y a trois ans. Nous n’oublions pas non plus que ses films, dont deux seulement sont interdits aux moins de 18 ans, circulent librement, comme ses photos dans le monde de l’art, bien sûr, mais aussi sur le Web.

Nous ne pouvons que relever l’hypocrisie de cette décision prise dans une société qui donne libre cours à toute forme d’exhibition de la nudité et de la sexualité. Nous sommes inquiets du climat d’autocensure qui touche désormais les institutions culturelles de tous bords. Sous prétexte de vouloir éviter un « risque pénal incontesté », le maire de Paris, son adjoint pour la culture, ainsi que le directeur du musée d’art moderne de la ville, prétendent interdire l’exposition à une partie de son public naturel pour permettre que l’œuvre de Larry Clark soit vue malgré tout. Nous pourrions nous amuser du paradoxe si force n’était pas de constater qu’en allant au-devant de possibles plaintes, ils ne font qu’abonder dans le sens de tous ceux qui veulent empêcher le débat ouvert, supprimer l’expression libre, étouffer toute diversité d’opinions.

Nous nous opposons décidément à cette mesure qui diffame un artiste et son exposition, avant même son ouverture au public. Nous rappelons au maire de Paris que cette décision est non seulement inadaptée quand à la nature des œuvres d’art, mais qu’elle fait aussi peu de cas du rôle spécifique et unique du musée qui, au travers de l’exposition et de son accompagnement, permet à ceux qui le souhaitent d’approcher la création contemporaine et de juger par eux-mêmes des dangers réels ou irréels de l’art d’aujourd’hui.




AICA Internationale, association internationale des critiques d’art, www.aica-int.org
AICA France, association internationale des critiques d’art, section française, www.aica-france.org
Cipac/Fédération des professionnels de l’art contemporain

 

Source / CIPAC Actualités 

 


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Observatoire de la liberté de création
Auteur de l'article : LDH
Interdiction aux mineurs de l’exposition de Larry Clark : lettre publique au maire de Paris
Lettre adressée au maire de Paris et au directeur du Musée d’Art moderne de la ville de Paris par l’Observatoire de la liberté de création de la LDH.

Monsieur le Maire, Monsieur le directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris,

Vous avez pris, au prétexte que la loi aurait changé en 2007, ce qui est faux pour le sujet qui nous préoccupe, une décision bien regrettable. En interdisant l’exposition de Larry Clark aux moins de 18 ans, alors que ses photographies ont déjà été montrées à la Maison Européenne de la Photographie il y a trois ans, et alors que, depuis, rien n’a changé dans la loi, contrairement à ce que vous affirmez, pour les expositions, vous adressez un signal régressif et rétrograde, non seulement au monde de l’art, mais au public, ce peuple que vous prétendez protéger.

Doit-on vous rappeler, Monsieur le Maire, que votre parti a voté cette loi largement défendue par les députés socialistes, non en 2007, mais en 1994 ? Que cette loi que vous prétendez découvrir aujourd’hui, Monsieur le Directeur, l’Observatoire de la liberté de création la dénonce comme liberticide depuis des années dès lors qu’elle permet la poursuite pénale des oeuvres de l’esprit ? Ces fameux articles 227-23 et 224-24 ont permis la plainte de la Mouette contre l’exposition Présumé Innocent dès 2000, mais faut-il vous rappeler que cette procédure unanimement critiquée a abouti pour l’instant à un non lieu ? Et qu’aucune procédure contre les oeuvres fondées sur ces articles, grâce au fait que nos juges se révèlent jusqu’à ce jour des défenseurs, eux, de la liberté de création, et du droit du public à accéder aux oeuvres, n’a finalement abouti ?

En interdisant l’exposition de Larry Clark aux moins de 18 ans, que prétendez vous faire ? Donner raison à cette loi que vous prétendez dénoncer ? Faire mieux que la Mouette qui prétend protéger les enfants, que l’Agrif qui prétend protéger les catholiques, ou que Promouvoir qui défend l’identité française ?

Ces articles de loi que vous appliquez aujourd’hui aveuglément constituent en délit la diffusion à des mineurs de messages pornographiques. Ainsi, vous osez désigner comme pornographiques des images qui représentent la sexualité de jeunes gens, commettant un contresens sur les oeuvres que vous avez pourtant décidé de montrer. En ravalant Larry Clark au rang de vulgaire pornographe, vous desservez l’artiste que vous exposez, et déniez au public le droit de se faire sa propre opinion sur les oeuvres. Plus précisément, vous excluez les adolescents de toute possibilité d’approche de photographies qui explorent des territoires, souvent difficiles, qui les concernent directement. Vous jugez en lieu et place des citoyens, ce qui est l’attitude contestable de tous les censeurs.

Cette loi que vous utilisez comme prétexte est une loi pénale : vous l’avez transformée, ce qui est le rêve de tous les réactionnaires, en loi de censure préalable. Permettez-nous de vous rappeler que les poursuites pénales contre l’exposition Présumés Innocents à Bordeaux n’ont pas empêché son bon déroulement, et que cette exposition a eu lieu sans censure du maire Alain Juppé.

Vous venez donc de commettre, Monsieur le Maire, Monsieur le directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, une double faute politique : censurer, et travestir la réalité pour vous justifier. Vous comprendrez que nous rendions cette lettre publique.

 

Source : LDH 

Publié dans arts

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