Centre Pénitentiaire du Pontet et souffrance au travail

Publié le par dan29000

SOUFFRANCE AU TRAVAIL : Le cas emblématique du Centre Pénitentiaire du Pontet, la Responsabilité du Ministère de la Justice

vendredi 14 décembre 2012


SOUFFRANCE AU TRAVAIL : Le cas emblématique du Centre Pénitentiaire du Pontet

 



La question de la souffrance au travail a trop longtemps été négligée par les organisations syndicales. Il en résulte aujourd’hui une banalisation outrancière de ce phénomène. Nous sommes arrivés à la situation où les gens acceptent des choses qu’ils réprouvent. Même des choses dont ils savent qu’elles leur porteront préjudice. C’est le résultat de l’intimidation, de menaces, de la précarité… C’est ainsi qu’on fait peur aux gens. Si ceux-ci ne parviennent pas à réagir et sont obligés de subir les événements, ils finissent par collaborer avec le système.

Partout où notre organisation est présente, nous combattons cette souffrance en aidant les agents à réagir ensemble. Depuis trop longtemps, ils n’ont plus confiance ni dans leurs chefs, ni dans les syndicats, ni dans leurs collègues parce que toutes ces relations ont été détruites. A force de tolérer l’inacceptable, on perd aussi la confiance dans l’autre. Si un collègue souffre de son travail et que personne ne réagit, celui-ci se conforte dans l’idée qu’il est seul et que personne ne l’aidera s’il lui arrive quelque chose. Cette attitude ne fait qu’aggraver la situation et l’indifférence naît entre les collègues. Notre rôle syndical est donc de les soutenir à prendre certains risques pour refuser l’inacceptable.

C’est ainsi qu’au Centre Pénitentiaire du Pontet, plusieurs agents ont décidé de se battre, avec le soutien de la section locale Solidaires Justice, pour mettre fin à des pratiques intolérables de gestion du Personnel. Dans les objectifs 2012 de cet établissement figurent la mission suivante : « Analyser en permanence l’absentéisme pour mettre en œuvre une ligne directrice au quotidien ». Cette formulation alambiquée, propre au détestable langage « managériale », ne cache ni plus ni moins qu’une chasse ouverte à toute forme d’absentéisme. Dans les faits, cet objectif se traduit par une pression accrue sur tous les agents en situation d’absence : arrêts maladies, remise en cause des postes aménagés sur préconisation de la médecine du travail, garde d’enfant malade. Bref, un agent absent devient coupable de mettre en péril le bon fonctionnement de l’institution pénitentiaire.

Nous ne nions pas l’évidence du manque d’effectif dans les établissements pénitentiaires et dans tous les services déconcentrés du Ministère de la Justice. Chaque année, les parlementaires le soulignent dans leurs nombreux rapports (1) mais rien ne change. Chaque année, les médias font mine de découvrir l’état de délabrement du parc pénitentiaire, des conditions de vie déplorable des détenus et les non moins déplorables conditions de travail des personnels. Mais rien ne change.

Face à cette situation, le bon sens voudrait que les nombreux niveaux hiérarchiques entrent en résistance pour justement changer la donne. Pourtant, c’est tout le contraire qui se passe. Le « management » par objectifs est passé par là. Les techniques de management dont les cadres intermédiaires sont à la fois les victimes et les acteurs visent un but unique : « travailler afin d’atteindre les objectifs, voire de faire mieux, et ce dans le respect du budget alloué – et même, de plus en plus dans un monde fondé sur la rentabilité, au moindre coût » (2). En bref, comment obtenir toujours plus avec toujours moins de moyens.

SOUFFRANCE AU TRAVAIL : La Responsabilité du Ministère de la Justice

Etienne RODIN, sociologue, explique clairement que le management entend faire de l’homme une ressource qui doit être rentabilisée le plus possible, et ce dans tous les domaines. Pour cela, les cadres de proximité et les personnels de direction se détournent de leurs fonctions principales d’organisation et de soutien des collectifs de travail. Ils consacrent toute leur énergie à accomplir le « sale boulot » établi par une bureaucratie déconnectée des réalités du travail.

