Centres de rétention, témoignage : "Je ne suis plus un être humain"

Publié le par dan29000

La rétention au quotidien

Le blog de Baf, "La rétention au quotidien" est né de la volonté de témoigner d’un quotidien encore ignoré ou en tout les cas méconnu, celui de la rétention administrative et plus largement de l’enfermement des étrangers en France.

 


L'arrivée au centre : « Je comprends que je ne suis plus un être humain »


A. Lombre
travailleur en rétention
 

Je vous propose aujourd'hui un témoignage en plusieurs parties, celui d'un retenu qui durant dix ans vécu en tant que français, et à qui on a retiré ses papiers d'identité lors d'une demande de renouvellement, en raison de doutes sur l'état civil fourni.

De français, il devint du jour au lendemain « étranger » et placé en centre de rétention.

 


« Bonjour. Je m'appelle X. Je suis en centre de rétention. Cette lettre est écrite au présent parce que j'y suis encore. Peut être vous demanderez-vous : “Comment fait-il pour écrire sur Internet ? ”... Secret. Je ne vous le dirai pas.

Je suis en France en situation dite “irrégulière” et pourtant ma femme est française. Nous avons un enfant de six mois. Je vous raconterai mon histoire plus tard. Ce que je veux dire maintenant me semble plus important, puisqu'il s'agit de l'histoire d'hommes et de femmes venus du monde entier.

Je vais commencer par ma venue au centre de rétention. On est le 20 septembre. Il est 16h11. Je reviens de vingt-quatre heures de garde à vue. M'accompagnant, deux policiers m'ouvrent fièrement la porte de la voiture. Ils me devancent au poste avec un sourire comme une banane. Je souris également mais je vois vite que je suis comme un trophée.


Je comprends que je suis plus un être humain


Les policiers expliquent à leurs collègues comment ils m'ont eu. A ces paroles, le sang se retire de mon visage. J'ai perdu mon sourire. Je n'avais qu'une envie : leur cracher au visage.

Une femme me demande de signer un papier. Je lui indique que j'ai besoin de cracher. Elle hurle “CRACHE”... Ils me tendent un sachet plastique pour cracher et se reculent de deux mètres.

Je comprends alors que je ne suis plus un être humain. Je ne suis plus leur semblable. Je signe le papier et je suis conduit dans une partie du bâtiment, dans la chambre numéro 11.

Dans la chambre, deux lits – un de chaque côté – et un petit meuble de fer comme les lits, pour ranger mes affaires. En fait d'affaires, il ne m'en reste plus. Ils ont pris mon téléphone au poste parce qu'il pouvait prendre des photos. Mon sac avec mes papiers ont été également gardés par les policiers. On m'a donné un matelas et une couverture que j'ai porté jusqu'à ma chambre.


A la télévision, pas de chaînes en français


Les autres détenus sont dans leurs chambres. Ils viennent me voir et ils se présentent. Je constate que je suis le seul noir. Tous les autres sont des Maghrébins, à part un Chinois.

Entre détenus, les premières questions sont toujours les mêmes : “Ils t'ont pris dans quelle ville ? ” “Tu es de quel pays ? ” A cette question, le premier jour, on ne répond rien. Vous comprendrez plus tard pourquoi. On ne sait pas encore à qui faire confiance ici.

Je sors de ma chambre pour faire le tour des lieux. Je compte 16 chambres. 8 de chaque côté du couloir. Je me dis qu'on peut être 32 détenus. Pour l'instant nous ne sommes que 22. On me dit qu'il y a plus de monde dans le reste du bâtiment mais qu'on peut pas se voir.

Je rentre dans la salle télé : 4 rangées de chaises en fer scellées au sol. Je me dis que c'est bon. Mais à la télé, pas de chaînes en français... Que des chaînes étrangères. Je me dis alors qu'ici tout va dans un sens : sortir les gens de France. »


(A suivre)


 

Source : RUE 89

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