Notre organisation Syndicale mène un combat sans relâche contre cette souffrance parce que les fonctionnaires du Ministère de la Justice souffrent et ne le disent pas. Christophe DEJOURS, psychanalyste et grand clinicien du travail, dans ses réflexions sur les organisations actuelles du travail, a souligné que « le processus de banalisation du mal par le travail n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est l’aspect raisonnable et justifié, réaliste et rationnel qu’on lui accorde aujourd’hui, qu’il soit accepté par une majorité de citoyens, qu’il soit décrit comme modèle à suivre au nom du bien, du juste et du vrai. Le travail peut être le médiateur irremplaçable de l’accomplissement de soi. A contrario, il peut aussi être à l’origine de processus redoutables d’aliénation. » (3) 

C’est ainsi qu’au Centre Pénitentiaire du Pontet, face a des situations de souffrance profonde de plusieurs agents, la section locale de Solidaires Justice a alerté la presse locale, saisi le Préfet, le Ministère de la Justice, la Médecine de Prévention et le CHSCT pour mettre fin à cette gestion agressive du personnel. Elle a également incité les agents à déclarer comme accident de travail toutes les situations de stress directement liées à leurs conditions de travail. La réponse de notre Institution, à travers l’attitude de la Direction du CP du Pontet, a été simple : un dépôt de plainte pour diffamation et injure publique contre notre Organisation Syndicale. Cet état d’esprit en dit long sur le déni et l’irresponsabilité de notre institution face à la question de la souffrance au travail. Nous ne sommes pas surpris parce que cette attitude est partout la même. Dès qu’un agent ose faire valoir ses droits les plus élémentaires ou qu’il dénonce l’absence de sa hiérarchie dans le règlement des conflits nés d’une mauvaise organisation du travail, il doit alors, soit affronter l’inertie légendaire de notre Administration, soit subir les pressions de sa hiérarchie, cette dernière n’hésitant pas à dire que ce sont ces agents qui dysfonctionnent et perturbent l’organisation du travail. Soyez sûr d’une chose, Monsieur le Directeur du Centre Pénitentiaire du Pontet, vous et tous les responsables de notre institution, nous ne lâcherons rien, notre combat est juste et nous le mènerons jusqu’au bout. Ce n’est pas un dépôt plainte qui va nous empêcher d’agir, bien au contraire. Car nous souhaitons vivement emmener cette question sur le terrain judiciaire. De plus en plus nombreuses sont les décisions de justice qui considèrent les employeurs comme responsable direct de cette souffrance au travail.

Nous accumulons, chaque jour un peu plus, les preuves de cette souffrance à travers des témoignages, des écrits et des constats accablants. Et ce ne sont pas les misérables opérations de communication et autres formations sur la souffrance au travail qui vous dédouanerons de vos responsabilités. Ne vous en déplaise, mais notre organisation syndicale a depuis longtemps dépassé le stade de la dénonciation. Le temps est venu de vous faire assumer vos actes. http://www.senat.fr/rap/a12-154-12/... (1) Rapport Sénat dur le Projet de loi de finances pour 2013 : Justice : Administration pénitentiaire Rapport Sénat Projet de loi de finances pour 2012 : Justice : Administration pénitentiaire http://www.senat.fr/rap/a11-112-12/... (2) Etienne Rodin – L’Horreur Managériale : gérer, instrumentaliser, détruire. Ed. l’Echappée.

(3) Christophe DEJOURS - Souffrance en France, la banalisation de l’injustice sociale. Ed. du Seuil


Syndicat National SOLIDAIRES-JUSTICE

le 14/12/2012

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tahi farida 18/12/2012 22:28


On devine déjà que le travail dans une prison ne peux être qu'une énorme souffrance au moins morale.... Si les conditions des "agents", je suppose maton sont déplorables, quelle est alors la
situation des détenus qui subissent leurs peines déjà bien lourde et celles des employés maltraités donc surment maltraitants?.

dan29000 18/12/2012 23:46



c'est tout à fait cela Farida, tu as tout compris...